Détail Entité

L’incrédulité de Saint Thomas

Hans Baldung Grien
1512-1513

Plume et encre noire, gouache blanche sur papier peint en brun-rouge.

Cabinet des Estampes et des Dessins

La feuille, représentant la conversion de l'incrédule Thomas, relève d'une construction très rigoureuse sur un papier à fond coloré, vraisemblablement le plus important dessin en clair-obscur de la fin des années strasbourgeoises de l'artiste et de ses débuts à Fribourg-en-Brisgau, vers 1512-1513.

Thomas, au centre de l'image, vu de profil et tourné vers la droite, se trouve agenouillé sur un "coussin" rembourré grâce aux plis de son manteau. La force de cette figure géométrique simple - une pyramide - vient étayer l'être de lumière transcendante, le Christ ressuscité, qui se tient debout, face au spectateur, la hampe de la bannière de la victoire dans la main gauche. Un lourd manteau drapé recouvre tout son côté gauche, et notamment le genou légèrement plié qui suggère un contrapposto, tandis que le côté droit, presque entièrement dénudé, est livré au spectateur et à l'apôtre. Celui-ci, délicatement guidé par la main du Christ, plonge deux doigts tendus, selon un geste proche du Rédempteur bénissant les êtres, dans la blessure infligée par le soldat Longinus qui, d'un coup de lance, avait transpercé le flanc droit du Christ pour s'assurer de sa mort. Thomas lui-même a besoin de ce geste concret pour croire à la résurrection de Jésus. Aussi, saisi par la réelle présence du Seigneur resplendissant de lumière, Thomas, tout ébloui, lâche-t-il sa propre lance en tentant de se protéger les yeux de la main gauche.

Ce dessin, où le caractère trempé de l'apôtre est mis en évidence autant que la virilité de cet être de chair, offre un contraste impressionnant avec l'apparition presque désincarnée du Christ, dont la corporéité est suggérée avec une remarquable économie de moyens : quelques traits noirs ou des rehauts de blanc, posés çà et là, mais sans qu'il soit véritablement question de modelé plastique. L'inscription "Une bonne année nouvelle" indique qu'il s'agit d'un dessin donné en cadeau à l'occasion du Nouvel an. Mais, le sujet se rapportant à saint Thomas, dont l'anniversaire a lieu le 21 décembre, il est possible que l'œuvre ait été offerte pour marquer les fêtes de fin d'année, Noël et Nouvel an. En revanche, le bord inférieur de la feuille ayant été coupé, la date inscrite a posé des difficultés de déchiffrage entre un "2" et un "3". Les analyses stylistiques les plus récentes incitent à pencher pour le tournant de l'année 1512-1513.

Anny Claire Haus