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Du Musée d’Histoire naturelle au Musée Zoologique

En 1873, les Allemands fondent à Strasbourg la Kaiser-Wilhelms-Universität, vitrine de la puissance du Reich, sur le modèle de l’Université de Berlin créée entre 1809 et 1810 par Wilhelm von Humboldt. Ce dernier avait développé l’idée d’une université idéale, associant enseignement et recherche.

Cette application du modèle de Humboldt provoque la création d’instituts spécialisés et, en 1881, la scission des collections d’Histoire naturelle. La ville cède à l’université allemande la propriété des collections de géologie, minéralogie, paléontologie et botanique qui rejoignent leurs instituts respectifs. Les collections de zoologie ne sont pas censées intégrer le nouvel institut de zoologie, mais l’université, dont les collections dans ce domaine sont peu importantes, demande à la ville leur mise à disposition. En 1893, le Musée Zoologique ouvre ses portes.

Döderlein, une figure mémorable

Ludwig Heinrich Philipp Döderlein (1855-1936) assure la direction de l’établissement de 1893 à 1919. Ce "zoologiste fort distingué, judicieusement méthodique et extrêmement laborieux" comme le décrira plus tard Émile Topsent, un de ses successeurs, s’attache à combler méthodiquement les manques des collections en particulier d’insectes et de coquillages.

A la fin du XIXe siècle, l’océanographie allemande est en plein essor et les campagnes se succèdent. Ce spécialiste des échinodermes (oursins, étoiles de mer, crinoïdes…) participera aux comptes-rendus des campagnes en étudiant les spécimens relevant de sa spécialité. C’est ainsi qu’il obtient pour le musée des spécimens récoltés lors de la Deutsche Tiefsee Expedition (1898-1899) ou de la Deutsche Südpolar Expedition (1901-1903).

À cette époque, le Reich mène une forte politique expansionniste et l’origine géographique d’un certain nombre de spécimens en est le reflet. On retrouve aisément dans les sites de collecte la trace des colonies, concessions ou protectorats allemands de l’Afrique (Dar-es-Salam, Malala, Victoria, Deutsch Ostafrika), de Chine (Tsingtao) et du Pacifique (Samoa Insel, Bismarcksarchipel, Ponape, Neu Britannien).

Les magasins d’Histoire naturelle et les échanges

Pour enrichir le fonds, Döderlein a recours aux comptoirs d’Histoire naturelle tels que Rolle, Schneider, Umlauff, Frank, Schlüter ou Linnaea. Ces magasins ont souvent été créés par des naturalistes ou des scientifiques ayant travaillé pour les musées. Si certains collectent eux-mêmes, la plupart font appel à des explorateurs naturalistes. Les directeurs de ces magasins connaissant bien les collections strasbourgeoises et les besoins de ce musée et prennent la liberté d’adresser régulièrement à Döderlein des collections d’objets susceptibles de l’intéresser.

Döderlein pratique aussi les échanges avec d’autres institutions comme l’Australian Museum de Sydney à qui il adresse des insectes contre des échinodermes australiens. Deux manchots en provenance du Musée de Berlin devaient eux aussi rejoindre les collections strasbourgeoises en échange d’un gypaète barbu en novembre 1918. Si l’armistice ne le permit pas, ce dernier eut une conséquence heureuse pour le musée, celle de pouvoir récupérer en grande partie la collection personnelle que Döderlein avait constituée lors de son séjour au Japon.

Une collection japonaise remarquable

Le musée détient dans ses fonds plusieurs milliers de spécimens ramenés par Döderlein du Japon. En effet, à l’invitation de l’empereur Meiji du Japon dont le règne symbolise la fin de la politique d’isolement de son pays, il accepte une charge d’enseignement à Tokyo. Il séjournera au Japon de 1879 à 1881. Entre le marché de Tokyo et celui d’Enoshima, il découvre une faune marine extraordinaire. Il s’attellera ensuite à récolter lui-même des animaux marins dans le Golfe de Sagami. Il ramène en Europe plus de quatre cents espèces de poissons, d’éponges, de crustacés, de lis de mer, d’oursins, de corail et s’attache alors le concours de spécialistes pour les décrire et les déterminer.

Il ne garde pas l’intégralité de sa collection et le comptoir d’Histoire naturelle de Gustav Schneider à Bâle aura en charge la revente de certains spécimens comme ses araignées de mer géantes aux musées de Vienne, Londres, Genève, Wiesbaden, Berne…

Quand Döderlein fuit l’Alsace en 1919, il laisse derrière lui tous ses biens. Après bien des tractations, il récupérera une partie de sa collection riche de nombreux types.