Détail Entité

Céphale et Procris

Paolo Caliari dit Véronèse (Vérone, 1528 - Venise, 1588)
Vers 1584

Huile sur toile, 162 x 190 cm

Musée des Beaux-Arts

Né à Vérone, parti à Venise pour y exécuter les fresques du Palais des Doges en 1553, Véronèse s'y installa définitivement en 1556. Ses débuts furent marqués par l'influence du maniérisme romain et émilien, mais il s'intéressa très vite à un langage chromatique plus libre et fastueux. Il va montrer une grande maîtrise des éléments décoratifs, utilisant une palette toujours plus resplendissante, aux tons précieux et chatoyants. Ses fresques de la Villa Barbaro à Maser, pour lesquelles il imagina une décoration ouverte sur de faux espaces, sont un exemple de cette période brillante.

Véronèse représente ici le moment final, dramatique, d’un épisode de l’histoire des amours de Céphale et de Procris. Celle-ci était une des filles du roi d’Athènes, et son mari, petit-fils d’Éole, avait l’habitude de partir chasser seul des journées entières. Un jour, Procris, croyant Céphale infidèle, le suivit et se cacha pour l’épier. Après la chasse Céphale s’étendit pour se reposer et appela la brise à qui il demanda de venir le rafraîchir "Brise viens et soulages ma fatigue viens, ô très bienfaisante". Il lui sembla alors entendre un bruissement. Pensant qu’il s’agissait d’un animal sauvage il lança le javelot magique (il ne manquait jamais son but) que Procris lui avait offert et blessa mortellement son épouse.

"Défaillante, au seuil même de la mort, elle fit un effort pour prononcer quelques paroles."
Ovide, Les Métamorphoses, Livre VII.

Dès 1928, Giuseppe Fiocco a montré que ce tableau était le pendant du Vénus et Adonis, conservé au Musée du Prado à Madrid. En effet, les deux tableaux ont été acquis pour la collection de Philippe IV d'Espagne par Vélasquez à Venise en 1641 et celui de Strasbourg a fait partie des œuvres saisies par Joseph Bonaparte pendant son court règne en Espagne (1808-13).

Pour former un ensemble cohérent avec le Vénus et Adonis du Prado, Véronèse confère une grande monumentalité aux figures, habille Procris d'un somptueux costume de brocard et utilise une composition inverse pour s'opposer à celle du tableau du Prado.