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Du Paléolithique au Néolithique

La conquête du milieu naturel
Le paléolithique en Alsace
Un site de référence : Achenheim
Deux campements de chasse du Paléolithique moyen
Le Mésolithique
Le Néolithique
Sites néolithiques d’Alsace
Rites funéraires néolithiques
Le Néolithique récent

La conquête du milieu naturel

L’Homme du Paléolithique est un nomade qui séjourne dans des grottes ou des huttes légères. Il vit de chasse et de cueillette : c’est un prédateur. Il maîtrise le feu et fabrique des outils en pierre taillée et en os. À la fin de la période, apparaissent les premières sépultures.

Le Paléolithique constitue la phase la plus ancienne de l’évolution technique et culturelle de l’Homme. Cette période (entre 1 million d’années et 8000 avant J.-C.) est marquée par de très importants bouleversements technologiques qui conditionnent l’évolution humaine et par une conquête progressive du milieu naturel :

  • découverte et maîtrise du feu,
  • fabrication des premiers outils en pierre et en os,
  • organisation progressive de l’habitat en grotte ou en campements saisonniers (huttes légères faites de branchages recouverts de peaux d’animaux),
  • apparition des premières sépultures,
  • économie exclusivement prédatrice, fondée sur la chasse et la pêche, mais aussi sur la cueillette et le ramassage des coquillages,
  • développement d’un art quaternaire avec un vaste ensemble de peintures pariétales, gravures et sculptures (statuettes féminines et animales). Aucun vestige de cet art n’a été découvert en Alsace à ce jour, les grottes étant pratiquement absentes de la région.

Le paléolithique en Alsace

L’évolution de la faune et de la végétation est directement liée au climat. La dernière grande ère géologique, le Quaternaire, se caractérise en Europe par l’alternance de périodes froides, les glaciations et de phases de réchauffement climatique, les interglaciaires. C’est l’époque des grands mammifères : mammouths, éléphants, rennes, rhinocéros laineux et grands carnivores.

Les fertiles terres de lœss se forment à cette période et vont conditionner, au fil des siècles, l’implantation humaine dans la plaine d’Alsace : sous climat sec et froid, ces particules de limon sont transportées par le vent, parfois sur d’énormes distances et sont déposées dans les zones abritées.

Le Paléolithique est peu représenté en Alsace, car les grottes sont pratiquement absentes dans nos régions et les sites de plein air sont enfouis sous ces épaisses couches de lœss. Si les sites d’habitat et l’outillage sont rares, l’exploitation de gravières a permis la mise au jour de nombreux vestiges de grande faune quaternaire. La présence de l’homme et des premières industries archaïques sur galets est attestée vers - 600 000 ans à Achenheim, à une dizaine de kilomètres de Strasbourg.

Un site de référence : Achenheim

C’est grâce aux travaux d’exploitation de lœssières pour la confection de briques que furent découverts à la fin du 19e siècle, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, les sites d’Achenheim et de Hangenbieten devenus, grâce aux travaux du géologue E. Schumacher et du préhistorien P. Wernert, une référence majeure pour l’étude du Paléolithique en Europe.

La stratigraphie d’Achenheim est composée de plusieurs épais niveaux successifs de lœss reposant sur des formations fluviatiles, divisées en sables rouges vosgiens et sables gris et galets rhénans, déposées par le Rhin et les fleuves de la région. L’étude de la succession de ces couches, accumulées sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur, fournit de précieux renseignements sur l’évolution du climat et de la végétation. Les découvertes d’ossements d’animaux et d’outillage en pierre taillée permettent de retracer l’évolution de la faune quaternaire et des industries humaines en Alsace sur plusieurs centaines de milliers d’années.

Deux campements de chasse du Paléolithique moyen

Deux sites importants du Paléolithique moyen (- 75 000 à - 35 000 ans) témoignent de la présence de l’homme de Néandertal en Alsace : une aire de dépeçage d’animaux à Achenheim et un campement de chasse à Mutzig-Felsbourg.

À Achenheim, une vaste aire de dépeçage du Paléolithique moyen (appelée "Sol 74") a été fouillée en 1974 sur plus de 200 m². La répartition de la faune et de l’outillage en pierre forme des aires de concentration avec, dans la zone centrale, les ossements de plusieurs gros animaux (rhinocéros, cheval, mammouth, bison, cerf mégacéros) dépecés sur place après la chasse comme en témoignent les carcasses en connexion.

L’outillage en roches siliceuses, qui lui confèrent un caractère très archaïque, est d’une grande variété et se concentre essentiellement dans la zone sud avec des "chopping tools" et des racloirs à arêtes tranchantes pour sectionner les tendons et découper les chairs des animaux abattus lors de la campagne de chasse.

À Mutzig, le site se localise sur le versant méridional du massif gréseux du Felsbourg, un remarquable poste d’observation qui domine toute la vallée de la Bruche et qui permet de suivre les passages des troupeaux de rennes et de mammouths. De nombreux outils en pierre taillée et d’abondants restes de faune témoignent de la présence d’un campement temporaire de chasse de l’homme de Néandertal. L’étude de la faune a permis d’identifier plusieurs espèces, où dominent renne, cheval et mammouth. Cerf, bison, chevreuil sont également attestés. Un atelier de taille a livré de nombreux outils façonnés sur des roches dures selon un débitage Levallois caractéristique du Paléolithique moyen.

Le Mésolithique

Le Mésolithique constitue une période-charnière entre le monde des derniers chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et celui des premiers agriculteurs et éleveurs du Néolithique. Pêche, chasse, cueillette constituent les activités principales des hommes de cette époque. Une nouvelle technique de chasse naît avec l’invention de l’arc et de la flèche, bien adaptés à un gibier de taille moyenne.

Avec le réchauffement climatique qui s’amorce vers 8000 ans avant J.-C., se développe un nouvel environnement où domine la forêt de bouleau, de pin, de noisetier, puis, liée à un climat plus doux et plus humide, celle de chêne, de hêtre et de tilleul. La faune suit une évolution comparable : les rennes se raréfient, remplacés par une faune tempérée où dominent sangliers, cervidés, chèvres et moutons.

À cette époque, on observe une forte augmentation de la population. Les hommes s’installent principalement en lisière de forêt, sur les terrasses bordant les rivières (Haguenau-Oberhoffen) ou devant le porche ensoleillé d’abris rocheux (Oberlarg). Avec l’Homo sapiens, l’outillage se perfectionne, se diversifie et se spécialise et, surtout, il se miniaturise. Constitué essentiellement de pièces de petite taille et de forme géométrique (les microlithes), il permet de remplacer facilement une partie brisée : la pièce détachée est née !

Notre connaissance des civilisations épipaléolithiques en Alsace repose essentiellement sur la fouille menée de 1971 à 1981 dans l’abri du Mannlefelsen à Oberlarg, dans le Sundgau. Cette petite cavité, creusée dans un banc calcaire du Jura alsacien, s’ouvre sur la vallée de la Largue et a livré une stratigraphie de plus de 8 mètres d’épaisseur, ainsi que diverses structures d’habitat. Un très riche ensemble de microlithes et de l’outillage plus classique (grattoirs, burins, perçoirs) ont été découverts dans l’ensemble des niveaux d’occupation. Par ailleurs, la couche O2 a livré un crâne isolé d’adulte, de grande taille, avec la première vertèbre cervicale encore en connexion, alors que le reste du squelette manquait totalement.

Le Néolithique

Les hommes du Néolithique deviennent sédentaires et construisent des villages. Ils cultivent la terre et élèvent des animaux : ce sont des producteurs. Ils développent aussi de nouvelles techniques avec l’invention de la céramique, le filage et le tissage, le travail de la pierre polie. Les premières nécropoles apparaissent à proximité des villages.

Dès le 9e millénaire avant J.-C., s’amorce au Proche-Orient un bouleversement complet des modes de vie, avec le passage progressif d’une économie de chasse et de cueillette à une économie agricole et pastorale. Au 5e millénaire avant J.-C., ce phénomène gagne le Sud de la France par le courant méditerranéen avec la civilisation cardiale, mais aussi, à partir de la vallée du Danube, l’Alsace puis le Nord et le Centre de la France. La recherche actuelle envisage également un développement progressif de la culture des céréales et de la domestication des animaux parmi les populations autochtones.

La néolithisation s’accompagne d’une emprise croissante de l’homme sur le milieu naturel et d’innovations techniques majeures :

  • apparition de la céramique,
  • développement de l’outillage en pierre polie et en os,
  • confection d’objets en vannerie, en bois, filage et tissage des fibres végétales et animales,
  • ce nouveau mode de vie va de pair avec la sédentarisation de l’habitat, groupé en villages étroitement liés à l’exploitation d’un territoire.

Sites néolithiques d’Alsace

En Alsace, la découverte de plusieurs centaines de sites permet de suivre l’expansion et l’évolution des diverses civilisations néolithiques qui se sont succédées entre 5500 et 2300 avant J.-C. C’est l’une des seules régions de France où l’archéologie permet d’étudier une telle continuité dans l’occupation humaine, du Néolithique ancien au Néolithique final.

Deux groupes culturels distincts ont été identifiés en Alsace au Néolithique ancien, avec une zone de contact qui est située dans le secteur actuel de Colmar. Ils se distinguent par leurs styles céramiques ainsi que par des rites funéraires et des réseaux d’échange spécifiques. La Basse-Alsace est essentiellement colonisée par des populations venues de la région du Neckar, tandis que la Haute-Alsace est peuplée par des groupes qui ont suivi la voie du Danube. Ces différences s’accentuent au cours du Néolithique moyen (avec les cultures de Hinkelstein, Grossgartach et Roessen).

Les structures retrouvées correspondent soit à des habitats (vestiges de maisons, palissades, fosses à déchets, silos à grains…), soit à des nécropoles établies à proximité des villages. La répartition des sites obéit à trois critères principaux : la présence de riches terres agricoles grâce à la présence des dépôts de lœss, l’installation préférentielle en rebord de talus à proximité immédiate de la plaine inondable du Rhin et la présence voisine d’un cours d’eau.

Rites funéraires néolithiques

Au Néolithique ancien et moyen, les tombes sont regroupées en vastes nécropoles à proximité des villages. L’Alsace en a livré l’un des plus vastes ensembles connus pour le Néolithique français.

Les inhumations sont faites en fosses ovalaires ou quadrangulaires, dont le fond est parfois tapissé d’ocre rouge. La position du défunt varie selon les époques. Il est préférentiellement :

  • couché sur le côté, les jambes repliées au Néolithique ancien,
  • allongé sur le dos, jambes étendues, au Néolithique moyen.

Les sépultures sont groupées de façon plus ou moins dense, mais sans qu’une véritable organisation d’ensemble puisse être identifiée. Quelques exemples de sépultures mêlées aux structures d’habitat sont connus pour le Néolithique ancien : il s’agit surtout de tombes de jeunes enfants caractérisées par l’absence de dépôt funéraire.

Le mobilier funéraire est plus ou moins abondant et témoigne parfois d’échanges sur de longues distances. Il se compose, selon le sexe du défunt, d’outillage en os, en pierre polie ou taillée, d’objets de parure, de céramiques. Des meules ont été découvertes dans des sépultures de la civilisation de Grossgartach, souvent placées au-dessus de la tête des défunts. Certains objets importés, telles les grandes lames de hache, les lames en silex blanc importé du Bassin Parisien ou certaines riches parures en coquillage constituent aussi des marqueurs de statut social.

La parure rubanée (Néolithique ancien) présente une remarquable diversité, associant des éléments classiques (grosses perles et pendeloques en spondyle, un coquillage fossile) et des pièces plus originales, dont des objets en coquillage marin ou en dents d’animaux. La civilisation de Grossgartach se caractérise par la présence de brassards en défenses de sanglier, dont plusieurs exemplaires ont été mis au jour dans la nécropole de Lingolsheim.

Des trépanations crâniennes - auxquelles certains individus ont survécu - ont été observées dans des sépultures du Néolithique ancien et moyen, témoignant de l’existence de pratiques "médicales" empiriques.

Le Néolithique récent

Au Néolithique récent, l’Alsace s’intègre dans l’aire de répartition des cultures de Michelsberg et de Münzingen (4500, 3400 avant J.-C.) qui dominent la région du Rhin moyen et supérieur et remplacent, en Alsace, le groupe épi-roessénien d’Entzheim. Cette période est marquée par de profondes mutations technologiques, économiques, culturelles et sociales qui se diffusent rapidement dans tout l’espace entre Rhin et Danube.

Les terres de lœss de la plaine continuent à être densément occupées. Parallèlement, de nouvelles zones font l’objet d’une colonisation agricole systématique et des sites de hauteur apparaissent. Une complémentarité s’établit entre les sites de plaine et de hauteur et une nouvelle hiérarchisation sociale se développe.

Les structures d’habitat sont assez mal connues, à l’exception des fosses-silos qui servaient au stockage des grains. Formées de parois verticales ou tronconiques, de 0,70 à 2 m de diamètre et d’une profondeur moyenne de 1,50 m, elles constituent la majorité des structures enregistrées sur les sites Michelsberg. Elles servent de fosses à déchets dans la dernière phase de leur utilisation.

La céramique Michelsberg, dont les formes diversifiées répondent sans doute à de nouvelles habitudes alimentaires, marque une rupture par rapport aux époques précédentes. Elle est aussi reconnaissable à l’abandon presque total des décors. Le matériel lithique taillé devient assez rare, alors que l’outillage en os et en bois de cerf se multiplie. Les rites funéraires se modifient également : les inhumations semblent se faire isolément, à l’intérieur des villages, en fosses ou dans des silos abandonnés.