Détail Entité

Le plan-relief

Musée Historique

Une ville en 3D pour le prestige et l’art de la guerre. Occupant 72m², réalisé en 23 tables, le plan-relief de Strasbourg par Ladevèze, ingénieur du roi, séduit par la profusion de détails.

Un programme militaire

Il fut réalisé autour de 1727 par Ladevèze, ingénieur du roi dont ce fut le dixième et dernier plan-relief. Afin de répondre aux exigences des tacticiens chargés, depuis Paris, de vérifier comment assiéger ou défendre la cité, y sont représentés non seulement la ville, mais aussi ses environs. De l’époque de Vauban jusqu’au 19e siècle, la plupart des villes de garnison situées aux frontières du royaume sont ainsi reproduites sous forme de maquettes, qui presque toutes intègrent au fur et à mesure transformations urbaines et évolutions stratégiques.

Une frontière traverse la plus grande forteresse d’Europe

La réalisation de ce modèle, plusieurs décennies après la capitulation de Strasbourg en 1681, répond aux situations nouvelles créées successivement par le Traité de Ryswick (1694) et par celui de Rastatt (1714). En effet, Kehl, de l’autre côté du Rhin, est devenue française avant Strasbourg. Vauban a donc conçu une fortification sur les deux côtés du fleuve, permettant de contrôler de manière croisée ceux qui circulent sur l’eau et ceux qui empruntent le pont. Il s’agit aussi de tenir sous contrôle la ville de Strasbourg elle-même.

Or, à la fin du siècle puis à nouveau en 1714, roi et empereur s’entendent pour fixer la frontière sur le Rhin et rendre Kehl à l’Empire germanique. La citadelle de cette dernière devient une menace potentielle pour Strasbourg, dont il faut consolider la défense : deux ouvrages à cornes sont rajoutés côté Rhin et deux autres au nord-ouest, précisément à l’endroit qui s’avérera le plus vulnérable lors du siège de 1870.

Le principe de fortification dessiné par Vauban est relativement simple : au système bastionné s’ajoute un fossé au besoin inondable. Ainsi, le barrage dit de Vauban permet aux bateaux de pénétrer en ville du côté de la Petite France, mais peut également, par la fermeture de vantaux situés sous les arches, inonder les alentours de la ville avec l’eau de l’Ill.

Un témoin de la ville avant les transformations du 18e siècle

Les palais français du 18e siècle, tels le palais Rohan ou ceux de la rue Brûlée, n’y figurent pas encore, nous sommes en 1727 ! Mais on reconnait l’ancienne Pfalz et l’hôtel de la Monnaie, les différentes églises de la ville dont la cathédrale - représentée au 1/500e alors que l’ensemble du plan est au 1/600e - les anciens couvents (Sainte-Madeleine, Saint-Étienne) et les équipements militaires (arsenal, hangars des pontonniers, fonderie). Ce plan constitue une source précieuse pour qui veut connaître la ville avant 1727. Pas d’encorbellements, des cheminées parfois fantaisistes… mais le nombre d’ouvertures est exact et l’emplacement et le volume général des maisons précis.

Une technique particulière

Composé sur 23 tables aux contours irréguliers assemblées entre elles et posées sur un maillage de poutres, le plan est réalisé avec différentes couches de papiers collés sur un panneautage en bois. Les maisons sont faites d’un noyau en bois recouvert de papier peint, lui-même découpé au niveau des porches et fenêtres. Des torsades métalliques recouvertes de soie représentent les arbres. Champs et prés sont réalisés avec de la bourre de soie teinte.

Une histoire mouvementée

Fabriqué à Strasbourg, transporté au Louvre puis aux Invalides, le plan-relief fait partie du convoi des plans-reliefs pris par les Alliés en 1815 et est exposé comme butin de guerre à l’arsenal de Berlin. Le ministère de la Guerre français fait alors réaliser un nouveau plan-relief qui rend compte de la ville du 19e siècle jusqu’en 1870, avec gare, usine à gaz, etc. mais excluant Kehl. Celui-ci est conservé au musée des Plans-reliefs de Paris.

À Berlin, le plan-relief de Strasbourg est plusieurs fois déplacé. Finalement, Guillaume II, soucieux d’exposer ses propres collections militaires, décide d’offrir les plans-reliefs aux écoles d’artillerie et aux villes de son Empire susceptibles de s’y intéresser. Le plan revient donc à Strasbourg en 1902. Il est d’abord exposé au palais Rohan, avant d’intégrer le musée historique en 1922.