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La Déposition de Croix de Simone Peterzano, récit d’une restauration

Le public a toujours tendance à penser que les réserves d’un musée contiennent des trésors que l’on cache. La réalité est toute autre, puisque le plus souvent, elles sont remplies d’œuvres de second choix qui ne sont accrochées que rarement en raison de leur qualité plus faible. Mais il arrive tout de même que les réserves recèlent des trésors cachés ou du moins en devenir. C’est le cas d’une œuvre de Simone Peterzano, La Déposition de Croix.

Peterzano et la peinture sur ardoise

Cette huile sur ardoise a été acquise pour le musée en 1892. Il s’agit d’une œuvre exceptionnelle puisqu’à ce jour c’est la seule œuvre de cet artiste conservée dans un musée français. Peterzano est originaire de Bergame en Italie et s’installa à Milan vers 1572. Il se revendique élève de Titien, et Caravage suivit son enseignement alors qu’il n’avait que treize ans. Ce tableau est caractéristique des tendances luministes à Milan et a Venise à la fin du XVIe siècle. La technique de la peinture sur pierre apparait vers 1530 : on pensait que cette technique se conservait mieux et son côté précieux répondait au gout alors marqué pour les cabinets de curiosités. De 1580 à 1630, ce type d’œuvre est très répandu en Vénétie et à Vérone. Les peintres de l’Italie du Nord appréciaient ce support notamment pour son obscurité qui permet de faire davantage ressortir les figures. L’un des inconvénients de l’ardoise, souvent importée de Gênes, est qu’elle peut se fissurer.

La renaissance d’un trésor

Cette œuvre se trouvait dans les réserves, sous vitrine, à plat, tant son état de conservation était précaire. L’œuvre était encrassée et avait même perdu d’importantes zones de matière. Puis un jour, à l’automne 2012 est arrivée au musée une demande de prêt pour l’exposition "L’Automne de la Renaissance. D’Arcimboldo à Caravage" organisée par le musée des Beaux-Arts de Nancy l’année suivante. La volonté de montrer cette œuvre majeure au public et le financement apporté par la Ville de Nancy ont permit de lancer la restauration de ce bijou. S’ensuivit un important travail de restauration : refixage des soulèvements, remise en plan de l’écaillage, retrait des vernis et des repeints, décrassage des fonds. Ainsi, une fois la surface picturale stabilisée, a pu être envisagée la réintégration des lacunes. C’est alors qu’en quelques mois, cette œuvre est passée d’objet d’étude en réserve à chef-d’œuvre de musée.