Entête de page

Un observatoire du monde

Dans le cadre de l'exposition événement " Laboratoire d’Europe, Strasbourg 1880-1930 "#straslab


L’exposition au Musée Zoologique offre une immersion à la fois dans la construction d’un musée et son évolution et dans la façon dont les savoirs en zoologie (et plus généralement les savoirs naturalistes) étaient construits et présentés au public entre 1880 et 1930. Elle s’articule autour de quatre parties mêlant histoire du musée, de ses directeurs, des collections, de l’université de Strasbourg, des connaissances en zoologie et de l’environnement économique et politique dans lequel elles se  construisent. Spécimens en tout genre, matériel pédagogique (planches, modèles en verre, en cire…), planches d’herbiers, minéraux, fossiles, instruments scientifiques, portraits, photos, articles de journaux, affiches, correspondances illustrent le parcours.


Une nouvelle université, un nouveau musée

Jusqu’en 1880, Wilhelm-Philipp Schimper dirigea le musée d’histoire naturelle de Strasbourg à l’Académie. Ce botaniste et paléontologue continuera jusqu’au bout à enrichir et faire vivre les collections strasbourgeoises d’histoire naturelle. La création à Strasbourg de l’Université impériale sur le modèle de l’Université de Berlin conçu par Von Humboldt. Peu après l’annexion de l’Alsace s’accompagne de la création d’instituts spécialisés où on allie enseignement, recherche et collections. Cette spécialisation entraîne en 1880 une scission des collections réparties dans les différents instituts (institut de zoologie, institut de minéralogie et géologie et institut de botanique).
En 1893, après trois années de travaux, l’institut de zoologie voit le jour et abrite en son sein salles d’enseignement et laboratoires (photos) et un musée ouvert au public sur trois étages. La conception du bâtiment est due au travail conjoint d’Alexander Goette et d’Otto Warth, architectes.

L’inventaire du monde

Jusqu’en 1919, un homme marqua de son empreinte l’histoire de la zoologie à Strasbourg et la manière dont elle sera enseignée au public : Ludwig Döderlein. Ce zoologiste éminent, spécialiste des échinodermes (oursins, étoiles de mer…) procéda à l’installation des collections dans le bâtiment : tout est exposé aux yeux du public, aucun espace n’est dédié aux réserves. Il développa une politique très particulière d’enrichissement des collections, n’ayant de cesse que de combler les lacunes et surtout de constituer un fonds représentatif de l’état des connaissances à l’époque. Deux collections, les plus importantes en nombre, en sont vraiment le reflet : l’entomologie et la malacologie (coquilles de mollusques). En dehors de ces dernières collections, à l’intérêt scientifique minime, Ludwig Döderlein s’attacha à constituer des collections spécialisées, à haute valeur scientifique, dans ses domaines de compétence. Ces collections ont fait l’objet d’importantes publications et un focus est mis sur les dessins de description qui les accompagnent ainsi que sur leurs créateurs.

Une économie à l’échelle mondiale

C’est le début des grandes expéditions océanographiques allemandes. L’exposition fait le point sur les connaissances en océanographie, à travers la présentation des collections issues de toutes ces expéditions. Pendant la période française précédente, les lieux de collecte étaient liés aux activités des différents collecteurs. Pendant la période allemande, les lieux de collecte changent. On voit apparaître des régions du monde jusque-là non représentées dans les collections du musée. Les collections sont ainsi le témoin des colonies, protectorats et concessions nouvellement conquis par l’empire allemand, mais aussi des expéditions militaires ou scientifiques menées principalement en Afrique, en Chine ou à travers le Pacifique.

Le musée version française

En 1920, Emile Topsent, éminent spécialiste des éponges, prend la direction du musée. Si Topsent reconnait l’extraordinaire travail réalisé par Döderlein, il se démarque tout de suite de cette vision encyclopédique. Il crée des réserves, ce qui lui permet d’alléger considérablement les vitrines et d’aérer les présentations. Il s’attelle ensuite à créer de nouvelles présentations pour répondre aux préoccupations de ces concitoyens. C’est ainsi que sur trois ans, il arrive à rassembler une collection comprenant des matières brutes et des objets d’utilisation courante ou plus luxueux.

Commissariat de l’exposition : Marie-Dominique Wandhammer, Delphine Issenmann, Sébastien Soubiran