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Le Musée Alsacien : un lieu authentique et pittoresque

Une maison-musée au cœur de Strasbourg

En 1904, Le Musée Alsacien s’installe au 23, Quai St Nicolas sous l’impulsion de ses premiers directeurs, Pierre Bucher et Léon Dollinger. La petite taille des pièces, les plafonds bas et les planchers donnent au bâtiment un cachet ancien et harmonieux. On a ainsi l'impression de circuler dans une habitation privée et non dans un musée. Le plan du bâtiment, qui s'étend tout en longueur vers le centre du pâté de maisons, est caractéristique de l'architecture strasbourgeoise du début du 17e siècle. À partir du porche, un long couloir d'entrée passe sous la maison d'habitation dont la façade donne sur la rue. Il aboutit à une cour, au fond de laquelle un deuxième bâtiment, plus petit, sert de lieu de stockage et d'habitation. Une galerie ouverte en bois relie les deux corps de bâtiment.

En 1600, date approximative de construction, cette maison est occupée par la famille de négociants Eschenauer. Au 18e siècle, la maison Eschenauer devient une entreprise d’import-export, propriétaire de la maison depuis 1746 et jusqu’à la fin du 19e siècle. Leur commerce prospère sans doute grâce à la position idéale de la maison, placée en face des bâtiments de la Douane, où se trouvait alors le port de Strasbourg. L’arrière du bâtiment comporte d’ailleurs une vaste cave qui sert d’entrepôt aux propriétaires.

Au début du 20e siècle, la principale préoccupation des fondateurs du Musée Alsacien est de "trouver une maison ancienne offrant le type caractéristique de la demeure strasbourgeoise du 17e siècle, assez vaste et située de façon à faire bonne figure dans notre ville". La configuration de cette maison urbaine ne se prête guère à l’évocation de la vie quotidienne dans une ferme. Cependant, la disposition des lieux, labyrinthe d’escaliers, de coursives en bois et de petites pièces aux planchers qui craquent, contribue à l’ambiance intimiste et chaleureuse du musée. Son cachet a sans doute conforté les fondateurs du musée dans leur décision d’acquérir cet ensemble.

Une vision romantique

Encombré par des ajouts et des remaniements successifs, le bâtiment était très dégradé. Il importait avant tout de lui rendre son caractère primitif. "La cour devait être irréprochable aux yeux du connaisseur tout en séduisant l'artiste par son pittoresque", écrivent alors les gérants du Musée.

L’architecte Théo Berst, chargé de la restauration, entreprend de dégager les éléments anciens murés au cours des siècles. Il y ajoute également divers éléments récupérés sur des chantiers de démolition strasbourgeois comme les encadrements de fenêtres sculptés, datés de 1580. Certains éléments sont repris d’autres maisons d’Alsace. Les longues perches bordant les galeries de la cour sont par exemple inspirées de la maison Molly à Colmar. Peut-être servaient-elles à sécher et aérer les sacs à grain ou la literie.

Le traitement des intérieurs a été conçu sur le même principe : mélange d'éléments architecturaux, sans souci de conserver les aménagements d'origine, dont il ne subsiste quasiment plus trace. À son ouverture au public en 1907, le musée est constitué d’une quinzaine de salles, dont certaines sont des reconstitutions plus ou moins authentiques, telle la Stùb, et d’autres de pures créations muséologiques, comme la pharmacie.

Les gérants du Musée Alsacien se félicitent de la vision romantique restituée par le musée : "La porte franchie, le visiteur entrant dans la cour paisible, où la lumière se joue sur la verdure et la patine du bois, ne pourra se soustraire au charme intime que dégage la vieille demeure. À parcourir ces galeries, ces salles silencieuses, à voir ces formes et ces lignes qui lui parlent par la voix du souvenir, il sentira que c'est bien là la vieille maison alsacienne où il faisait bon vivre…nous voudrions que le Musée Alsacien devienne un but de promenade et un délassement pour tous ceux qui aiment leur pays et s'intéressent à son passé."

Mis sous séquestre par les autorités allemandes au cours de la Première Guerre mondiale, le musée est racheté par la Ville de Strasbourg en 1917 et rejoint ainsi les musées municipaux. Devenu, au fil des décennies, bien trop petit pour présenter toutes les collections, le musée s’agrandit dans les années 1970, investissant deux maisons voisines (n° 24-25 quai Saint-Nicolas), anciennement un restaurant et une boucherie. Il forme alors un ensemble composé de cinq bâtiments distincts, mais reliés entre eux par des cours, des galeries et des escaliers. Son réaménagement progressif est achevé en 1985 portant ainsi la surface d’exposition à plus de 2 000 m².