Détail Entité

L’Église et la Synagogue

Strasbourg, vers 1220

Grès rose
195 et 193 cm
Inv. MOND 1 et 2

Pour en savoir plus, consultez les notices de L’Église et de la Synagogue sur Joconde.

Provenance : Provient du portail du transept sud de la Cathédrale de Strasbourg
Musée de l'Œuvre Notre-Dame

Un atelier extraordinairement novateur conçoit, entre 1220 et 1230, les parties supérieures du croisillon sud de la cathédrale, le Pilier des Anges, puis les tympans des deux portails sud. Le couple des sculptures de l'Eglise et de la Synagogue est placé de part et d'autre de ces portails. Elles encadraient à l’origine une figure du roi Salomon, œuvre aujourd’hui disparue. Ces deux figures de femmes, allégories des religions chrétienne et judaïque, comptent parmi les plus célèbres chefs-d’œuvre de l'art occidental du Moyen Âge.

La Synagogue vaincue et l’Église triomphante appartiennent à une symbolique traditionnelle dont les représentations se multiplient à partir du milieu du XIIIe siècle. À gauche, l'Église victorieuse et couronnée, tenant dans ses mains un calice et une bannière surmontée de la croix, considère la Synagogue avec assurance. Celle-ci, qui tient une lance brisée, détourne sa tête aux yeux bandés, expression de son refus de reconnaître dans le Christ le Messie attendu. Elle paraît laisser tomber les tables de la Loi, symbole de l’Ancien Testament dépassé.

Les figures, élancées, sont empreintes d'une très grande humanité. Toutes deux caractérisent la brève période de raffinement qui marque la fin du règne des Hohenstaufen. La finesse des drapés fluides, qui laissent percevoir la densité des corps, ainsi que les poses majestueuses, renvoient également à la statuaire de l'Antiquité, qui bénéficie au début du XIIIe siècle d'un regain d'intérêt désigné sous le nom de "Renaissance antique".

La proximité stylistique de ces sculptures avec la statuaire de la cathédrale de Chartres a été soulignée, mais des rapprochements ont également été établis avec la statuaire bourguignonne et celle de la cathédrale de Sens. Selon certains spécialistes, les sculpteurs partis de Sens auraient gagné Chartres puis la Bourgogne avant de rejoindre Strasbourg, alors que d'autres concluent plutôt à la simultanéité de ces chantiers.

Ces statues ont été déposées au musée au début du siècle pour les protéger de la pollution et des intempéries, et ont été remplacées sur l’édifice par des copies.