Musées de Strasbourg
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La "Revue Alsacienne Illustrée"

Pendant la période de l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine à l'empire allemand (1871-1918), des artistes et des écrivains soucieux de valoriser la culture alsacienne, fondèrent en 1898 la "Revue Alsacienne Illustrée". Celle-ci éditait des articles sur le patrimoine de la région : description de sites emblématiques, d'objets typiques, poèmes en dialecte, etc., illustrés par les meilleurs artistes de la région.

C'est dans le numéro d'avril 1900 de cette revue que fut fait pour la première fois mention du projet de création d'un "musée ethnographique alsacien", dont le but allait être de "conserver aux générations futures les témoins du passé, tous ces objets dont l'existence est aujourd'hui si compromise".
L'idée se concrétisa avec la création, en 1902, de la "Société du Musée Alsacien", sur le modèle d'une Société Anonyme à Responsabilité Limitée (SARL), entreprise privée à laquelle les actionnaires apportaient un capital de départ. Très vite, les dons affluèrent et il fallut chercher un lieu pour conserver et présenter ces objets au public. Un immeuble Renaissance situé 23, quai Saint-Nicolas retint l'attention des fondateurs par sa position proche du centre ville et son cachet, et fut acheté en 1904. La restauration fut menée à bien par l'architecte alsacien Théo Berst, et la présentation réalisée par les deux directeurs Pierre Bucher et Léon Dollinger.

1907, année de création du musée

Au mois de mai 1907, une kermesse paysanne, où les dames de la bonne société alsacienne avaient endossé différents costumes traditionnels, marquait l'ouverture du Musée Alsacien au public. L'année suivante, le thème de la fête fut le roman d'Erckmann-Chatrian Madame Thérèse. Autour de la cour étaient accrochés les drapeaux de la France de 1793, tandis que les sociétaires étaient déguisés en soldats de la Révolution. L'événement ne passa pas inaperçu des autorités allemandes. Quelques années plus tard, elles prétendirent éliminer ce repère de francophiles en vendant aux enchères le bâtiment et les collections du Musée. Heureusement, la Municipalité de Strasbourg reprit alors à son compte l'établissement, remboursant les actionnaires et intégrant le Musée Alsacien à l'ensemble des Musées de Strasbourg en nommant à sa tête un conservateur, Adolphe Riff.

Une architecture typique

L’immeuble choisi en 1904 pour abriter le musée présente la disposition caractéristique des maisons strasbourgeoises du tout début du XVIIe siècle : un grand porche suivi d’un long couloir conduisant dans la cour où une galerie ouverte en bois relie les deux corps de bâtiment. Le bâtiment avant, dont l'oriel sculpté agrémente le quai, fait face à l’Ancienne Douane où se trouvait jadis le port de Strasbourg ; celui de l’arrière, aux pièces plus petites, comporte aussi une vaste cave qui servait d’entrepôt aux négociants propriétaires de la maison. De nombreux éléments de la cour furent remaniés lors de l’installation du musée, l’architecte strasbourgeois Théo Berst souhaitant, tout comme les fondateurs, en faire « un ensemble pittoresque ». Certains éléments furent copiés sur des maisons de Colmar et de Riquewihr, d’autres, comme les encadrements de fenêtres sculptés datés de 1580, furent récupérés sur des chantiers de démolition.
Devenu au fil des décennies bien trop petit pour présenter toutes les collections acquises par achat ou par don, le Musée s'agrandit vers 1980 de deux bâtiments mitoyens, les numéros 24 et 25, quai Saint-Nicolas, portant ainsi à plus de 2000 m_ la surface d'exposition. Sous l'impulsion de son conservateur, Georges Klein, il devint un des plus importants musées d'art et traditions populaires en région, accueillant de 60 à 70 000 visiteurs par an.