Musées de Strasbourg
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L’ancien Hôtel de Ville ou Pfalz

L’ancien Hôtel de Ville ou Pfalz

La construction, en 1321, de l’Hôtel de ville ou Pfalz est une des conséquences de la victoire des milices bourgeoises sur l’évêque à la bataille de Hausbergen (1262). Durant plus d’un demi-siècle, le nouveau régime, monopolisé par les nobles et les praticiens, élit domicile dans le palais épiscopal (Bischöfliche Pfalz ou Fronhof) à l’emplacement de l’actuel palais Rohan. Probablement trop à l’étroit, et mal à l’aise dans le palais de leur ancien seigneur, les autorités décident l’érection de la Pfalz sur la place Gutenberg, alors place Saint-Martin, dans une zone aujourd’hui au Nord de la statue Gutenberg. Une tradition veut que la famille des Zorn ait exigé un bâtiment qui soit à égale distance de son hôtel de la Haute Montée et de l’hôtel de la famille rivale des Mullenheim, alors Quai-au-Sable. En fait, la réalité est peut-être plus simple : au XIVe siècle, dans le centre-ville, l’espace choisi est bien le seul disponible puisque la place Kléber est tout entière occupée par le couvent des Franciscains ; la place Broglie est trop excentrique, elle constitue un espace idéal pour les tournois et le marché-aux-chevaux.
La Pfalz se compose de deux édifices accolés. Le plus grand a trois façades surmontées de pignons à créneaux. Il est flanqué, aux quatre angles, de tourelles polygonales coiffées de toits pointus avec une girouette aux couleurs de la ville. La façade principale donne sur la rue des Grandes Arcades avec pour vis à vis, deux siècles plus tard, l’édifice de la Monnaie. Cette façade figure sur la maquette. Un escalier couvert, dit escalier des Zorn, mène à un porche dont le toit est soutenu par de fines arcades en tiers-points. Un petit bâtiment, de plan rectangulaire, est accolé au précédent face à la place Saint-Martin. Une récente étude prouve que cet édifice, muni lui aussi de pignons à créneaux, n’est que le résultat de l’intégration et du remodelage de l’ancienne chapelle du cimetière de l’église Saint-Martin qui occupe alors le reste de la place ; comme tous les cimetières intra-muros il est bientôt remplacé par une place de marché réservée aux maraîchers et aux poissonniers, d’où le second nom de la place : Marché-aux-herbes qui subsistera jusqu’à l’érection de la statue de Gutenberg en 1840.
Selon diverses sources la Pfalz abrite les salles de séances du Grand Sénat, du Petit Sénat, des Conseils des XIII et des XV. L’exiguïté relative de l’Hôtel de Ville provoque, sur la même place, l’érection de la Chancellerie, de la Monnaie, et finalement du Nouveau Bâtiment (Neue Bau, 1588) qui existe toujours ; il abrite la Chambre de Commerce. Centre nerveux du pouvoir politique et de l’administration de la République, la Pfalz est aussi un centre commercial (le rez-de-chaussée est loué à des imprimeurs-libraires, à des enlumineurs, à des sculpteurs sur bois, à des marchands de draps et des boulangers ), un centre judiciaire : les assemblées et conseils ont des fonctions de justice ; les sentences des condamnés se lisent du haut de l’escalier des Zorn ; le pilori, la pierre d’infamie sont aux pieds du même escalier.
Partie d’un ensemble cohérent et pittoresque la Pfalz remplit son office encore au XVIIIe siècle. Cependant, les succès de l’architecture classique, la mauvaise distribution de l’intérieur de l’édifice, le désir des autorités royales de régulariser la place et d’en faire une place « royale » avec la statue du souverain, condamne le bâtiment de la Pfalz dès 1769. Il est malheureusement détruit en 1780, alors que le nouvel Hôtel-de-ville prévu ne verra jamais le jour.

Vitrail aux armes de la ville

Vitrail aux armes de la ville

1523
Tout système politique a ses symboles. Quand une révolution violente en provoque la chute, elle s’acharne d’abord à faire disparaître les responsables de l’ancien régime ainsi que tous les souvenirs ou objets significatifs qui peuvent s’y rattacher. La fureur iconoclaste de la Grande Révolution anéantit pratiquement le patrimoine historique et artistique conservé par le Magistrat durant des siècles. Une bien triste et dérisoire besogne que parachève, en 1870, l’irréparable incendie de la Bibliothèque municipale du Temple Neuf.
La survie d’une pièce, tel le vitrail de 1523, est donc tout à fait inespérée. En 1922, au cours d’une vente publique, le Musée Historique en fait l’acquisition.
Le vitrail présente au centre l’écu d’argent à la bande de gueules, timbré du heaume couronné au majestueux vol de cygne, flanqué de lambrequins de plumes d’autruche également d’argent et de gueules. L’écu, supporté par deux lions dressés, est posé sur un troisième lion couché. L’ensemble se détache sur un fond vert diapré, encadré par deux pilastres à ornements renaissance, surmontés d’un linteau d’écoré de palmettes.
La façon de traiter les lions, le type de tête, de corps et surtout la manière de représenter les poils de la mâchoire inférieure qui tombent comme barbichette, sont autant d’indices qui permettent d’affirmer que le projet du vitrail est sorti de l’atelier de Hans Baldung Grien (mort à Strasbourg en 1545). L’utilisation d’une représentation avant tout « naturaliste » des lions, et l’introduction de variantes dans la composition héraldique, tel le lion couché ou le lion partiellement caché un peu en arrière de l’écu (à gauche), dénotent l’intervention d’un artiste de talent, suffisamment prestigieux pour se permettre une interprétation aussi libre.
Le schéma héraldique de l’écu d’argent à bande de geules apparaît dès le XIIIe siècle. Il sert officiellement, pour la première fois, de décor sur une charte municipale de 1399, supporté par un seul lion, puis par deux lions au siècle suivant. Désormais cette forme simple et bien équilibrée traverse les siècles jusqu’à nos jours dans les « Grandes armes » de la ville où est venue se joindre, en 1919, la Légion d’Honneur. Les plumes de cygne et les lambrequins de plumes d’autruche, d’un usage peu commun dans l’héraldique des villes, s’expliquent sans doute par le statut de Strasbourg « Ville Libre Impériale », véritable petite république indépendante dans le cadre du saint Empire Romain Germanique.
La qualité du vitrail donne à penser qu’il a été commandé par le Magistrat, ou offert par un de ses membres, pour un édifice public soit la Tour-aux-Pfennigs (selon la tradition rapportée par le dernier propriétaire du vitrail) soit la Pfalz.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980

Couleuvrine aux armes de Strasbourg

Couleuvrine aux armes de Strasbourg

Vers 1480-1490
Le Musée Historique a eu la chance de pouvoir acquérir une couleuvrine ou encore une «serpentinelle» (en allemand «Tarrasbuchse») aux armes de Strasbourg. Elle date des années 1480-1500, et provient sans aucun doute de l’ancien Arsenal de la Ville ; l’affût a été reconstitué.
Le canon, taillé à pans octogonaux, a un poids de 27 kg. La pièce se charge par la bouche et tire des projectiles (ou billes) en plomb. La reconstitution de l’affût a pu se faire à l’aide de dessins des fameux « Zeugbücher » des arsenaux de l’Empereur Maximilien Ier. Le type de canon, un des plus légers de l’époque, est en quelque sorte une synthèse des derniers perfectionnements dont l’invention revient alors aux maîtres d’artillerie bourguignons :
1) désormais la distinction entre l’artillerie de siège et l’artillerie de campagne est bien nette.
Dans notre cas il s’agit d’une pièce de rempart. Ses petites roues et sa légèreté permettent un déplacement facile mais elle ne résisterait pas à un transport en pleine campagne. Plusieurs sources strasbourgeoises indiquent que ces couleuvrines assuraient la défense des tours, des murs, et des points stratégiques à l’intérieur de la cité ; plusieurs sont entreposées près de la cathédrale.
2) les « tourillons » fixent solidement le canon à l’affût et empêchent les déplacements latéraux.
3) deux arcs de pointage, en fer forgé, rendent le tir beaucoup plus souple : sans bouger l’affût on peut relever ou abaisser la pièce.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980