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Wilhelm Bode, une pensée en action

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Le Musée des Beaux-Arts traite de la personnalité de Wilhelm Bode, directeur des musées de Berlin, qui fut également durant la période allemande le directeur des musées de Strasbourg. Suite aux destructions ayant nuit à plus de 90% de la collection du musée lors des bombardements franco-prussien de 1870, Bode est missionné à Strasbourg pour constituer une nouvelle collection. Cet éminent conservateur a joué un rôle central dans la constitution des collections des musées strasbourgeois tels que nous les connaissons aujourd’hui. Nous lui devons une approche universaliste affirmée. Une section de l’exposition montre, à partir d’oeuvres notables, l’ampleur de sa vision. Ce projet bénéficie d’une ouverture internationale, en raison de l’action de Bode à l’échelle de l’Europe (Berlin, Poznan, etc.).



Cette exposition occupe quatre salles du musée, dont une est dévolue à des dispositifs de médiation.

Contexte

Dans la nuit du 24 août 1870 le musée des Beaux-Arts, installé depuis un an dans le bâtiment de l’Aubette (place Kléber), fut anéanti sous les bombardements prussiens. L’empereur, « responsable » de ce désastre, décida la constitution d’un nouveau musée et pour ce utilisa une partie des dommages de guerre versés par la France. Outre un budget conséquent, on fit appel, pour les acquisitions, à un personnage d’envergure, Wilhelm Bode (1845-1929). Après une thèse consacrée à Frans Hals, Bode entra en 1872 au service des musées de Berlin, avant d’être nommé directeur de la Gemäldegalerie et en 1905 directeur général des musées royaux, jusqu’à sa retraite en 1920.
Pour Strasbourg, il rédige un programme à l’intention du gouverneur de Strasbourg le 1er août 1889 : « Pour la capitale d’une grande province, on veillera à ce que les tableaux soient dans leur majorité agréables à voir et compréhensibles par tous. Strasbourg étant une ville universitaire, l’intérêt archéologique mérite également d’être pris en compte, afin que la collection puisse peu à peu offrir un aperçu de l’évolution de la peinture jusqu’à l’époque moderne (contemporaine) ». Évidemment le contexte politique n’était pas exclu : « Enfin, il conviendra à Strasbourg, qui fut au Moyen Âge et à la Renaissance un centre de l’art allemand, de donner une importance particulière aux écoles allemandes anciennes, notamment souabe et rhénane ». Le défi était immense et le bilan de l’action de Bode, entre 1889 et 1914, impressionne : un ensemble de sculptures italiennes de la Renaissance italienne et 68 (en 1890), puis 180 (en 1899), enfin 263 tableaux (en 1912) de toutes les écoles constituait les collections du nouveau musée.
De goût classique, Bode constitue des séries de peintures italiennes et nordiques très représentatives et de haute qualité. Son histoire rend ce musée unique parmi les autres musées de Beaux-Arts français. Elle le rapproche davantage des musées américains, eux aussi constitués à partir de la fin du XIXe siècle. On retrouve dans les deux cas une collection numériquement peu élevée, mais de qualité aussi homogène qu’élevée.

 

Une création ex nihilo: la collection comme modèle pur

La collection de Strasbourg, reformée sous la direction de Bode, supplante une collection entièrement disparue. Un tel cas est rare: il confère à l'ensemble réuni une cohérence remarquable, et qui mérite d'être analysée en détail, dans le contexte historiographique de la fin du XIXe siècle. Il s'agit d'une collection qui relève d'un discours unique, cohérent, précisément daté sur l'art, et non d'un ensemble sédimenté par le temps, et au gré de dons ou d'acquisitions.

 

Une construction en action: l'histoire de l'art en acte

A la croisée des XIXe et XIXe siècles, l'histoire de l'art est marquée par l'action de "connoisseurs" tels que Bode. L’histoire de l’art subit donc de rapides transformations, repérables au rythme des acquisitions de Bode et de ses concurrents internationaux sur le marché de l'art. Bode a été l’un des plus importants opérateurs de ce marché international. Bode est également un des historiens d'art qui exploitent le plus systématiquement les moyens offerts par l'époque moderne: chemins de fer, photographies, mais surtout, l'édition populaire de monographies sur l'art, abondamment illustrées et au prix modique. La présentation de son action s’articule de la façon suivante : dans la grande exposition au musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg sont exposés les principes et les méthodes de Bode, ses choix et ses refus pour Strasbourg ainsi qu’un ensemble d’oeuvres italiennes de la Renaissance (peintures, reliefs, céramiques) et d’autres chefs-d’oeuvre achetés pour Strasbourg en comparaison avec des oeuvres de Berlin. Au Musée des Beaux-Arts le réaccrochage des collections et la médiation rendent sensibles ou évoquent la mise en pratique des conceptions et des possibilités de Bode.

Commissariat : Dominique Jacquot, assisté de Céline Marcle
Conseiller scientifique : Pascal Griener, professeur à l’Université de Neuchâtel