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Les riches civilisations des âges du Bronze et du Fer

Les débuts de la métallurgie
L’âge du Bronze
Le premier âge du Fer
Le monde des princes celtes
Chars funéraires
Le second âge du fer : la Tène

Les débuts de la métallurgie

C’est à partir du Proche-Orient, puis des régions du Danube que vont se diffuser, à la fin du 3e millénaire, les techniques nouvelles de la métallurgie du cuivre, puis du bronze (alliage de cuivre et d’étain).

Des mouvements de populations importants affectent l’ensemble de l’Europe et amènent en Alsace deux civilisations nouvelles :

  • celle des peuples à "céramique cordée", porteurs d’une céramique décorée d’impressions et de haches de pierre polie à profil naviforme, imitant les modèles en métal orientaux,
  • celle des "gobelets campaniformes", ainsi dénommée en raison de la forme en cloche des céramiques, décorées de zones parallèles imprimées. Leur sont associés les premiers objets en cuivre et des "brassards d’archers" en pierre polie.

De brillantes civilisations, enrichies par le commerce du nouveau métal, se développent alors dans les zones de production de matières premières (cuivre, étain, or, ambre…).

L’âge du Bronze

D’importantes relations commerciales s’établissent autour des échanges de produits manufacturés. Vaisselle de luxe en bronze, bijoux ou matières premières entrant dans la confection des armes, outils et objets de parure voyagent sur de longues distances. Cette période voit aussi la naissance des premières fabrications "en série".

La circulation des hommes entraîne aussi celle des idées. Les technologies nouvelles et les changements de mode de vie se diffusent rapidement dans l’Europe entière :

  • l’agriculture fait des progrès rapides grâce à l’invention de l’araire (instrument de laboure) et l’emploi de la traction animale,
  • la métallurgie du cuivre, puis du bronze, entraîne la spécialisation des fonctions et contribue à la mise en place d’une société nouvelle et hiérarchisée, avec redistribution des biens entre les diverses catégories de la population (paysans, métallurgistes, prêtres, guerriers),
  • les rites funéraires évoluent également, du Bronze moyen où domine l’inhumation sous tumulus au Bronze final avec ses vastes nécropoles à crémations (d’où l’appellation ancienne de "Champs d’urnes" donnée à cette période),
  • les croyances, bien que difficiles à saisir en l’absence de textes, laissent transparaître un symbolisme solaire où figurent des thèmes tels la roue, les symboles astraux, l’oiseau et où le cheval semble jouer un rôle privilégié.

Une concordance de datations a pu être établie entre les civilisations de l’Europe occidentale et celles du monde méditerranéen, à partir de l’étude d’ensembles funéraires où se trouvent associés des objets d’origine locale et des objets importés d’Égypte, de Grèce ou d’Étrurie.

Le premier âge du Fer

Cette période de plus de trois siècles (750-480 avant J.-C.) est marquée par une profonde unité de civilisation en Europe occidentale, malgré la multiplicité des groupes régionaux.

En Alsace, il n’y a pas de césure profonde entre l’âge du Bronze et le Premier âge du Fer (époque hallstattienne), l’entrée en usage du fer ne jouant d’abord qu’un rôle secondaire. La diffusion de technologies nouvelles voit naître une gamme d’outils performants et le développement de l’armement. Les armes en fer des Celtes leur assurent rapidement la suprématie et la société de l’âge du Bronze se transforme en un système social proche du monde féodal, où une aristocratie guerrière domine la masse des paysans et artisans.

L’habitat, encore assez mal connu, se répartit entre des sites fortifiés de hauteur (oppidum) et des villages de plaine, où l’on pratique la polyculture et l’élevage. Les "oppida" sont des villes fortifiées, protégées par un rempart en pierre et en bois derrière lequel s’abritent les habitations. Ils sont le siège de l’autorité des princes hallstattiens et peuvent aussi servir de refuge à la population en période d’insécurité.

La multiplication des nécropoles dans toute l’Alsace reflète la large explosion démographique du Hallstatt final (550-480 avant J.-C.). Les inhumations sous tumulus ou en tombe plate sont la règle quasi absolue. La présence d’objets en métal (armes, objets de parure, premières fibules) et de céramiques (coupelles parfois richement décorées de gravures et de peintures polychromes) augmente progressivement et atteste de la grande maîtrise technique des artisans celtes et de l’intensification du commerce avec le monde méditerranéen.

Le monde des princes celtes

Durant l’époque celtique, les régions du nord de l’Europe entretiennent des relations commerciales privilégiées avec le monde méditerranéen. Les "princes" celtes s’enrichissent grâce au contrôle des voies commerciales qui, depuis Marseille par le Rhône et la Saône, amènent dans notre région les produits de luxe (vases en bronze, céramiques à décor peint) fabriqués en Grèce et en Italie.

Les rites funéraires hallstattiens se caractérisent par la présence de nombreuses et riches sépultures sous tumulus où se trouvent associés un char funéraire, des objets de parure en métal précieux, parfois rehaussés d’ambre et de corail, et une abondante vaisselle en bronze liée au service du vin.

Ces sépultures reflètent l’image d’une société hiérarchisée, dominée par une aristocratie guerrière, dont la richesse repose largement sur le contrôle du commerce avec le monde méditerranéen grâce à un réseau de sites fortifiés, sièges du pouvoir de princes locaux. Ces oppida jalonnent les principales routes commerciales qui mènent, par les vallées du Rhône, puis de la Saône ou par les cols des Alpes, vers l’Alsace, l’Allemagne et le nord de l’Europe.

Vaisselle en bronze fabriquée en Étrurie (Italie du Nord), céramique grecque décorée de figures noires ou rouges, vin transporté dans des amphores depuis le port de Massalia-Marseille ou encore corail sont ainsi échangés contre des produits tels que l’ambre de la Baltique, le fer de Lorraine, le sel, l’or et le lignite, l’étain de Grande-Bretagne.

Chars funéraires

Les tombes à char, datées généralement de la fin de la période hallstattienne, se concentrent surtout dans la moitié est de la France, avec deux groupes principaux en Bourgogne et Franche-Comté et en Lorraine. Elles se rattachent à un vaste ensemble de sépultures qui s’étend de la Bohême à la Suisse, l’Allemagne du Sud et l’Autriche.

Leurs points communs sont nombreux :

  • la présence d’un char rituel à deux ou quatre roues,
  • l’édification d’un important tertre en terre sur la tombe, protégée par une chambre funéraire centrale en bois ou en pierre,
  • l’inhumation du défunt, dont le corps est déposé dans la caisse du char ou dans une fosse creusée à proximité,
  • la richesse et l’abondance du mobilier funéraire (avec vaisselle en bronze, bijoux en or, céramique importée de Grèce).

En Alsace, plusieurs ensembles se rattachent à ce contexte, tels le tumulus de Hatten dans le nord de l’Alsace, celui d’Ohnenheim près de Sélestat, mais aussi les tumulus d’Ensisheim près de Colmar et du Liesbühl près de Mulhouse. La découverte du char d’Ohnenheim a été faite en 1917 par des artilleurs bavarois. Le tumulus, d’un diamètre d’environ 34 m pour une hauteur de 2, 65 m, était entouré d’un fossé circulaire. La sépulture n’en occupait pas le centre mais avait été décalée vers le sud-ouest. Le corps reposait au niveau du sol naturel, allongé à côté de la caisse du char, dont seules les parties métalliques ont été retrouvées. La caisse en chêne était garnie de plaques de bronze ajourées.

Robert Forrer en a tenté une reconstitution grandeur nature au début du 20e siècle à partir d’un modèle de char funéraire danois. Les recherches et les restaurations menées par le Laboratoire du Musée Romain-Germanique de Mayence ont permis d’en proposer une nouvelle reconstitution, à train avant mobile et l’hypothèse de Forrer d’un siège placé sur la caisse du char a été définitivement abandonnée.

Le second âge du fer : la Tène

À partir du milieu du 5e siècle avant J.-C., l’Europe connaît d’importantes migrations, correspondant à la grande période d’expansion des Celtes.

Au nord et au nord-est, les Celtes s’établissent en Gaule sur les deux rives du Rhin ; à l’ouest, ils gagnent les Iles britanniques. Rome est menacée en 387 avant J.-C. par des bandes se dirigeant vers l’Italie du Sud. Des raids celtiques affectent les Carpathes et les Balkans. En Grèce, le sanctuaire de Delphes est pillé et incendié.

Un nouvel équilibre va se créer au sein d’une vaste région culturelle comprenant la Suisse, l’Allemagne, la France et les Iles Britanniques, avec une civilisation brillante et prospère aux 3e et 2e siècles avant J.-C. Elle se caractérise par un art original qui transposent les modèles décoratifs issus du monde grec et romain en un style curviligne et exubérant, allant parfois jusqu’à l’abstraction.

En Alsace, la civilisation de La Tène - qui tire son nom d’un site des bords du lac de Neuchâtel - ne s’implante que lentement et plusieurs groupes culturels distincts coexistent dans la plaine d’Alsace. Cette civilisation est surtout connue à travers les découvertes d’objets isolés et les nécropoles, mais la connaissance de l’habitat de la Tène finale (180 à 30 avant J.-C.), souvent groupé en petits établissements ruraux, progresse rapidement.