Détail Entité

Départ pour la promenade

Pieter de Hooch (Rotterdam, 1629 - Amsterdam, 1677)
Entre 1663 et 1665

Huile sur toile, 72 x 85 cm

Musée des Beaux-Arts

C’est au XIXe siècle, grâce à un regain d’intérêt des collectionneurs pour les peintres intimistes hollandais, que Pieter de Hooch est sorti de l’oubli comme de nombreux autres artistes tels que Johannes Vermeer.

Après une période d’apprentissage dans l’atelier de Nicolaes Berchem à Haarlem où il peint des scènes de taverne ou de corps de garde, Pieter de Hooch part travailler quelques temps à Leyde puis à Delft où il est membre de la guilde de St Luc en 1655. Il y séjourne jusque dans les années 1660 et réalise à cette période la plus belle et intéressante partie de son œuvre. Il se consacre à la figuration de scènes domestiques et galantes. Sa palette s’étoffe et se réchauffe et c’est à cette même époque qu’il se montre préoccupé par la représentation de l’espace. En 1662, Pieter de Hooch s’installe à Amsterdam et y demeure jusqu’à sa mort. Vers 1670, sa peinture et sa facture évoluent ; les représentations d’intérieur intimistes et silencieuses laissent la place à des intérieurs pompeux et luxueux, à un art presque trop compliqué.

Un couple de bourgeois se promène dans une galerie de la Salle des citoyens de l’Hôtel de Ville d’Amsterdam. Ils sont accompagnés d’une nourrice qui porte dans ses bras leur nouveau-né et d’un chien qui semble les attendre dans sa marche.

Derrière eux, deux baies cintrées séparées par le Mercure d’Artus Quellinus laissent entrevoir un escalier pour l’une, et, un intérieur domestique pour l’autre. Le caractère intime de cette pièce crée une opposition radicale avec l’architecture imposante du bâtiment. Cet appartement est une fiction que l’on doit, semble-t-il, à un restaurateur du XIXe siècle. À l’entrée de celui-ci, on distingue encore nettement une silhouette noire plaquée sur les éléments d’architecture, comme un fantôme prisonnier de la couche picturale, qui semblait primitivement figurer un homme vêtu d’une cape et d’un chapeau. Cette figure a été ajoutée probablement au début du XXe siècle par un amateur insatisfait de la composition originelle. Quand le tableau est passé en vente en 1827, les écrits évoquaient la présence d’un second homme à l’arrière-plan ; il semblait alors apparaître distinctement. Pourtant en 1854, lorsque G. Waagen décrit la peinture de Strasbourg, il ne mentionne nullement cette silhouette noire mais parle de la petite pièce visible à l’arrière de la scène. C. Brière Misme suggère en 1948 la possibilité que cet intérieur fût ajouté par après par un restaurateur voulant probablement cacher la figure apocryphe. Il tenta d’abord de gommer ce personnage, mais comme son ombre persistait, il décida de le recouvrir à moitié par divers éléments comme le coffre et la chaise ; pour cet intérieur, il s’inspira de La lecture de Pieter Janssens Elinga (Alte Pinakothek, Münich).

Départ pour la promenade se distingue tout particulièrement par un éclairage étonnant qui suppose plusieurs positions du soleil. Véritable maître en la matière, Pieter de Hooch joue avec différentes sources lumineuses. Deux taches de lumière frappent tout d’abord le couple au-dessous des épaules, éclairant avec brillance leurs vêtements, puis heurte le pilier de droite sous la forme d’un cercle de lumière. Une seconde source lumineuse plus diffuse et plus naturelle entre dans la pièce arrière par la fenêtre.

Tous les éléments, iconographiques comme stylistiques, concourent à situer l’œuvre dans les premières années amstellodamoises de Pieter de Hooch, entre 1663 et 1665 ; une série de peintures réalisées à cette même période a également pour décor l'Hôtel de ville d'Amsterdam.