Détail Entité

Les trois Parques

Hans Baldung Grien
1513

Gravure sur bois

Cabinet des Estampes et des Dessins

Hans Baldung Grien grave en 1513 un bois consacré aux Trois Parques qui, par delà l’évocation de figures mythologiques, lui permet de représenter le nu féminin et d’aborder ainsi les transformations physiques du corps aux différents âges de la vie.

Filles de Jupiter et de Thémis, les Parques ou sœurs filandières tiennent à elles trois le fil régissant la destinée de tout être humain. Clôtho, la plus jeune, file les jours et les événements de la vie, Lachésis tire les sorts, avant qu’Atropos, la plus âgée, ne décide de trancher avec ses ciseaux le fil de l’existence. Ces divinités du destin sont présentes aux moments clé de la vie, puisqu’elles agissent sur la naissance, le déroulement et la fin d’une existence. L’étymologie de leur nom est d’ailleurs tout à fait explicite :

·          "Clôtho", désignant en grec l’action de filer, crée le mystérieux fil de la vie.

·          "Lachésis" signifie "le sort" ou "l’action de tirer au sort" et traduit bien l’aspect aléatoire de l’intervention, dès lors que la divinité met le fil sur le fuseau et commence à le dévider.

·          "Atropos" rend compte du caractère "inflexible" de la Parque la plus âgée, celle qui décide au gré de sa fantaisie de couper le fil d’une destinée pour mettre fin à la vie d’un mortel.

Dans la gravure étudiée, Baldung prête les traits d’une jeune femme souriante à Lachésis, placée à droite, tandis que Clôtho au visage replet, à gauche, a pris l’allure d’une femme d’âge mûr coiffée du bonnet de l’épouse ; seule Atropos apparaît selon l’iconographie traditionnelle en femme âgée et flétrie. Le tout jeune enfant agenouillé et cueillant une fleur dans l’angle inférieur gauche offre une autre possibilité de lecture de la scène, celle d’une évocation des quatre âges de la vie d’une femme. Baldung, à partir de 1540, aborde à plusieurs reprises le thème des différents âges de la vie, notamment dans une peinture de 1544, conservée à Leipzig (Museum der Bildenden Künste), où sont passées en revue sept créatures féminines -de l’enfance à la vieillesse-, transformées par les âges.

Baldung s’intéresse à donner du nu une représentation réaliste, à l’exemple de la gravure datée aussi de 1513, Aristote et Phyllis ; la femme du philosophe, nue et portant le bonnet de l’épouse, ressemble à Clôtho. La figure d’Atropos, en revanche, révèle des traits grossiers et une corporéité masculine, toute en muscles, que ses longs cheveux épars ne sauraient adoucir, mais rapprocheraient du type de la sorcière perceptible dans un dessin de 1514 (Vienne).

Le jeune enfant et Lachésis tiennent chacun une plante, respectivement une pâquerette symbolisant depuis le XVe siècle l’innocence, et une mandragore, reconnue pour ses vertus de potion magique à effets aphrodisiaques. C’est autour de la quenouille formant l’axe central de la composition que tout s’organise.

La scène se produit dans un décor végétal foisonnant où l’unique arbre noueux et moussu, évoque à lui seul l’Urwald -la forêt originelle dont les racines plongent dans la nuit des Temps-, si chère aux chantres de l’école du Danube, Albrecht Altdorfer et Wolf Huber.

Anny Claire Haus - Céline Edel.