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Une aventure alsacienne (1889-1902)

Éveiller les consciences

À la suite de l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Empire allemand en 1871, l’administration allemande bouleverse rapidement et de manière radicale l’organisation de l’Alsace. Une grande partie de l’élite intellectuelle et sociale alsacienne, ayant opté pour la France, doit quitter l’Alsace avant 1872.

La politique allemande de développement des territoires conquis se matérialise par une multitude de réalisations culturelles à Strasbourg, comme la reconstruction du Musée des Beaux-arts en 1884, ou l’ouverture de la Kunstgewerbeschule, École des Arts Décoratifs en 1890. Des bourses d’études sont également octroyées aux artistes en partenariat avec les académies de Karlsruhe et de Munich.

Mais à partir de 1890, commence à bouillonner un véritable courant artistique patriotique. Plus affirmée que la génération des années 1870, ces jeunes artistes et intellectuels alsaciens conjuguent la force de leur identité régionale à l’assimilation des civilisations française et allemande. Sous leur influence, le particularisme alsacien devient rapidement source de revendication. Il s’agit aussi de résister pacifiquement à la germanisation.

Le cabaret-théâtre la Mehlkischt créé par Gustave Stoskopf, devient un lieu de rencontre et de débat pour cette jeune génération. C’est également autour des dîners des Treize orchestrés par Anselme Laugel que se nouent des amitiés, entre Paul Braunagel, Alfred Marzoff, Joseph Sattler, ou encore Charles Spindler. Il faut aussi citer les réunions du Kunschthafe à Schiltigheim sous les auspices du mécène Auguste Michel, ainsi que les soirées strasbourgeoises des Vendredis de Haehl à partir de 1897, dont sont issues beaucoup d'initiatives heureuses.

Aller plus loin

Encouragé et soutenu par la France, un courant artistique alsacien se forme ainsi en 1897 afin d’organiser une autonomie culturelle : Le Cercle de Saint-Léonard. Centre de la vie culturelle régionale, foyer de la conscience alsacienne et d’un nouvel art, il compte parmi ses principaux membres Charles Spindler, Anselme Laugel, Joseph Sattler, Léon Hornecker, Alfred Marzolff, Paul Braunagel et Gustave Stoskopf. Ceux-ci s’opposent à la politique d’assimilation officielle de l’Empire, sans pour autant rejeter certains intellectuels allemands, parmi lesquels le peintre Lothar von Seebach.

Grâce au docteur Pierre Bucher et à ses contacts multiples en France, dont René Bazin et Maurice Barrès, l’Alsace est sans cesse rappelée au souvenir des "Français de l’intérieur". Dans une lettre à Barrès, Bucher écrit : "En transposant la lutte du domaine de la protestation devenue stérile, dans celui de la langue, de la culture, nous avons donné à nos compatriotes une possibilité de résistance qui échappe à la contrainte directe et qui s'alimente de la supériorité du génie français".

Le groupe de Saint-Léonard permet la réalisation de nombreux travaux dont sont issues des publications comme les Images Alsaciennes parues entre 1893 et 1896, qui présentent au public le pittoresque de la province. En 1898, la Revue Alsacienne Illustrée prend la suite des Images Alsaciennes sous l’initiative de Charles Spindler et Anselme Laugel. Il s’agit de promouvoir la région et ses artistes mais surtout de permettre "à la nation alsacienne de prendre conscience de son existence et de sa valeur pour acquérir la confiance en soi qui parfois lui fait défaut".

Ces intellectuels ne cessent de parcourir la région pour en exhausser les spécificités. En 1902, est publié le volume "Costumes et Coutumes d’Alsace". Ce travail constitue l'un des premiers fonds de collection à l'origine en 1902 de la création du Musée Alsacien.