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MAMCS

Le visiteur accède tout d’abord à un prologue installé dans la nef du musée, qui a pour but de donner une vision panoramique de la chronologie de la période.

Un art de vivre : les arts décoratifs, l’illustration

Autour de 1900, Strasbourg est une métropole rhénane qui connaît un développement économique accéléré. Capitale du Reichsland d’Alsace-Lorraine, la cité voit sa superficie tripler et devient un véritable laboratoire urbain. De nombreux édifices publics et privés, aux styles éclectiques, sont érigés ; pour les orner, les architectes et aménageurs font appel à des artistes et artisans d’art, ferronniers, ébénistes, maîtres-verriers, céramistes. Ceux-ci sont formés dans les écoles d’arts appliqués allemandes, orientées de façon novatrice vers la création industrielle, et par l’École des arts décoratifs, dès sa création en 1890.

La ville continue de s’affirmer comme une des terres d’élection de l’image imprimée. L’École forme de nombreux illustrateurs et fait émerger, au fil des années, une génération d’affichistes de talent, parmi lesquels des artistes femmes ; des revues notables voient le jour ainsi que de nombreux feuillets illustrés, témoins d’une vie culturelle au quotidien.

La formation des artisans et celle des illustrateurs s’appuie sur les collections d’un musée d’arts appliqués (Hohenlohe-Museum), créé en 1887, qui leur offre l’accès à une abondante documentation internationale de référence et d’avant-garde.

Un vaste mouvement européen – l’Art nouveau ou Jugendstil – qui concerne l’architecture et les arts décoratifs, essaime dans toute l’Europe à partir de la Grande-Bretagne, de Vienne à Bruxelles, de Paris à Munich. À Strasbourg, une formulation particulière du Jugendstil croise et articule enseignements d’outre-Rhin et références au folklore alsacien. Cette originalité est particulièrement perceptible dans les participations de Charles Spindler et du cercle de Saint-Léonard aux Expositions universelles. Les décennies qui suivront seront marquées par un repli sur des valeurs plus traditionnelles.

 

Les collections de l’Université : au cœur de la recherche

Partageant son histoire et participant de son rayonnement culturel, politique et économique, l’université fait partie intégrante de l’identité de la ville de Strasbourg. Véritable ville dans la ville, le campus historique demeure encore aujourd’hui le reflet fidèle de l’ambitieux programme pédagogique et scientifique élaboré par le pouvoir allemand pour la nouvelle université impériale au lendemain de l’Annexion en 1871. Il témoigne d’une évolution majeure du système d’enseignement supérieur allemand en cette fin du XIXe siècle, tant dans ses pratiques que dans sa gouvernance. Ce modèle va se développer dans toute l’Europe et accompagner le développement des États-nations en constitution.

Les moyens mis en œuvre pour acquérir les équipements pédagogiques et scientifiques permettent à Strasbourg de rivaliser avec les plus grandes universités européennes. La première station sismologique au monde est construite en 1900 en plein cœur du campus, consacrant Strasbourg au premier rang de la recherche pour cette science naissante. En science de la vie et de la Terre, la recherche et l’enseignement s’appuient sur des collections exceptionnelles conservées dans un jardin botanique, un musée de zoologie et un musée de minéralogie. Les humanités ne sont pas en reste, avec notamment la collection remarquable de moulages constituée par Adolf Michaelis, premier titulaire de la chaire de l'institut d'archéologie classique, exposée au sein du Palais universitaire.

Véritables fenêtres ouvertes sur la recherche et l’enseignement, les collections universitaires rendent compte du caractère exceptionnel de cette institution pour l’époque et de son rayonnement à l’échelle internationale – une excellence que les universitaires français cherchent à maintenir après 1919 dans le but de continuer à faire de Strasbourg un fleuron de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 

L’art dans les musées : une perspective européenne

Les bombardements prussiens causent durant l’été 1870 d’irréparables dommages aux collections. Une dynamique muséale accélérée est impulsée par le pouvoir impérial, en recherche de symboles. Strasbourg doit devenir une vitrine du Reich sur sa frontière occidentale, et ses musées figurent parmi les joyaux destinés à l’orner.

Berlin impose un modèle muséal à vocation encyclopédique, entre laboratoire universitaire, outil pédagogique et instrument d’éducation du goût à destination des classes bourgeoises. Ce modèle de musée hérité de la Révolution française essaime en Europe au cours du XIXe siècle, porteur des valeurs des États-nations en construction.

En moins de 3 décennies, Strasbourg se voit ainsi dotée d’un musée des Beaux-Arts, d’un musée d’arts appliqués, d’un cabinet d’arts graphiques et d’un musée archéologique, progressivement abrités au palais Rohan.

Pour reconstituer la collection du musée des Beaux-Arts, le pouvoir impérial délègue son conservateur le plus averti, Wilhelm Bode, directeur des musées de Berlin aux commandes à Strasbourg jusqu’en 1914. Bode rassemble en quelques années une collection européenne qui fait la part belle à la Renaissance italienne et à la peinture nordique et s’ouvre à l’art ancien germanique.

Les collections d’arts graphiques, tout en faisant écho aux grandes options de Bode, accueillent la création allemande contemporaine et représentent précocement la génération expressionniste.

Le palais Rohan abrite de nombreuses manifestations artistiques ; parmi celles-ci, une exposition d’art français contemporain présentée en 1907 par la francophile Société des Amis des arts, sous la présidence du sculpteur Rodin. Évoquée dans cette salle, elle réunit des œuvres d’artistes symbolistes, impressionnistes et post impressionnistes aux audaces tempérées ainsi que des œuvres académiques, majoritaires.

 

Modernité plurielle

Strasbourg est gagnée par une véritable effervescence littéraire dans les années 1910. Des écrivains appartenant au premier mouvement expressionniste – René Schickele, Ernst Stadler, Otto Flake – publient dans des revues comme Der Sturm ou Die Weißen Blätter.

Au lendemain de la Première Guerre, l’institution muséale, placée sous la direction d’un jeune conservateur, Hans Haug, tout en acquérant des œuvres de Georges Braque et de Max Ernst, n’explore guère les grands mouvements modernistes. Les véritables défenseurs de l’art contemporain doivent être cherchés du côté des collectionneurs particuliers : les frères Lickteig et les frères Horn. Les Lickteig ont réuni des œuvres de Picasso, Herbin ou Arp aujourd’hui dispersées. Les œuvres réunies par les Horn sont un peu mieux connues en raison de leurs donations aux musées de Strasbourg (Heinrich Campendonk, Alexandre Archipenko, Paul Klee, etc.). Leur intérêt pour les œuvres de Sophie Taeuber-Arp et de Hans Arp les pousse à leur confier, aux côtés de Theo Van Doesburg, la réalisation d’un vaste complexe de loisirs, l’Aubette, situé place Kléber (1926-1928). L’agencement intérieur et sa décoration tout à fait révolutionnaires répondent à une conception esthétique qu’on peut qualifier de synthétique, visant à l’intégration de tous les arts.

Un autre événement va ponctuer cette période. Deux professeurs, Marc Bloch et Lucien Febvre, entretiennent à l’université de Strasbourg un climat intellectuel qui aboutira en 1929 au lancement d’une revue, Annales d’histoire économique et sociale. Ces historiens se détournent de l’histoire événementielle au profit d’une histoire des faits sociaux et ne prétendent plus se transporter dans le passé : il s’agit pour Bloch et Febvre d’interroger le passé à partir du présent.

 

Commissariat :

Roland Recht, Professeur honoraire au Collège de France, Professeur à l’Institut d’Etudes avancées, Université de Strasbourg
Joëlle Pijaudier-Cabot, conservatrice en chef du Patrimoine, directrice des Musées de la Ville de Strasbourg
Co-commissariat de l’exposition : Barbara Forest, Hélène Fourneaux, Delphine Issenmann, Dominique Jacquot, Franck Knoery, Etienne Martin, Estelle Pietrzyk, Florian Siffer, Sébastien Soubiran.

 

 

En complément : parcours dans les collections permanentes (rez-de-chaussée)

La scène artistique locale, 1880-1930

Au sein du parcours des collections modernes du MAMCS (rez-de-chaussée), cinq salles sont aménagées pour donner place au récit des évolutions des foyers artistiques strasbourgeois, à travers la peinture et les arts graphiques. Avec le profond mouvement de recherche d’une identité culturelle propre, et l’apparition de la Kunstgewerbeschule (École des Arts Décoratifs) qui a pu être perçue comme le produit de l’enseignement académique impérial, Strasbourg a été le lieu d’une certaine émulation artistique. Des artistes tels que Georg Daubner, Lothar von Seebach, Gustave Stoskopf, Henri Beecke ou encore les artistes du Groupe de mai sont présentés.

Musée Zoologique

Un observatoire du monde
 

Issu des collections de Jean Hermann (1738-1800), le premier Muséum d’histoire naturelle voit le jour en 1818, à proximité de la cathédrale de Strasbourg. À partir de 1825, il s’établit dans les nouveaux locaux de l’Académie dans le quartier de la Krutenau.

Puis, en 1893, intégré au campus de l’Université Impériale allemande inaugurant l’ambitieux projet urbain de la Neustadt, un nouveau bâtiment ouvre ses portes. Mêlant collections, enseignement et recherche, il abrite deux entités fortement imbriquées : l’Institut de zoologie et le Musée zoologique de la Ville de Strasbourg. Ce modèle est alors quasi-unique en Allemagne et n’existe dans aucun autre pays d’Europe. Le musée va évoluer sous l’influence de ses directeurs allemands successifs. Au gré du temps, il reflétera les passions naturalistes de ses conservateurs, mais aussi leur volonté d’offrir aux visiteurs un lieu, parfait reflet des connaissances scientifiques de l’époque. La pléthore de spécimens magnifiquement montés témoigne du savoir-faire des préparateurs allemands. Les fonctions d’enseignement des directeurs du musée vont les amener à enrichir le fond de modèles pédagogiques. Les expéditions océanographiques, les comptoirs d’histoire naturelle et la politique expansionniste allemande auront eux aussi un impact important sur la constitution, la diversité et la richesse des collections.

 

Le retour de l’Alsace à la France induira de profonds changements et une refonte de certaines présentations permanentes. La muséographie est allégée, épurée. Le musée n’est plus une encyclopédie, mais il s’ouvre au monde qui l’entoure et essaye de répondre au mieux aux préoccupations des citoyens de l’époque. Les achats se focalisent sur des collections d’entomologie, à la fois didactiques et scientifiques.

 

Commissariat de l’exposition : Marie-Dominique Wandhammer, Sébastien Soubiran

Musée des Beaux-Arts

Wilhelm Bode, une pensée en action


Le musée des Beaux-Arts est né deux fois, en 1801 et en 1890, et son histoire est mouvementée, à l’image de l’histoire franco-allemande des deux derniers siècles. De même que quatorze autres grandes villes françaises, Strasbourg reçoit en 1801 un lot de peintures envoyé par l’État. Dans la nuit du 24 août 1870, ce premier musée des Beaux-Arts, installé depuis un an dans le bâtiment de l’Aubette (place Kléber), est anéanti sous les bombardements prussiens. L’empereur décide la constitution d’un nouveau musée et utilise une partie des dommages de guerre versés par la France. Pour les acquisitions, on fait appel à Wilhelm Bode (1845-1929). Le plus grand conservateur de son temps est entré en 1872 au service des musées de Berlin, avant d’être nommé directeur de la Gemäldegalerie et en 1905 directeur général des musées royaux, jusqu’à sa retraite en 1920.

Bode dispose d’une enveloppe financière très conséquente et peut s’appuyer sur ses compétences en histoire de l’art comme sur son important réseau, constitué de collectionneurs et de marchands de toute l’Europe.

Le défi est immense et le bilan de l’action de Bode, entre 1889 et 1914, impressionne : un ensemble de sculptures de la Renaissance italienne et 68 (en 1890), puis 180 (en 1899), enfin 263 tableaux (en 1912) de toutes les écoles constituent les collections du nouveau musée.

De goût classique, il acquiert des séries de peintures italiennes et nordiques très représentatives et de haute qualité. Son histoire rend ce musée unique parmi les autres musées de Beaux-Arts français. La collection est numériquement peu élevée mais de qualité très homogène.

La quasi intégralité des œuvres antérieures à 1800 exposées dans le musée et entrées entre 1890 et 1914 ont été acquises grâce à l’action de Bode.

Commissariat : Dominique Jacquot, assisté de Céline Marcle
Conseiller scientifique :Pascal Griener, professeur à l’Université de Neuchâtel

Galerie Heitz

Des lieux, des musiques – une ville. L’expérience musicale franco-allemande
 

L’annexion au Deuxième Reich allemand en 1871 conforte la place de ces institutions, tout en favorisant la pratique amateur et l’essor de multiples scènes et lieux de concerts, profanes ou sacrés. Le répertoire allemand, contemporain ou plus ancien, y tient une place importante, sans pour autant que la musique française soit négligée. De même, l’opérette, la variété et les musiques légères cohabitent avec la symphonie, le grand opéra et la musique de chambre.
 

Le retour de l’Alsace à la France en 1919 laisse en place les grandes institutions, mais le répertoire change. Tournant le dos à la culture allemande, les autorités imposent la musique française, au théâtre comme à l’orchestre, durant une dizaine d’années. L’arrivée du Breton Guy Ropartz à la tête du conservatoire permet de maintenir un niveau artistique qui donne la possibilité, dans les années 1930, à de nouveaux acteurs d’élargir le rayonnement de la vie musicale strasbourgeoise.
 

En s’appuyant sur un réseau hétérogène d’acteurs musicaux, dont la première richesse est la large palette des musiques qu’ils donnent à entendre, Strasbourg réussit à faire de sa diversité culturelle et confessionnelle le ciment d’une ville moderne. Elle expérimente, au niveau franco-allemand, un esprit d’ouverture qui constitue ensuite, dans la seconde moitié du XXe siècle, le socle d’une nouvelle Europe.

Commissariat : Monique Fuchs, Geneviève Honegger, Mathieu Schneider

 

 

 

 

Contrepoints

Des accrochages particuliers et mises en lumière spécifiques des collections sont également présentés dans les autres musées du réseau :

Musée de l’Œuvre Notre-Dame / Arts du Moyen-Âge

« Un petit Berlin » : des musées pour une capitale

Après 1880, de nombreuses personnalités s’accordent pour proposer la création à Strasbourg d’un grand musée à la hauteur des ambitions de la capitale politique et culturelle du Reichsland Alsace-Lorraine. Certains militent en faveur d’un musée d’histoire culturelle sur le modèle allemand, mettant en valeur les particularismes régionaux depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne (Landesmuseum ou Kulturhistorisches Museum). D’autres s’attachent plutôt au regroupement de l’ensemble des collections d’art en un complexe muséal digne des plus grandes villes, au sein du palais Rohan libéré par l’Université auquel seraient rattachés les bâtiments de l’Œuvre Notre-Dame. Plusieurs projets, confiés par le maire Otto Back aux architectes de l’Œuvre, donnent la mesure de l’ambition de ces propositions, qui ne furent que très partiellement réalisées.

Cet accrochage est l’occasion de présenter des documents peu connus appartenant aux fonds de l’Œuvre Notre-Dame.

Commissariat : Cécile Dupeux

 

Musée Archéologique

Une archéologie des collections (1880-1930)

Installé dans les sous-sols du palais Rohan dès 1896, le musée de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace va bénéficier, entre 1880 et 1930, des recherches successives d’universitaires allemands (R. Henning, J. Ficker, E. Thraemer), puis d’archéologues suisse et français : R.  Forrer, F.A. Schaeffer.

Un premier aménagement suivi de la publication de l’inventaire des collections est engagé par R. Henning et J. Ficker à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. L’arrivée de l’archéologue suisse R. Forrer à la tête du musée en 1909 ouvre une ère d’importants enrichissements des collections. Une réorganisation muséographique complète est engagée et près de vingt salles sont ouvertes au public à la veille de la Seconde Guerre mondiale (de la Préhistoire au XVe siècle).

Le parcours proposé dans l’ensemble du musée illustre à travers une quarantaine de photos du début du XXe siècle, l’évolution de la présentation des collections en confrontant l’état ancien des salles au musée archéologique d’aujourd’hui.

Commissariat : Bernadette Schnitzler

 

Musée Alsacien 

« Àbgeknìpst! Clic-clac ! », images du Musée Alsacien avant/après (1904/2017)

du 18 octobre 2017 au 25 février 2018

Pour accompagner la création du Musée Alsacien, ses fondateurs commandent une campagne photographique à travers l’Alsace, pour témoigner des coutumes et des modes de vie ruraux. Les 264 « Images du Musée Alsacien » restituent une vision à la fois ethnographique et poétique du temps jadis. En 2017, le Musée Alsacien décide de marcher dans les pas de ses fondateurs. Il en résulte une sélection de photographies permettant une comparaison avant/après. Plus de cent ans après, à quoi ressemble désormais ces lieux ?

 

Noël 1900  

du 22 novembre 2017 au 8 janvier 2018

Dans les années 1880-1930, l’Alsace est un véritable laboratoire des traditions de Noël. Né entre Vosges et Rhin, l’arbre de Noël connaît une expansion mondiale, tandis que la couronne de l’Avent traverse toute l’Allemagne et le père Noël l’Atlantique jusqu’aux rives de l’Ill. Coutumes ancestrales, échanges internationaux et renouvellement constant des pratiques populaires constituent alors l’alchimie de ce qui fait aujourd’hui de Strasbourg la « capitale de Noël ».  Au programme : nocturnes, visites, veillées de Noël, ateliers.

 

Musée Historique de la Ville de Strasbourg

En complément de la visite de ces expositions, le parcours permanent du Musée Historique de la Ville de Strasbourg permet de d’approfondir la découverte de Strasbourg pendant la période 1880-1930.