Détail Entité

From the Air We Share

FAILE
2018, visible jusqu’en mai 2019
Intervention sur les façades extérieures du musée
MAMCS

Au Musée d’Art moderne et contemporain, ce sont sur près de 1000 m2 (murs bordant l’entrée du public sur la place Hans-Jean-Arp, un mur rue de Molsheim ainsi que la cour intérieure du musée) que se déploient seize nouvelles créations de FAILE, spécialement réalisées pour Strasbourg. Pour ce projet, Miller et McNeil ont opté pour une option radicale et jusqu’alors inédite dans leur production : l’ensemble du projet est réalisé en n’ayant recourt qu’au noir et blanc, mettant plus que jamais en évidence le travail d’écriture qui préside à leur œuvre. En effet, From the Air We Share, avant de devenir une fresque monumentale – véritable livre ouvert sur la ville – est d’abord le titre du poème écrit de leur main à leur retour à Brooklyn à l’issue de leur séjour strasbourgeois. Cette démarche qui offre une place privilégiée à l’écriture et à l’histoire de la typographie semble plus qu’appropriée dans une ville dont l’histoire est étroitement liée à l’écrit et à sa diffusion. FAILE a ainsi décidé d’aborder le projet strasbourgeois via le mot, optant pour un récit poétique et visuel, où viendra fructifier leur collecte d’images et d’impressions strasbourgeoises avec leur univers. Le résultat est une narration très particulière formant une œuvre à appréhender dans sa totalité. Le ton est donné dès le mur-titre où flottent deux bulles, l’une incluant un texte aux caractères savamment travaillés, l’autre avec un personnage féminin, l’une des nombreuses héroïnes mises en scène par FAILE. Gigantesque frontispice, ce mur vient attiser la curiosité des passants étonnés par cet édifice devenu conteur. Le poème, pour ceux qui souhaitent le lire intégralement au fil des murs (il est également reproduit sur un mur de la cour intérieure), se lit donc de gauche à droite, chaque vers induisant une écriture nouvelle, régulière ou saccadée, manuscrite ou faisant appel à des subtils jeux typographiques. Chaque vers est un épisode qui voit la mise en avant d’une nouvelle image en noir et blanc, rappelant tantôt l’affiche d’un film expressionniste, tantôt un roman graphique, entrelaçant références historiques et contemporaines, entremêlant fictions et réalité.

Le poème, de même que les compositions, donnent quelques indices sur les éléments strasbourgeois qui ont retenu l’attention de FAILE. On voit ainsi surgir de nouveaux motifs dans leur iconographie en constante expansion : celui de la cigogne volant à tire d’aile dans « Born on currents », les toitures des maisons anciennes (« From the Air » et « On rooftops ») ou encore le damier néo-plastique évoquant le décor des salons de l’Aubette (« Dancing with angels and angles »). Certaines compositions sont des références directes à des récits strasbourgeois (l’ombre du diable supposé errer dans la cathédrale, « On rooftops, out of reach » ou encore la référence aux instruments de mesure du temps allusions à l’horloge astronomique, « Time is measured here under a constellation of gold »). Est-ce que ce sont les artistes que l’on voit traverser un fleuve (le Rhin ?) dans « The river shines from fallen rays out of sight » ? Ce qui est certain c’est que l’échange entre Strasbourg et FAILE a été des plus féconds pour les deux parties : les artistes ont approchés des influences complètement nouvelles qu’ils seront susceptibles de développer dans d’autres travaux tandis que Strasbourg, plus que jamais le MAMCS, se voit transformé livre d’heures contemporain le temps d’une année.