Détail Entité

Hercule et le Lion de Némée

Heinrich Aldegrever
1550

Gravure sur cuivre, burin
H. 10,6 cm, 6,7 cm
Signé du monogramme et daté 1550 sur un cartel en haut à gauche
Inv. 77.002.0.10

Cabinet des Estampes et des Dessins

Cette planche relève d’une suite de treize compositions illustrant les Travaux d’Hercule, gravés en 1550 par Heinrich Aldegrever, et dont huit sont visibles au Cabinet des Estampes.

Hercule aux prises ici avec le lion de Némée, est le plus fameux et le plus populaire héros de la mythologie classique, et personnifie la force. Hercule chez les Romains (Héraclès chez les Grecs), est le fruit de l’union entre Zeus et Alcmène. Furieuse de jalousie, Héra, la femme de Zeus, n’aura de cesse d’éliminer Héraclès et ce, dès sa naissance, puisqu’elle lui envoie dans son berceau deux serpents pour le dévorer, que l’enfant, doué d’une force surnaturelle, étouffera aussitôt de ses mains. Plus tard, dans un accès de folie, Héraclès tuera femme et enfants. Contraint par Héra d’expier ce crime, il doit se mettre au service de son cousin fort jaloux, Eurysthée, qui va lui imposer une série d’épreuves, les fameux douze "travaux".

Avant de partir en mission, Hercule se fabrique une arme à sa mesure, une gigantesque massue.

Sa première tâche le conduit dans la contrée de Némée, dévastée par un lion invulnérable, dévorant toute âme qui vive. Hercule le débusque et l’étouffe entre ses bras. Après l’avoir dépouillé de sa peau, Hercule s’en fait un vêtement qui le rend à son tour invulnérable ; la tête du fauve lui servant de casque.

Chez Aldegrever, comme ses contemporains, les "travaux", et les exploits prêtés à Hercule depuis l’Antiquité, se côtoient. La figure mythique du héros victorieux dans l’adversité a séduit les humanistes à la Renaissance. Cette vie d’aventures transformée en parcours initiatique propre à conduire Hercule à la purification salvatrice, préfigure en quelque sorte le Christianisme. Aussi n’est-il pas étonnant de compter dans l’œuvre des artistes nés vers 1500, autant de suites dédiées à ce modèle de force physique et morale, incarnant les valeurs de la vertu.

Les prototypes de cette figure héroïque à l’anatomie magnifiée se trouvent chez Mantegna et Pollaiuolo et serviront de modèles, tant en Italie qu’au nord des Alpes. Dürer en sera l’un des principaux catalyseurs.

Ainsi le burin, Samson combattant le lion, s’inspirant de figures de Pollaiuolo, va servir de modèle au Lion de Némée. À l’inverse de la tradition littéraire affirmant que le lion meurt étouffé, Aldegrever assimile Hercule à Samson "déchirant le lion comme on déchire un chevreau" (Juges XIV, 6). Délaissant le maniérisme exacerbé de la décennie précédente, Aldegrever révèle sa virtuosité à faire dialoguer la plasticité du corps humain et la richesse du détail ornemental.