Détail Entité

Combat d'hommes nus

Antonio Pollaiuolo
Vers 1470
Cabinet des Estampes et des Dessins

Gravée par l’un des plus grands artistes florentins du Quattrocento, cette estampe représentant dix athlètes nus, est exceptionnelle à plus d’un titre. Antonio Pollaiuolo, fils d’un marchand de volailles comme son nom l’indique, était orfèvre, sculpteur, peintre et graveur. Or, son activité de graveur se concentre toute entière dans la planche gravée du Combat d’hommes nus ; unique dans son œuvre, cette estampe est pourtant considérée comme l’une des plus remarquables de l’histoire de cet art. Cette pièce monumentale (la plus grande gravure du Quattrocento), est surprenante par sa conception, sa technique, son thème. Le célèbre historien, peintre et architecte G. Vasari (1512-1574), profondément impressionné par cette estampe, n’a pas manqué de saluer dans Le Vite la modernité de Pollaiuolo, dans sa manière d’étudier concrètement l’anatomie, et d’approfondir ses connaissances de l’agencement interne des chairs et des muscles, à seule fin de donner une corporéité réelle à ses figures d’hommes.

Le Combat d’hommes nus est aussi la première estampe gravée par un grand maître et signée de son nom. La signature latine révèle la conscience qu’avait l’artiste d’édifier une œuvre magistrale, et sa fierté à s’identifier comme Florentin.

La composition, s’inspirant des scènes de batailles des reliefs antiques décorant les sarcophages, réunit dix athlètes nus qui, armés de glaive, hache, arc ou poignard, semblent emportés dans un vif combat. Plus proche d’une chorégraphie que d’une lutte véritable, la disposition quelque peu artificielle des combattants permet de montrer la figure masculine nue sous différents angles (de face, de dos ou en pleine torsion). Ces prototypes de figures héroïques à l’anatomie magnifiée ont certes servi de modèles aux artistes en Italie comme au nord des Alpes mais la feuille gravée ne se réduit cependant pas à cette interprétation première.

L’enjeu de ce combat est difficile à déterminer. Deux groupes de deux guerriers, et deux groupes de trois s’affrontent, sans qu’il soit possible de distinguer les protagonistes de leurs adversaires. Le ruban qui ceint la chevelure de certains d’entre eux ne permet pas davantage de différencier les forces en présence, puisque le guerrier au ruban, debout à droite, s’apprête à frapper de sa hache un combattant portant le même ruban.

La chaîne que se disputent les deux figures centrales semble jouer un rôle important dans le combat, sinon en être le point de départ. La présence de longs épis de blé, d’oliviers et de vigne emmêlée qui ornent le fond du tableau, pourrait évoquer le sacrifice du Christ au travers des motifs symboliques et sacrés que sont le pain, le vin et l’olivier, sans pour autant clarifier l’éventuel lien entre ces emblèmes et le combat.

La gravure a donné lieu à diverses interprétations, dont la plus probable, selon Gisèle Lambert, serait que Pollaiuolo n’ait pas cherché à représenter une bataille historique ou mythologique précise.