Détail Entité

Genizah de Dambach-la-Ville

du 14e à la fin du 19e siècle
Don de la commune de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) en 2013
Musée Alsacien

Une genizah est un dépôt rituel d’écrits portant le nom de Dieu – et par extension – d’objets de culte usagés qui ne doivent pas être jetés et sont donc déposés dans une cache à l’intérieur de la synagogue, dans l’attente d’un éventuel enterrement au cimetière. Si l’existence de genizot s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans la plupart des communautés juives, ce type de dépôt était jusqu’ici jugé de peu d’intérêt en France, contrairement à la situation dans d’autres pays de l’aire "ashkénaze" (communautés de rite "allemand" s’étendant de l’Alsace-Lorraine à la Bohème en passant par la Rhénanie, la Bavière ou la Suisse…), depuis longtemps conscients de la valeur historique, sinon artistique, de ces humbles vestiges de communautés anéanties par la Shoah. L’opération de sauvetage de la genizah découverte à l’automne 2012 sous le plancher du comble de la synagogue de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), constitue ainsi une première.

Ce fonds, qui présente la caractéristique remarquable d’avoir survécu au 20e siècle sans pillage, constitue un témoignage important de la vie d’une communauté rurale juive ; en effet, les us et coutumes populaires sont souvent bien moins documentés que l’histoire évènementielle ou la culture des élites.

Outre son intérêt au titre d’ensemble, la genizah de Dambach-la-Ville renferme des trésors particuliers, comme l’exceptionnel fonds de mappot. Parmi les 249 mappot ou fragments de mappot, 25 datent du 17e siècle et près d’une centaine du 18e siècle. La plus ancienne, remontant à 1614 et étonnamment bien conservée, est l’une des plus anciennes d’Europe à ce jour. Les plus anciennes mappot sont brodées de motifs divers à l’intérieur des lettres hébraïques, tirant profit de la forme de certaines (poisson dans la base arrondie du tet ou du shin, hampes de lamed en forme de col d’oiseau, de serpent ou de botte…), avec une fantaisie héritée des manuscrits médiévaux. N’ayant subi aucun tri, les mappot extraites des genizot reflètent tout l’éventail de la production en un lieu donné, avec des pièces de qualité inégale selon l’origine sociale de l’enfant. À défaut d’être exhaustif, le corpus de Dambach permet de mesurer des évolutions formelles sur une durée de trois siècles et d’établir des comparaisons avec d’autres ensembles.

 

En outre, de nombreux documents et ouvrages, le plus ancien datant du 14e siècle, constituent la majorité numérique de ces 900 objets. On ne peut qu’être frappé par le nombre de livres traduisant, au moins pour les périodes les plus récentes, la possession par chaque individu de ses propres exemplaires. Beaucoup conservent des marques personnelles (noms, annotations diverses, graffitis ou même comptes…) révélant un lien fort avec leurs propriétaires. Les livres de prières pour le temps ordinaire, les fêtes et toutes les circonstances de la vie constituent plus de 90% du volume, notamment des Selihot (prières pénitentielles) et des calendriers. À côté des Pentateuque et des bibles en hébreu, figurent un nombre élevé de traductions en yiddish, plus ou moins commentées, destinées à un public féminin ou populaire. Ils témoignent également de la diversité des centres d’impression : au 16e siècle Prague, Cracovie et Bâle, à partir de 1670 Francfort-sur-le-Main, au 18e siècle les centres franconiens (Sulzbach, Fürth..) ou encore Amsterdam., au 19e Rödelheim mais aussi Metz et divers centres alsaciens.