Musées de Strasbourg
Illustration de la page : La Ville Libre Royale
Musées >> Musée Historique >> Oeuvres choisies >> La Ville Libre Royale

Texte de la capitulation de Strasbourg

Texte de la capitulation de Strasbourg

30 septembre 1681
Les trois premiers paragraphes

Les traités de Westphalie (1648) mettent fin à la terrible guerre de Trente Ans dont l’Alsace sort exsangue. Comme plusieurs autres villes, Strasbourg, à l’abri de ses murailles, est intacte, en apparence seulement, car les relations commerciales sont perturbées, son image de marque est bien ternie. Le Roi de France hérite de l’administration directe des territoires habsbourgeois (la Haute-Alsace) et de la suzeraineté sur la Décapole (les dix villes impériales) à l’exclusion de Strasbourg qui reste une Ville Libre Impériale. L’ambiguïté des traités, probablement voulue par Vienne, donne l’avantage à un Louis XIV actif et conquérant, face à un empereur affaibli, occupé à lutter contre le danger turc.
Situation inconfortable que celle de Strasbourg car le pont du Rhin, qu’elle continue à contrôler, lui donne une position stratégique convoitée par les Impériaux et par les Français à laquelle il faut ajouter son poids démographique, son potentiel militaire et défensif. A brève échéance le processus de « grignotage » du souverain français ne peut qu’aboutir à l’annexion pure et simple de la grande ville alsacienne. Strasbourg se cantonne dans un neutralisme non pas total mais « actif », secrètement favorable à l’Empire : au cours de la guerre qui reprend, les Impériaux franchissent quatre fois le pont, alors que les Français se le voient interdirent. Après le traité de Nimègue (5 février 1679) la pression française s’accentue. Les autorités de la cité, l’opinion, partagées entre le souci de préserver leur indépendance, leur foi protestante et la reprise des affaires vont louvoyer puis se résignent à l’inévitable. Cet état d’esprit explique l’absence de résistance après le coup de force contre le pont du Rhin et l’encerclement de la ville par 30.000 Français.
Les délégués du Magistrat, le 30 septembre 1681, apportent au quartier général de Louvois à Illkirch, un projet de capitulation. Après quelques modifications Louvois approuve et signe le texte ; le Roi le sanctionne, le Conseil d’Etat l’enregistre. Le texte comprend dix paragraphes dont les deux derniers ajoutés par Louvois ainsi que des annotations en marge. La ville semble en tirer de gros avantages. Devenue « Ville Libre Royale », elle conserve ses institutions politiques, économiques, sociales et le libre exercice de la foi protestante. En fait, la nature de ses relations avec le nouveau souverain (dont elle reconnaît l’autorité) marque un profond bouleversement puisqu’elle lui abandonne sa diplomatie et sa défense, elle accepte la présence d’une garnison, elle rend la cathédrale au culte catholique.
L’habile compromis de 1681, conforme à l’une des grandes traditions du gouvernement royal dès le Moyen Age, respecte les coutumes et les institutions locales en se ménageant la possibilité de les contourner, de les vider de leur substance et d’aboutir, dans un avenir plus ou moins proche, à une intégration pure et simple. Louis XIV a vu juste, en 1789 le processus est bien avancé souvent avec la complicité ou la passivité des élites locales plus soucieuses de conserver des privilèges que la réalité du pouvoir.

Portrait équestre de Louis XIV devant Strasbourg

 Adam François van der Meulen (1632-1690)

Adam François van der Meulen (1632-1690)
Cette peinture sur toile acquise avec l’aide du fonds régional d’acquisition pour les musées (FRAM) a été réalisée entre 1681 et 1685 au moment où Strasbourg était rattaché au royaume de France.
L’habit de brocart, la lourde perruque et le chapeau à plume du roi sont à la mode, à la Cour, durant les années 1670-1685. La présence d’une épée, d’une écharpe de soie blanche, d’un bâton de commandement et de lourdes bottes, rappelle que le souverain est d’abord, en particulier dans le cas présent, le chef suprême des armées.
De sa dextre le roi présente un panorama de Strasbourg, sous l’angle sud-ouest. On y reconnaît la cathédrale et la « couronne » de la croisée du transept ou « mitre d’évêque » qui disparaît en 1755. Plus en avant, le couvent Sainte-Madeleine, son église, et un élément de la muraille bastionnée, surmontée d’une échauguette.
En 1681, l’expédition de Strasbourg se déroule sans effusion de sang. Il n’est donc pas question de représenter une bataille mais de mettre en valeur à la fois le puissant monarque (alors au faîte de sa gloire) ainsi que la vénérable ville d’Empire, symbolisée par la cathédrale et devenue une des plus belles conquêtes qui « … reconnaît Sa Majesté Très Chrétienne pour son souverain seigneur et protecteur… », dont Vauban-Tarente modernisa le système défensif.

Décoration de la fontaine de vin élevée place Gutenberg, à l’occasion de la paix de Ryswick

 Gravure de Jean-Adam Seupel

Gravure de Jean-Adam Seupel
La paix de Ryswick (30 octobre 1697) met un point final et définitif à la réunion de Strasbourg à la France. Une pompe extraordinaire entoure la célébration de la signature de la paix qui est fixée au 6 février 1698 à Strasbourg. Le but politique est évident. Après une messe solennelle à la cathédrale et un Te Deum, le Grand-Chapître et le Magistrat procèdent à d’abondantes distributions d’aumônes, de nourriture, et de vin.
De telles manifestations font partie de la liturgie royale ; véritable propagande politique avant la lettre, elles supposent la construction d’édifices provisoires faits d’échafaudages de bois, recouverts de toiles peintes, imitant des architectures plus ou moins somptueuses ou extraordinaires. L’art baroque a usé et abusé de ce type de créations, la France classique tout autant avec les entrées royales à Paris, les naissances ou les mariages d’enfants royaux, les pompes funèbres royales ou des grands.
Le magistrat fait élever sur la place du Marché-aux-Herbes, (actuelle place Gutemberg, alors centre politique de la ville) devant le portail de l’Hôtel de Commerce, une fontaine de vin qu’a dessinée le graveur strasbourgeois, Jean-Adam Seupel qui prend part à ces fêtes. L’ensemble a la forme d’un grand portail d’ordre toscan, composé de trois corps d’architecture ornés de colonnes, de frontons, de statues et d’ornements divers. Au milieu trône le Roi sous la forme d’un portrait en buste avec la devise solaire « Nec pluribus Imbar ». Les statues féminines symbolisent les vertus du souverain (la Justice, la Paix) que complètent d’innombrables citations latines. Un fronton brisé, qui domine la partie centrale, semble s’ouvrir et recevoir la couronne de France.
La conception très rigoureuse de l’architecture, l’utilisation de pilastres, d’entablements, de colonnes droites (beaucoup d’angles, peu de courbes) laissent supposer l’intervention d’un artiste français. La similitude des plis de la statuaire avec ceux des statues du grand-autel de la cathédrale, la composition « balancée » des guirlandes de fleurs, l’organisation des décors floraux n’ont rien de bien commun avec les jungles d’acanthes, les architectures de rêve, compliquées et terrifiantes, de la seconde renaissance ou du haut baroque germanique. La pénétration du « goût » français a commencé, elle ne portera plus ses fruits qu ‘après 1720-1730.

Monnaies de Strasbourg

Fin du XVIIe siècle – début du XVIIIe siècle

Fin du XVIIe siècle – début du XVIIIe siècle

Fin du XVIIe siècle – début du XVIIIe siècle







Fin du XVIIe siècle – début du XVIIIe siècle
En 1262, la défaite de l’évêque, officialisée par le traité de saint Arbogast, ne règle pas tous les problèmes ; en fait commence pour la cité et la communauté des bourgeois une longue lutte qui vise, non seulement au plein exercice du pouvoir politique mais aussi à l’obtention du privilège de battre monnaie. Une fois obtenu, le privilège est complété, en 1508, par l’empereur Maximilien Ier qui accorde à Strasbourg le droit de battre de la monnaie d’or.
Dans la théorie, la Capitulation de 1681 garantit au Magistrat la libre disposition de son atelier monétaire. Par l’arrêt de 1690 le Roi place l’atelier, et le moulin servant au laminage, sous le contrôle des officiers royaux. Une longue bataille de procédure commence, les autorités tentent de poursuivre le monnayage. En vain puisque le Conseil d’Etat, par un arrêt de 1702, accorde un statut officiel à la nouvelle Monnaie royale de Strasbourg. Après 1740 la Monnaie royale s’installe dans l’ancien hôtel de l’Intendance près du Pont Saint Martin, le long de l’actuelle rue de la Monnaie. La frappe des espèces s’y fera pour le Roi jusqu’en 1789, puis pour les différents régimes qui vont se succéder en France jusqu’en 1870.
Les trois pièces présentées ci-contre mettent en relief la déchéance progressive des privilèges monétaires de la Ville Libre. La pièce en argent de 30 sols de 1688 est encore très « strasbourgeoise ». On la surnommait « Dietrich » du nom de l’Ammeister Dominique Dietrich, qui dut signer la Capitualtion. A l’avers s’épanouit la fleur de lys florencée (et non pas royale !) cernée par l’inscription « Moneta nova Argentinensis ». Le revers porte la valeur de la pièce en chiffres romains, la date d’émission et la formule « Gloria in excelsis Deo ». Cette pièce appartient à une série nouvelle, conforme au système de la monnaie française, frappée entre 1682 et 1689. Elle comprenait des pièces de une, deux, trois, quatre, dix, quinze et trente sols en argent.
La seconde pièce est une pièce de trente-trois sols de Strasbourg. Au droit, et cela jusqu’en 1710, se déroule la légende précédente « Moneta Nova Argentinensis » qui entoure un glaive et une main de justice en sautoir cantonnés d’une couronne royale et de trois fleurs de lys. Le revers non visible est identique à celui des monnaies royales contemporaines avec l’invocation « Sit nomen domini benedictum » tirée des Psaumes, la date d’émission (1707) et l’écu de rance entouré d’une palme et d’une branche de laurier. Curieuse pièce qui donne l’impression qu’on ait voulu éviter l’effigie royale, mais la fleur de lys de Strasbourg a disparu. En bas la marque BB représente désormais le différent monétaire de l’atelier royal de Strasbourg (1702).
La troisième pièce en argent, d’une valeur de quarante quatre sols apparaît après 1710 : le particularisme local a encore reculé. Au droit, figure le buste cuirassé de Louis XIV avec la titulature royale « Lu(dovicus XIIII D(ei) G(ratia) Fr(ancia) Et Nav(arae) Rex ». Au revers la légende « Moneta nova… » subsiste et entoure l’écu de France couronné avec le différent monétaire BB.

 

Affiche de recrutement du régiment de Deux-Ponts

 Fin du XVIIIe siècle

Fin du XVIIIe siècle
La «Réunion» de Strasbourg au royaume de France (1681) ne change pas vraiment la vie quotidienne des Strasbourgeois (surtout pour ceux qui n’ont pas de responsabilités politiques ou administratives ) sauf sur un point : la présence permanente d’une garnison qui installe ses quartiers dans la vieille ville et dans la Citadelle, une fois construite.
En temps normal l’effectif de la garnison tourne autour de 6000 hommes. Elle se compose de régiments venus de l’intérieur du pays : les régiments de Beauvoisis, du Dauphin, de Jarnac Dragon, du Poitou, le Corps Royal d’Artillerie, etc. Un second groupe comprend plusieurs corps aux noms et au passé prestigieux : le Royal Bavière, le Royal Suédois, le Royal Allemand, le régiment de Diesbach (Suisse) et le Royal Deux-onts. Dans le domaine militaire, comme dans bien d’autres, la monarchie agit prudemment, par étapes, en favorisant la création de régiments étrangers réservés aux recrues de confession protestante et de langue germanique. Elle en confie le commandement à des princes du Saint-Empire, vassaux du roi de France pour les terres qu’ils possèdent en alsace. D’une façon élégante et habile la France consolide les liens que ses diplomates avaient établis, depuis Louis XIV, avec les pays rhénans.
Le Royal Deux-Ponts est un des derniers corps «étrangers» créés sous la monarchie (1757). La famille de Deux-Ponts-Birkenfeld a hérité de la seigneurie de Bischwiller, du comté de Ribeaupierre et de bien d’autres territoires à la mort du dernier descendant mâle de la vénérable famille alsacienne des Ribeaupierre. Depuis 1667, le prince Chrétien II de Deux-Ponts devient le propriétaire du régiment d’alsace, créé en 1635, réorganisé en 1656. Le dernier colonel-propriétaire, le prince Maximilien (Joseph hérite en 1799 de l’Electorat de Bavière, transformé en royaume par Napoléon en 1806.
La même famille possède donc un second régiment, le Royal Deux-ponts. L’affiche de recrutement est bilingue, elle renseigne sur les avantages qui attendent toute nouvelle recrue : apprendre à lire, à écrire, à danser en plus de l’instruction proprement militaire. L’armée, par ses méthodes d’enrôlement (en temps de paix relative) contribue à la « promotion sociale » d’hommes du peuple d’autant que des périodes d’engagements sont longues (un minimum de sept ans).
Au niveau des officiers comme des hommes de troupe s’établissent des relations avec la population : le brassage des gens et des idées contribue certainement à l’éclatement progressif des vieilles structures mentales et politiques de la vieille République. La monarchie, sans trop heurter les susceptibilités, par le biais de la garnison, était sur le point de réussir une intégration en «douceur», la Révolution précipitera le mouvement.