Musées de Strasbourg
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Lucas de Leyde (Leyde, 1494 ? - 1533)

Lucas de Leyde (Leyde, 1494 ? - 1533)

Les Fiancés
Vers 1525
Peinture sur bois; 28 x 33,5 cm

Lucas de Leyde est un des artisans majeurs de la Renaissance dans le nord de l’Europe. Dans son œuvre, on décèle une synthèse des acquis de la Renaissance italienne et des innovations propres à la peinture septentrionale.
Quelle intention faut-il voir dans le tableau exposé à Strasbourg, une de ses meilleures peintures de genre? On y voit un homme passant une bague au doigt d’une jeune femme. Deux éléments viennent troubler cette scène apparemment charmante. D’abord, l’homme semble nettement plus âgé que sa fiancée. Mais surtout, conformément à la mentalité misogyne de l’époque, la femme est mise en valeur par sa représentation de face et par le geste de supériorité qu’elle arbore. La main comme le regard qu’elle pose sur l’homme témoignent bien du fait « qu’elle a le dessus ». Portrait de fiançailles ou satire ? En effet le tableau peut se lire comme la représentation d’un mariage mal assorti, à cause d’une trop grande différence d’âge, voire de condition sociale. Son regard à la force de celui d’une Eve moderne. Il s’agirait donc d’une mise en garde contre l’inversion des valeurs «naturelles» à cette date, à savoir la hiérarchie entre l’homme et la femme.

Simon Marmion (Amiens ?, né vers 1420 - Valenciennes, 1489)

Simon Marmion

Simon Marmion

Vierge de douleur
Vers 1460
Peinture sur bois ;
43 x 29 cm


Christ de Pitié
Vers 1460
Peinture sur bois ;
43 x 29 cm
Simon Marmion est un des plus importants peintres aux origines de la peinture nordique. Il n’est pas seulement l’auteur de peintures de chevalet ; l’un de ses contemporains l’appela le «prince de l’enluminure».
Cette paire montre le Christ et sa mère figurés en buste. Le Christ est présenté comme un Ecce Homo, mais après le supplice de la crucifixion. La Vierge apparaît en Mater Dolorosa. A l’imitation du Christ, elle souffre et sa souffrance participe à la rédemption ou, tout du moins, montre son rôle d’intercesseur privilégié entre l’humanité et Dieu.
Ces deux peintures ont été créées non comme des pendants séparés mais pour former un diptyque. Elles pouvaient donc voyager facilement et s’ouvrir pour servir de support à la prière, dans un contexte intime. Les deux œuvres forment un tout et doivent être vues en regard l’une de l’autre. Les regards font aussi le lien entre la Vierge et l’Homme de Douleur. Aucune narration n’est indiquée ni suggérée. Comme dans les icônes, seule compte la force des images. Il s’agissait dans la sphère privée d’imiter le Christ. Ceci explique la grande proximité voulue entre l’image et le spectateur et la présence de ces images.

Hans Memling (Seligenstadt am Main, vers 1435 - Bruges, 1494)

Hans Memling

Hans Memling

Hans Memling








Hans Memling

Hans Memling

Hans Memling







Polyptyque de la Vanité et de la Rédemption terrestre
Vers 1490
Peinture sur bois: 6 panneaux; 20 x 13 cm (chacun)

Né en Allemagne, Memling est un des fondateurs de l’école de Bruges où il s’installa. Il y créa un art fait d’élégance, de clarté et d’équilibre. Sa renommée s’étendit de son vivant à l’Italie avant de culminer au temps du Romantisme.
Dans le Ciel est représenté le Christ en gloire, le Salvator Mundi. La Vanité est figurée par une jeune femme tenant un miroir. Cette figure nue est la plus célèbre du polyptyque, bien que la présence de sandales à ses pieds intrigue. Les deux lévriers qui l’accompagnent ont une symbolique érotique, renforçant la force de ce nu. Son miroir est emblème de Luxure. Il faut y voir une réminiscence d’Eve, ou de Bethsabée, à la source du péché et elle doit être mise en relation avec le transi de la Mort.
Memling a le talent raffiné d’un miniaturiste dans le traitement des détails mais aussi le souffle et l’ampleur pour aborder la mort et son spectacle désolant. La lecture se fait pas à pas, de l’exhortation à fuir les bien tentants plaisirs terrestres pour atteindre le Jugement dernier et éventuellement le Paradis. A côté du Salvator Mundi, l’Enfer perd de son caractère effroyable. Mais la méditation moralisante sur la mort et le salut éternel n’excluaient ni la contemplation des activités terrestres ni la fierté de son commanditaire.