Détail Entité

Le Sacrifice d’Isaac

Albrecht Altdorfer
1520-1525

Le sacrifice d’Abraham, non daté, pourrait se ranger parmi les dernières gravures sur bois d’Altdorfer, soit entre 1520 et 1525, et, selon F. Winzinger, avoir servi de feuille préparatoire à l’illustration de la Bible (Winzinger, op. cit ; p. 86).

Cabinet des Estampes et des Dessins

Abraham, placé de dos, l’épée sur l’épaule, se détourne de son fils Isaac, de profil et agenouillé, pour répondre à l’appel de l’ange venant du ciel. Le feu du sacrifice dégage une abondante fumée qui encadre les trois figures d’une tenture vibrante, propre à renforcer le caractère théâtral de la mise en scène. Les personnages se détachent d’autant mieux que le ciel se trouve être presque sans nuages. Au premier plan à gauche, sont posés le fourreau de l’épée et une coupe de métal sur un autel de pierre, derrière lequel se distingue au milieu d’un buisson, le bélier qui sera sacrifié à la place d’Isaac.

Altdorfer se sert d’un épisode biblique (Genèse 22, v. 9-13) pour camper un personnage, en costume d’époque et vu de dos, dont la source d’inspiration, selon F. Winzinger (Albrecht Altdorfer Graphik, 1963, Appendice n° 41), serait un burin florentin, déjà perceptible dans la gravure sur bois de 1511, où Altdorfer représente Le massacre des innocents (F. Winzinger, op. cit., 1963, n° 15 ; Bartsch 46). Depuis l’exposition organisée entre 1969 et 1970 à Yale, Saint-Louis et Philadelphie, le modèle d’inspiration serait redevable à l’Ecce homo (v. 1498-1499),de la Grande Passion de Dürer (Bartsch 9).

En 1510, Altdorfer avait déjà abordé le sujet dans un dessin clair-obscur, aujourd’hui conservé à l’Albertina à Vienne (inv. 3.212, D. 217).

Pour la figure de l’ange avec les jambes repliées sous les ailes, Altdorfer reprend l’un de ses motifs les plus originaux : l’ange annonciateur à Joachim de la naissance de Marie, issu de la série La Chute et la Rédemption de l’Homme, et que Wolf Huber intègre dès 1514, dans le dessin de même sujet, aujourd’hui à Washington (F. Winzinger, 1963, Appendice, n° 40).

Friedländer, le premier, a placé cette suite de quarante bois, juste après 1513, et non plus autour de 1515. Ceci a permis de restituer l’ordre chronologique relatif à la réalisation de l’ange. Mais c’est F. Winzinger qui dévoile la véritable source d’inspiration d’Altdorfer : l’ange apparaissant dans Le Baptême du Christ du retable de Michaël Pacher (1435-1498) à Saint-Wolfgang (Winzinger, op. cit., Appendice n° 38).