Détail Entité

Socrate, ses deux épouses et Alcibiade

: Reyer Jacobsz. Van Blommendael (?, 1628 - Haarlem, 1675)

Huile sur toile, 210 x 198 cm

Musée des Beaux-Arts

Reyer Jacobsz. van Blommendael, longtemps resté inconnu, est un des grands représentants harlémois de la peinture d’Histoire. On lui connaît quelques œuvres dont Jésus au jardin des oliviers (Alte Pinakothek, Münich), Pâris et Œnone (Palais des Beaux-Arts, Lille) tous les deux signés, et Loth et ses filles (Musée des Beaux-Arts, Dunkerque) ainsi que Phryné devant ses juges (Musée Denon, Chalon-sur-Saône) qui lui sont attribuées.

C’est avec beaucoup de discernement que fût acquis par Hans Haug en 1934, Socrate, ses deux épouses et Alcibiade, œuvre dont il faut souligner la qualité d'exécution et la rareté de l'iconographie. Le sujet, insolite et complexe, est tiré de Doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce (Livre II) et met en scène le philosophe Socrate.

Socrate est assis sur le perron de sa maison et s’appuie du coude sur une pierre où est gravé le fameux précepte "Connais-toi toi-même". Derrière lui, Xanthippe, sa première épouse, se penche à la fenêtre la poitrine offerte, et lui verse sur la tête le contenu d’une cruche. Dans l’encadrement de la porte, Myrtonne, la seconde épouse, tente elle aussi de le sortir de sa réflexion en lui dévoilant un sein. Socrate reste indifférent aux provocations de ses deux femmes et regarde arriver son jeune disciple, Alcibiade, accompagné de son chien.

L’allusion à la bigamie de Socrate découle d’une interprétation des textes antiques et la symbolique qui s’en dégage était connue de tous les érudits contemporains de l’artiste. Le thème de Socrate et de ses deux épouses, et plus communément de la scène de ménage entre le philosophe et sa première épouse, évoquait de manière allégorique la vertu de la Patience. Le caractère placide de Socrate était, en effet, aussi célèbre que la mauvaise humeur de Xanthippe était proverbiale dans toute l’Antiquité.

D’abord attribué par erreur à Jan Victors puis pendant de très longues années à Cesar van Everdingen (1606-1678), Socrate, ses deux épouses et Alcibiade a été redonné depuis peu à Reyer Jacobsz. van Blommendael, un autre peintre de Haarlem. Le tableau de Strasbourg est pour Leonard J. Slatkes et d’autres scientifiques un travail caractéristique de Blommendael. On y retrouve des affinités formelles avec quelques-unes de ses œuvres : le même modèle féminin, le modelé rond et lisse des visages, la lumière blonde et douce, l’allure sculpturale et monumentale des personnages et une mise en scène théâtrale, typique des peintures à sujets historiques, qui utilise habilement le format vertical.