Détail Entité

Projet de voiture d’apparat

Johann Christian Ginzrot (Strasbourg, 1764 - Munich, 1831)
1789

Graphite et aquarelle sur papier vergé

Musée Historique

Un centre de production oublié

Elles doivent leur nom à la ville de Berlin. Elles sont construites à Strasbourg mais selon des modèles parisiens. Et elles sont dites anglaises. Ce sont surtout d’élégantes voitures et elles sont plus stables ! Strasbourg devient un centre réputé de fabrication dans la seconde moitié du 18e siècle.

Qu’est-ce qu’une berline ?

Les berlines sont des véhicules complexes et luxueux qui nécessitent le recours à de nombreux corps de métier, coordonnés par le sellier-carrossier : menuisiers, peintres, doreurs-ciseleurs, miroitiers, charrons, serruriers ou maréchaux-ferrants, tapissiers et parfois même sculpteurs. Le modèle présenté ici témoigne du soin apporté à leur fabrication. La caisse en bois, peinte et décorée, est montée sur des ressorts à col de cygne et retenue par des sangles de cuir. Elle est largement éclairée par trois glaces de chaque côté et surmontée d’une belle galerie ajourée. C’est là le premier projet de voiture d’apparat conçu pour le roi de Prusse Friedrich Wilhelm II (Frédéric Guillaume II de Hohenzollern).

Un chef d’entreprise doué

August Christian Gintzrot est devenu maître en épousant la veuve d’un maître sellier strasbourgeois. Il installe son premier atelier au pied du musée historique de Strasbourg, côté est. En tant que sellier de langue allemande, il entre en concurrence avec les artisans venus de la France "de l’intérieur". On lui interdit donc d’employer plus de trois ouvriers, compagnons ou apprentis. Bravant le règlement corporatif, il en embauche pas moins d’une centaine. Il dispose de plusieurs lieux de fabrication et de stockage et ouvre même une échoppe, en face du musée et au nord de l’Ancienne Douane, connue grâce à une gravure.

C’est le fils d’August, Johann Christian Gintzrot qui, en 1789, conçoit la berline pour le roi de Prusse. Après la Révolution, Johann se rendra à la cour de Munich pour livrer huit autres véhicules au prince Maximilien de Deux-Ponts, celui qui, par la grâce de Napoléon Ier, deviendra roi de Bavière en 1806.

Sur 2000 véhicules réalisés à Strasbourg entre 1766 et 1786, seuls 7 sont conservés à ce jour. La berline d’apparat de Frédéric Guillaume II est aujourd’hui à l’abri dans la remise de Paretz (Stiftung Preussische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg) à Berlin. Elle fut utilisée jusqu’au début du 20e siècle à l’occasion des mariages des Hohenzollern.