Musées de Strasbourg
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Comte Olympe Aguado (Paris, 1824 - Compiègne, 1894)

Comte Olympe Aguado (Paris, 1824 – Compiègne, 1894)Admiration !
Vers 1860
Photographie sur papier albuminé montée sur carton
15,2 x 20,4 cm
Achat en 1996

Aristocrate parisien et photographe amateur, Olympe Aguado s’initie à la photographie auprès de Gustave Le Gray à la fin des années 1840. Son œuvre constitue un document précieux sur la haute société du Second Empire. Les portraits et les scènes de genre qu’il compose avec son cercle d’intimes témoignent d’un regard amusé où il semble interroger son art à travers la représentation de la cour impériale. Il réalise également de très beaux paysages qui confirment les grandes qualités esthétiques de son travail.
Dans Admiration !, Olympe Aguado se met en scène avec ses proches afin de représenter avec humour la manie de Napoléon III de faire admirer ses goûts esthétiques. A travers son sujet mais également par le biais de la composition excluant le spectateur, Olympe Aguado semble souligner la difficulté que la photographie rencontre, en ce milieu de XIXe siècle, à trouver sa place parmi les beaux-arts.

Charles-David Winter (Strasbourg, 1821 - 1904)

Charles-David Winter (Strasbourg, 1821 – 1904)Construction du pont de chemin de fer sur le Rhin
Vers 1860
Photographie sur papier albuminé
31 x 43,7 cm
Acquisition
Photographe strasbourgeois, dessinateur et lithographe de formation, Winter débute sa carrière à la fin des années 1840 en réalisant de très beaux daguerréotypes. Il saura par la suite assimiler tous les progrès technique de la photographie, de l’ancestral négatif papier à la reproduction photoglyptique. Sa maîtrise des procédés et son sens de la composition produisent des images qui s’éloignent souvent du simple document pour devenir des objets esthétiques à part entière. Winter aborde tous les grands genres de la photographie XIXe, le portrait, le paysage, le reportage, notamment avec son travail sur les bombardements de Strasbourg en 1870, et également la reproduction d’œuvres d’art.
Cette photographie fait partie d’un ensemble d’images qui retrace la construction du pont de chemin de fer sur le Rhin à Strasbourg. Ainsi, Winter va suivre la progression des travaux de 1857 à 1861. Winter choisit ici, chose rare pour l’époque, de représenter des ouvriers en action sur un fond quadrillé de poutres métalliques qui tranche avec le mouvement circulaire des roues dentées. Le flou du mouvement des ouvriers, que la technique photographique ne pouvait encore éviter, trouble et dynamise cette image si structurée tout en captant la trace de cette action. Volonté du photographe ou accident heureux, cette image reste néanmoins remarquable et semble contenir l’énigme du mouvement en photographie que Marey et Muybridge tenteront d’élucider dix ans plus tard.

Adolphe Braun (Besançon, 1812 - Mulhouse, 1877)

Adolphe Braun (Besançon, 1812 – Mulhouse, 1877)Glacier du Gorner et Breithorn, Suisse
Vers 1862
Photographie sur papier albuminé
40 x 50 cm
Achat, 1991

Installé à Dornach près de Mulhouse, Adolphe Braun débute sa carrière de photographe par une collection de fleurs destinée à servir de modèles aux entreprises décoratives. Grâce à la qualité technique et esthétique de ces images, son atelier devient vite prospère et étend son activité aux paysages en offrant de belles épreuves de vues de Suisse, d’Allemagne et d’Alsace. A partir de 1866, il commence à photographier des œuvres d’art à l’aide d’une technique au charbon offrant des reproductions d’une grande qualité.
Cette vue d’un glacier suisse illustre la maîtrise photographique de Braun. Il construit son image autour de la courbe du glacier soutenue par les tonalités subtiles des blancs, des gris et des noirs. Par son art, Adolphe Braun ordonne cette nature chaotique et rend sur ce papier albuminé aux teintes profondes la monumentalité de ce paysage.

Eadweard Muybridge (Kingston upon Thames / Royaume-Uni, 1830 - 1904)

Eadweard Muybridge (Kingston upon Thames / Royaume-Uni, 1830 – 1904)Animal Locomotion, Plate 626
Photographie
1872-1885
Appartient à une collection de 100 planches de la série Animal Locomotion
Lorsque Eadweard Muybridge commence ses expériences sur le mouvement animal dans les années 1870, il figure déjà parmi les meilleurs photographes de paysages d’Amérique. C’est pour répondre à une commande que lui passe en 1872 un riche industriel propriétaire d’écuries qu’il commence sa série. Le but de cette étude était de vérifier la théorie selon laquelle il existe un court instant pendant lequel les quatre pattes d’un cheval au galop ne touchent pas le sol.
Muybridge met au point un dispositif permettant d’enregistrer la décomposition du mouvement. Il installe face à une toile de fond, douze à vingt-quatre chambres noires qui photographient le passage de l’animal. En 1878-79 il est en mesure de livrer les planches reproduisant le cheval au galop. Il utilise son procédé sur de très nombreux sujets : oiseau, cerf, dromadaire, singe et surtout, sur l’homme. Photographe avant d’être scientifique, il laisse paraître dans ses travaux un certain goût pour la mise en scène, le jeu ou encore la présence corporelle. Son influence sera importante sur les mouvements des avant-gardes artistiques, qui à l’instar des futuristes italiens ou de Marcel Duchamp s’intéressaient à la représentation du mouvement.

Constant Puyo (Morlaix / Finistère, 1857 - 1933)

Constant Puyo (Morlaix / Finistère, 1857 – 1933)Torse
Vers 1900
Photographie, Charbon Artigues sur papier
22,2 x 9,9 cm
Achat, 1990
Militaire de carrière, Constant Puyo découvre la photographie en 1889 et devient rapidement l‘un des promoteurs du pictorialisme. Ce mouvement, né à la fin du XIXe, veut offrir à la photographie une reconnaissance esthétique à travers des thématiques et des recherches techniques aux aspects picturaux. Ses premiers essais tendent à concilier la lumière naturelle et l’éclair magnésique dans le but de produire des effets de nuit.

Ce portrait de femme témoigne de la démarche et de la qualité artistique du travail photographique de Puyo. La lumière oblique éclaire la poitrine à demi-dénudée et laisse dans l’ombre le visage incliné. Dans cette image, la sensualité nait autant du motif que de la technique et de la composition. L’art de Puyo donne à l’image photographique réputée plane et lisse des effets de matière offrant des veloutés qui rivalisent avec la peinture.

 

 

Jacqueline Rau (Strasbourg, 1901 - 1994)

Jacqueline Rau (Strasbourg, 1901 – 1994)Nu
Vers 1938
Photographie sur papier au bromure d’argent
36,8 x 22,4 cm
Don de l'artiste en 1992
Photographe amateur et autodidacte, Rau eut une carrière des plus intenses. C’est vers l’age de 15 ans qu’elle commence à photographier ses amies d’école et de pensionnat et, très vite, cette passion devient une réelle activité artistique. C’est surtout en studio qu’elle donne la plénitude de son art où elle peut développer le nu, genre qui lui permet d’acquérir reconnaissance et notoriété. Modelés à la lumière artificielle, ces nus sculpturaux découpés par les ombres et le cadrage prennent leur ampleur dans des tirages d’une très grande qualité. En 1930, elle s’inscrit au photo-club de Strasbourg et commence à être présente dans la plupart des salons photographiques européens. En 1992, Jacqueline Rau enrichit les collections des musées de Strasbourg en faisant don de l’ensemble de son œuvre.

 

Albert Renger-Patzsch (Wurtzbourg / Allemagne, 1897 - Wamel /Pays-Bas, 1966)

Albert Renger-Patzsch (Wurtzbourg / Allemagne, 1897 - Wamel /Pays-Bas, 1966)Riedland bei Strassburg
1941
Photographie sur papier au bromure d’argent
22,8 x 16,8 cm
Achat en 1987
Albert Renger Patzsch est l’un des représentants de la Neue Sachlichkeit («Nouvelle Objectivité») en photographie. Ce courant apparu après la Première Guerre mondiale en Allemagne, se caractérise par la recherche d’une manière froide et objective véhiculant, bien souvent, une critique acerbe de la société. Il est représenté en peinture par des artistes tels que George Grosz, Otto Dix ou Christian Schad. Avec August Sander et Karl Blossfeldt, Renger-Patzsch a développé un genre photographique consistant dans un rendu extrêmement réaliste, des compositions solidement construites et des valeurs fortement contrastées.
Cette photographie fait partie d’un ensemble de vues de Strasbourg et ses environs. Elle illustre parfaitement la volonté de Renger-Patzsch de découvrir grâce à l’appareil photographique un ordre caché offrant ainsi une nouvelle vision. Ce paysage d’un ruisseau bordé d’arbres se compose de triangles. Ici, l’art réussit à ordonner le chaos de la nature bien que subsiste cette étonnante oscillation de notre regard entre le paysage sujet et la forme géométrique.

Joël-Peter Witkin (Brooklyn / New York, 1939)

Joël-Peter Witkin (Brooklyn /New York, 1939)Studio de Winter
1994
Photographie sur papier avec virages, grattages, encaustiquage et encadrement doré
100 x 114 x 57 cm
Achat, 1995
Joël-Peter Witkin élabore ses photographies en créant des mises en scènes étranges et souvent terrifiantes. Il y convoque êtres difformes, malades, phénomènes de foires pour des scènes allégoriques, mythologiques ou faisant références à l’histoire de l’art. Après les prises de vue, il gratte, lacère les négatifs, puis vire les tirages et les traite à la cire, aux produits chimiques. Il transcende ainsi son motif en icône terrifiante.
La photographie Studio de Winter s’inspire d’un daguerréotype de 1850 dans lequel Charles Winter représente son atelier. En reconstituant librement cet atelier, Jöel Peter Witkin rend hommage au pionnier strasbourgeois de la photographie tout en soulignant l’aspect mystérieux du bric-à-brac qui y règne. Une femme de dos exhibant une scoliose absente de l’image de Winter devient centrale dans l’œuvre de Witkin. Dans le jeu de miroirs entre ces deux photographies, cette apparition devient disparition, la présence devient absence. A 150 ans d’intervalle, les deux images s’entrechoquent et se font écho comme la sonorité si proche des patronymes des deux photographes.

Yannick Demmerle (Sarreguemines / Moselle, 1969)

Yannick Demmerle (Sarreguemines / Moselle, 1969)(Sans titre)
2001
Photographie
174,6 x 219,3 cm
Don de Renault Strasbourg, 2001
Ancien élève de l’Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg et des Beaux–arts de Metz, Yannick Demmerle n’a eu de cesse ces dernières années de développer un travail photographique solitaire, exigeant, loin de toute école.
Cette photographie fait partie d’une série réalisée dans les immenses forêts du nord-est de l’Allemagne, territoires de recherches infinis que l’artiste explore, parcourt dans une tension physique extrême et en lutte permanente avec la nature. Ce dialogue entre le regard du photographe et cette nature oppressante révèle une sensibilité très proche des romantiques dans cette façon de nous donner à voir ces paysages à la fois inquiétants et envoûtants.