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Histoire du Musée des Beaux-Arts

Un envoi de l’État

La création du Musée des Beaux-Arts est due à la volonté du gouvernement de Napoléon Bonaparte. Les aléas de l’histoire politique touchent ainsi la vie des musées. Le décret Chaptal du 14 septembre 1801 établit une liste désignant 15 musées de province destinés à accueillir des dépôts de l’État. L’idée est de décentraliser le patrimoine de la Nation, comme l’exprime le ministre : "l’habitant des départements a aussi une part sacrée dans le partage du fruit de nos conquêtes et dans l’héritage des œuvres des artistes français". Ainsi en 1803 sont envoyées à Strasbourg 43 peintures de premier plan. Il s’agissait, dans un but pédagogique, de former les artistes et les artisans, de répartir dans une quinzaine de grandes métropoles régionales le surplus du Louvre. Contrairement aux autres villes bénéficiant de cet important envoi, peu d’œuvres avaient été localement saisies dans les églises ou chez des émigrés. On trouvait les noms de Champaigne, La Hyre, Lemoine, Vouet, Rubens, Jordaens, Guido Reni, Carracci, Pérugin.

Le peintre Christophe Guérin, alors chargé de convoyer ces tableaux de Paris à Strasbourg, est dans la foulée nommé conservateur de cette collection, jusqu’à sa mort en 1846. Puis, lui succédera un homme de lettres, Henri Massé.

En 1869, après avoir été installée au palais Rohan puis à l’hôtel de ville, la collection est finalement installée au premier étage du bâtiment de l’Aubette. Elle comprenait 148 peintures où dominaient les écoles du Nord et les peintures française et alsacienne, ainsi que 38 sculptures et de nombreux dessins et gravures.

Comment un incendie entraîne une première renaissance

Tous ces efforts furent bientôt réduits en cendres le 28 août 1870, jour où des bombes prussiennes détruisirent la totalité des collections.

L’Empire allemand, soucieux de faire de Strasbourg une capitale politique et culturelle, décida de créer une nouvelle collection. L’empereur nomma à la tête des Musées de Strasbourg l’historien d’art et directeur des Musées Royaux de Prusse Wilhelm von Bode (1845-1929). Grâce à ses compétences et à sa bonne connaissance du marché de l’art, en quelques années Bode reconstitua les collections en suivant le programme suivant :

"Pour la capitale d’une grande province il faudra veiller à ce que la majorité des tableaux soit plaisante et compréhensible à tous ; pour Strasbourg comme ville universitaire, l’intérêt archéologique devra également être pris en considération, afin que la collection puisse donner, peu à peu, une image de l’évolution de la peinture jusqu’à l’époque contemporaine".

Les collections installées depuis 1899 au premier étage du palais Rohan passèrent de 68 tableaux en 1890 à 263 en 1912. Bode privilégia les écoles flamandes, hollandaises et italiennes. Il suivait en cela le goût de son époque... comme une certaine réticence envers l’art français. De 1914 à 1919, pendant les années de guerre, afin d’éviter tout risque d’une nouvelle destruction de cette collection toute nouvellement formée, celle-ci est installée dans les caves du palais Rohan et dans la crypte de la cathédrale.

Le mauvais sort s’acharne sur les collections

En 1919, la fin de la guerre entraîne le raccrochage des collections, dirigé par son nouveau conservateur, Hans Haug (1890-1965). Il va tenter de rééquilibrer et combler les lacunes de la collection en favorisant l’acquisition d’œuvres françaises et de l’école alsacienne. En 1938, un catalogue des collections est publié et montre son important développement. Le "règne" de Hans Haug dura plus de quarante ans. C’est lui qui fut également l’artisan de la répartition des différents Musées de la Ville de Strasbourg.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les collections sont une nouvelles fois déplacées pour être mises en sécurité, dans les caves du palais Rohan puis évacuées dans les châteaux de la région. En 1944, les bombardements touchent le palais et les collections qui y étaient restées. Et pendant la reconstruction de celui-ci en 1947, le sort s’acharne sur le palais et ses collections. Un incendie accidentel détruisit une trentaine d’œuvres entreposées dans les réserves dont une gigantesque vue de Venise par Guardi et un très beau Cranach, et en endommagea une soixantaine. L’assurance permit de racheter de nouvelles œuvres.

Durant cette période troublée, Haug reçut des dépôts du musée du Louvre et acheta en 1963, ce qui couronna sa carrière, l’icône du musée : la Belle Strasbourgeoise par Largillière. Il donna aussi un point fort aux collections en achetant de nombreuses natures mortes, témoignage du goût pour les "peintres de la réalité".

Une merveilleuse donation

On aurait pu croire le Musée des Beaux-Arts dès lors clos sur ses collections et sur ses orientations mais un hasard heureux apporta une nouvelle facette. Facette ô combien brillante et séduisante puisque constituée d’une vingtaine de chefs-d’œuvre de la collection de peinture baroque italienne (Tiepolo, Ricci, Crespi et Canaletto) d’Othon Kaufmann et François Schlageter. Ces deux strasbourgeois firent deux donations magnifiques en 1987 et 1994.

En savoir plus sur les donateurs du Musées des Beaux-Arts.