Détail Entité

Le Marché aux poissons

Joachim Beuckelaer (Anvers, vers 1530 - Anvers, vers 1574)
1568

Huile sur bois, 118 x 165 cm

Musée des Beaux-Arts

L’artiste est un jalon fondamental dans la naissance de la nature morte qui, peu après 1568 (date de ce tableau), deviendra définitivement un genre à part entière. Car la nature morte est d’abord née en marge de la peinture religieuse. Ce tableau en témoigne puisque l’on distingue en haut à gauche comme une possible scène de pêche miraculeuse. Mais la scène de l’Évangile est désormais secondaire et c’est bien l’étal de poissonnier dans un marché anversois du milieu du XVIe siècle qui devient le vrai sujet. Beuckelaer offre une description naturaliste de son sujet : il se dégage une impression de vulgarité de l’ensemble, tant dans les traits des personnages que dans l’acidité des coloris.

Si on se contentait d’admirer le naturalisme de l’artiste, on passerait à côté d’une part importante du message tel que le concevait les contemporains de Beuckelaeur. L’œuvre renseigne en effet sur les mentalités et les attentes des commanditaires du peintre. Les contemporains du peintre se rassuraient devant ce spectacle de la fertilité de leur cité. À ce message civique se superpose à une veine plus moralisatrice. À l’époque, le marché était un lieu de moralité douteuse et des femmes de mauvaise vie s’en servaient comme alibi pour dissimuler leur activité de prostituées. De sorte qu’il convient de revenir à la scène évangélique du fond. Le tableau n’est donc plus seulement un prétexte ou un renvoi à la fertilité contemporaine, mais il est aussi une admonestation contre la dissolution des mœurs et un appel à une vie conforme aux Évangiles.