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À l'aube du Moyen Âge : l'Alsace mérovingienne

Sites mérovingiens d’Alsace
Église et habitat
Rites funéraires mérovingiens
Parure et armement à l’époque mérovingienne

Sites mérovingiens d’Alsace

Dès le milieu du 4e siècle après J.-C., avec les premiers craquements de la frontière romaine, commence une infiltration progressive de populations germaniques. Les Alamans franchissent le Rhin pour s'établir en Alsace. Après l'invasion des Huns en 451 et la disparition de l'autorité romaine, Alamans et Francs vont étendre rapidement leur domination sur tout le pays. Après la bataille de Tolbiac en 496, les Alamans sont repoussés par Clovis dans l'extrême nord de l'Alsace.

Les souverains francs séjournent fréquemment dans leurs "palais" alsaciens dont les plus célèbres sont ceux de Kirchheim-Marlenheim, de Strasbourg-Kœnigshoffen ou d’Erstein. L'Alsace, intégrée au royaume d'Austrasie en 532, devient un duché administré par de hauts fonctionnaires d'origine franque en 635. Première forme d'unité politique de l'Alsace, ce duché s'étend jusqu'au Jura bernois et au confluent du Rhin et de l'Aar. Adalric (ou Étichon), père de sainte Odile, est le troisième duc d'Alsace, auquel succède son fils Adalbert.

Le terme d'Alsace ("Alesacius") apparaît pour la première fois dans la chronique de Frédégaire vers 625, tandis que le nom de "Strateburgo" remplace celui d'Argentorate sur les monnaies mérovingiennes émises à Strasbourg.

Sous l'influence des Francs, l'évangélisation du pays, œuvre des moines irlandais, progresse et des abbayes sont créées à partir du 7e siècle après J.-C. dans les nouveaux secteurs de colonisation (Saint-Amarin, Hohenbourg, Wissembourg, Munster). L'évêque de Strasbourg, saint Arbogast, fait édifier la première cathédrale vers le milieu du 6e siècle. Tandis que les moines bénédictions consolident la présence monastique en Alsace (Murbach, Neuwiller, Marmoutier...), les églises rurales se multiplient dans les paroisses.

La continuité et la densité de l'occupation sont révélées par l’archéologie. Les trois communautés (descendants des Gallo-romains, Alamans, Francs) semblent coexister, chacune vivant sous sa juridiction propre. La toponymie est une source précieuse de renseignements sur l'implantation des divers groupes de population : traditionnellement, les toponymes en -willer sont considérés comme d'origine romaine, les désinences en -heim seraient d'origine franque et celles en -ingen d'origine alamane.

Église et habitat

L'habitat du haut Moyen Âge reste encore assez mal connu en Alsace. L'art de bâtir en pierre subit une profonde décadence avec la fin de l’Empire romain et on assiste à un retour vers les techniques de construction en architecture de terre et de bois.

L'habitat rural tel qu'il apparaît dans la région, se compose de petites unités agricoles protégées par des palissades, aux maisons et ateliers de plan rectangulaire, parfois semi-enterrés et de petite taille (7m x 4 m), avec une ossature de quatre poteaux d'angle et parois en clayonnage revêtues de torchis. Le toit est en chaume ou couvert de mottes de gazon. Le foyer occupe un angle de la pièce.

L'habitat de tradition romaine survit dans les villes, fortement remanié au cours des siècles. Les villas romaines sont elles aussi réoccupées par les agents du fisc royal (Erstein, Brumath, Colmar...) ou deviennent parfois le siège d'un palais royal mérovingien (Kirchheim, Kœnigshoffen). Hérité des biens du fisc romain, le domaine royal s'étend en effet sur la quasi-totalité de l'Alsace.

Le domaine ecclésiastique se développe régulièrement lui aussi, du fait des donations des souverains mérovingiens, mais l'émiettement géographique des possessions des abbayes et des évêchés est considérable.

Rites funéraires mérovingiens

Notre image de la société repose presque exclusivement sur l'archéologie funéraire. Elle constitue notre principale source d'information sur la civilisation mérovingienne en Alsace. Les cimetières en rangées régulières, d'influence germanique, offrent une disposition uniforme du 6e au 8e siècle et l'orientation des tombes au soleil levant est la règle.

Ces nécropoles peuvent être de petites unités familiales liées à un domaine rural ou des cimetières regroupant plusieurs centaines de tombes. Avec la christianisation, se généralise la pratique de regrouper les sépultures autour des églises, le plus près possible du corps d'un saint. La réutilisation de tumulus protohistoriques a parfois été observée également.

Les tombes présentent des structures diverses : simple fosse creusée dans le sol, cercueil ou chambre funéraire en bois, inhumation en tronc d’arbre dans la tradition germanique, caisson de pierres ou véritable sarcophage composé d’un assemblage de plusieurs dalles dressées et surmontées d'un couvercle. Le sarcophage en pierre monolithique de tradition romaine semble réservé à la frange la plus riche de la population.

L'inhumation habillée est de règle en Gaule mérovingienne quelle que soit la situation sociale du défunt. Contrairement aux sépultures gallo-romaines qui ne renferment ni armes, ni équipement, les tombes alamanes et franques en sont bien pourvues, en raison de la coutume germanique d'emporter armes et objets quotidiens dans la mort. L'Église lutte farouchement contre cette pratique, mais l'offrande funéraire ne tombera réellement en désuétude que vers la fin du 7e siècle.

Parure et armement à l’époque mérovingienne

La société mérovingienne est dominée par une caste aristocratique et guerrière pour laquelle les armes de qualité et les bijoux précieux constituent un élément de prestige particulièrement important en tant que symboles de puissance et de richesse.

Selon les époques et en fonction de la richesse et du rang social de son propriétaire, la diversité de l’armement retrouvé dans les tombes masculines est remarquable :

  • l’épée longue (spatha) à double tranchant est l'arme par excellence du cavalier. Sa technique de fabrication par damassage lui confère souplesse et élasticité et en fait une arme redoutable,
  • le scramasax est une sorte de sabre droit à un seul tranchant, protégé par un fourreau en cuir ou en bois souvent décoré de rivets en bronze,
  • la francisque, l’angon et la lance constituent de redoutables armes de jet,
  • bouclier et casque sont les deux pièces principales de l'armement défensif.

Les tombes de cavaliers livrent également un riche harnachement en fer ou en métal précieux.

La parure est présente dans les tombes aussi bien masculines que féminines et témoigne d'un goût marqué pour les bijoux aux couleurs chatoyantes et contrastées. La raréfaction des pierres (grenats…) et des métaux précieux, due aux bouleversements économiques liés aux grandes migrations de populations, entrainent leur remplacement par des pierres semi-précieuses et des pâtes de verre de couleur dans la confection des objets de parure.

Les artisans du haut Moyen Âge maîtrisent des techniques d’orfèvrerie très élaborées :

  • le travail au repoussé, la coulée dans des moules de pierre ou de terre, la dorure au mercure ou au feu sont hérités de la tradition romaine,
  • le filigrane et la granulation, issus des techniques hellénistiques,
  • la damasquinure (incrustation décorative d'un fil de métal dans une plaque de fer gravée) est une technique originale, caractéristique de l'époque mérovingienne,
  • l'orfèvrerie cloisonnée également : un réseau de fines cloisons forme une mosaïque où viennent s'enchâsser pierres, grenats ou pâte de verre colorée.