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Courants artistiques à l’œuvre à l’Aubette

Une œuvre d’art totale au cœur de la modernité européenne

Apparu dans la première moitié du XXe siècle, l’architecture moderniste, d’abord portée par les protagonistes du Bauhaus, école des arts et métiers fondé en 1919 à Weimar se développe sur les fondements des mouvements artistiques issus des avant-gardes du début du XXe siècle.

Si le développement de cette architecture moderne est rendu possible par l’apparition de nouveaux matériaux tels que le béton, le fer ou l’acier, elle repose dans un premier temps sur un principe de simplification des formes en rupture avec l’architecture traditionnelle. Les formes pures et géométriques et la disparition de l’ornement, caractérisent les œuvres de Bruno Taut, Walter Gropius et Mies Van der Rohe. Perret, Le Corbusier et Mallet-Stevens, poussent leurs recherches plus loin, vers un rationalisme au service de la modernité.

Au-delà des éléments purement structurels et techniques qui caractérisent l’architecture moderniste, l’idéologie qui l’anime repose sur un rejet de la tradition, et l’ambition, utopique, suite à la première guerre mondiale, de créer un homme nouveau, élevé par la modernité.

Une importante dynamique d’échange et de collaborations entre les artistes du courant moderne s’est développée à l’échelle de l’Europe dans les années vingt comme cela est le cas à Strasbourg dans le projet de l’Aubette, pleinement représentatif des nouvelles esthétiques qui se développent alors.

Dada et De Stijl, deux mouvements artistiques d’avant-garde

La création des décors de l’Aubette intervient dans un contexte artistique européen avant-gardiste. Au terme du premier conflit mondial, une nouvelle génération d’artistes souhaite faire "table rase du passé" et inventer de nouvelles formes d’art ainsi que de nouvelles manières d’exprimer leur vision du monde.

Dada est un mouvement littéraire et artistique international fondé en 1916 à Zurich par les poètes Hugo Ball, Tristan Tzara, Richard Huelsenbeck, et les artistes Marcel Janco, Sophie Taeuber et Hans Arp. Les artistes de Dada, qui se retrouvent au Cabaret Voltaire, opposent aux valeurs établies et au désespoir du temps présent, un art contestataire, libre et métissé, s’exprimant au moyen de performances, de danses, de poésies et de revues.

En 1917 aux Pays-Bas, Theo Van Doesburg et Piet Mondrian fondent De Stijl, revue d’art et d’architecture qui devient par extension un mouvement pluridisciplinaire. De Stijl défend une esthétique utopiste prônant la synthèse des arts, un art universel fondé sur l’effacement de l’individualité dans la pratique artistique au profit du travail collectif. Le groupe rassemble des peintres (Piet Mondrian, Bart Van der Leck, Georges Vantongerloo, Vilmos Huszar) et des architectes (Peter Oud, Robert Van’t Hoff, Gerrit Rietveld) qui collaborent à des réalisations architecturales en appliquant les principes énoncés par De Stijl.

Les principes esthétiques du mouvement De Stijl

Le mouvement De Stijl fondé en 1917 aux Pays-Bas par Theo Van Doesburg et Piet Mondrian développe un principe esthétique appelé néo plasticisme. Les principes formels du néo plasticisme sont appliqués à toutes les réalisations inhérentes au mouvement.

Le premier manifeste du mouvement De Stijl daté de novembre 1918 s’appuie sur l’esthétique néo plasticiste. L’utilisation d’une grille orthogonale abstraite, le recours exclusif aux trois couleurs élémentaires en aplat et aux non-couleurs, s’appliquent à l’ensemble des formes artistiques (architecture, peinture, sculpture, design et typographie) créant ainsi une esthétique commune et universelle. L’architecture, art social par excellence, qui se veut également rationnelle et fonctionnelle, occupe une place centrale au sein du Stijl.

En 1924, Theo Van Doesburg développe une "contre-esthétique" dérivée du néoplasticisme qu’il appelle l’élémentarisme. Ce nouveau courant est basé sur l’utilisation de l’oblique, rompant ainsi avec la rigueur orthogonale promue par Mondrian. Theo Van Doesburg met en œuvre les principes de l’élémentarisme dans le Ciné-dancing de l’Aubette où il oppose aux tensions de l’architecture une géométrie organisée autour de diagonales.

L’émergence d’une nouvelle architecture, du Bauhaus au Style international

Les décors réalisés à l’Aubette participent d’une dynamique globale à l’œuvre dans les arts plastiques mais aussi dans l’architecture. Si les artistes de Dada et du Stijl cherchent à créer de nouvelles formes d’expression, les architectes des années 20 développent eux aussi de nouveaux concepts et emploient de nouveaux matériaux.

Le Bauhaus est un institut des arts et métiers fondé en 1919 à Weimar par l’architecte Walter Gropius. Les réflexions menées au Bauhaus permettront de définir une nouvelle conception de l’architecture. Dans son programme initial, Gropius entend favoriser la synthèse des arts et revenir à un apprentissage des métiers artisanaux. À partir de 1922, il introduit dans l’apprentissage le recours aux matériaux industriels. Les artistes Vassily Kandinsky, Paul Klee, Oskar Schlemmer, Laszlo Moholy-Nagy y ont enseigné.

En écho aux théories du Bauhaus, une nouvelle génération d’architectes cherche à rationaliser l’espace, dans un souci d’économie des formes et des matériaux. Le Corbusier initie le concept de maisons en série déclinées à partir de modules, tandis que le Bauhaus invente "le logement minimum". La cité modèle du Weissenhofsiedlung à Stuttgart en 1927, et la fondation l’année suivante des congrès internationaux d’architecture moderne fédèrent ces architectes résolument tournés vers une conception rationaliste, géométrique et minimale du bâtiment. Les théories du Bauhaus vont être diffusées par Mies Van der Rohe aux États-Unis et vont favoriser la construction de bâtiments de béton, de verre et d’acier.