Musées de Strasbourg
Illustration de la page : Collections
Musées >> Cabinet des Estampes et des Dessins >> Collections

Les collections du Cabinet des Estampes et des Dessins offrent une lecture étayée des musées d’art et de société de Strasbourg, ainsi que des arts graphiques dans leur spécificité. La diversité de l’estampe en tant qu’art du multiple, s’exprime à travers les gravures sur bois, sur cuivre, les eaux-fortes ou encore les lithographies. L’ensemble des estampes balaye l’évolution de ce genre à partir du XVe siècle, notamment les tout premiers pas de la gravure sur cuivre en Italie, dont témoigne le très rare petit masque gravé par Maso Finiguerra au début du Quattrocento.

Les œuvres classées parmi les dessins (uniques par définition), font référence à des techniques aussi variées que la pierre noire, le crayon, la plume et l’encre, la sanguine, le pastel, l’aquarelle, le lavis, la gouache ou la combinaison de plusieurs médiums. Là aussi, les plus anciens de la collection remontent au XVe siècle et s’illustrent en trois remarquables études à la plume données au Maître des médaillons de Coburg, notamment des Drapés (vers 1480).
Parmi les fonds les plus riches, il faut citer les gravures et les dessins relatifs à la Renaissance, au Maniérisme et au Baroque dans les pays germaniques ou traversés par le Rhin, en Italie et en France.

Une collection incluant des chefs d'œuvres de la renaissance au XIXe

Les débuts de la Renaissance italienne sont magistralement illustrés par le Combat d’hommes nus (1470-1475) d’Antonio Pollaiuolo (seule estampe connue de ce peintre de renom qui, le premier, va s’adonner à la gravure), et par quatre des sept gravures attribuées avec certitude à Andrea Mantegna, notamment deux Bacchanales et deux planches composant le Combat des dieux marins (vers. 1475). Autre œuvre précieuse, la plus ancienne vue de Strasbourg (1493) extraite de la Chronique de Hartmann Schedel.

Les XVIe et XVIIe siècles constituent véritablement les points forts de la collection. L’on y rencontre des artistes de premier plan dont l’œuvre eut un retentissement au-delà des frontières de leur région, de leur pays, tels Dürer, Baldung Grien, Cranach, Altdorfer, Lucas de Leyde, Raimondi, Le Parmesan ou Delaune, pour ne citer que les plus éminents du XVIe siècle, ceux qui ont joué un rôle déterminant dans la diffusion du style de la Renaissance italienne. Le Cabinet des Estampes conserve en effet quelque cent gravures sur bois et sur cuivre d’Albrecht Dürer, dont les pièces maîtresse, Le Chevalier, la Mort et le Diable (1513) et La Mélancolie (1514), des xylographies de Lucas Cranach et de Hans Baldung Grien, notamment les Sept Chevaux sauvages (1534) et le plus célèbre de la série, Le Palefrenier ensorcelé, ainsi que trois dessins, dont L’Incrédulité de Saint Thomas (1513), sans oublier l’une des plus spectaculaires estampes produites durant le premier tiers du XVIe siècle, Sur le chemin du Sabbat (vers 1520) due à Marcantonio Raimondi.
Si le XVIe siècle offre grâce à l’œuvre d’un Dürer, d’un Baldung Grien ou d’un Lucas de Leyde les exemples les plus prestigieux de la gravure sur bois et sur cuivre, le XVIIe siècle se distingue tout particulièrement dans l’art de l’eau-forte. Les 469 gravures du Nancéen Jacques Callot et les quelques 350 planches du Strasbourgeois Johann Wilhelm Baur comptent parmi les ensembles les plus fournis du Cabinet des Estampes, de surcroît présents dès la mise en place de la collection en 1898. Au même titre que les eaux-fortes, quatre dessins de Baur et surtout son très précieux carnet de dessins à la plume, réalisés lors de son voyage en Italie entre 1630 et 1637, proviennent, en effet, de la collection du Strasbourgeois Ferdinand Reiber, dont la mise en vente au lendemain de sa mort en 1896 a constitué véritablement le point de départ du fonds d’alsatiques du musée. Autres figures marquantes du XVIIe siècle à Strasbourg, celles du graveur et miniaturiste Friedrich Brentel, le maître de Baur, et du dessinateur Jean Walter, l’auteur d’une vingtaine de gouaches consacrées à des oiseaux. Callot, quant à lui, vu la diversité des sujets qu’il a abordés, ses inventions formelles et l’originalité de ses mises en scène, notamment dans Les trois Pantalons ou Les trois Acteurs (vers 1618), occupe une place majeure dans l’histoire de la gravure, tout comme cet autre génie de l’eau-forte, Rembrandt, son contemporain, dont le musée conserve quelques rares pièces originales, telle La Chaumière et la grange à foin (1641).

De la production graphique du XVIIIe siècle, les figures les plus marquantes de la collection sont celles des Italiens Canaletto, Tiepolo (Giambattista, Giandomenico) et Piranese, véritables chantres dans leurs eaux-fortes de la lumière de Venise et de Rome. Autres artistes à mentionner, le Français Natoire, dont le musée conserve deux dessins évoquant l’histoire de Jacob et de Rachel, ainsi que Loutherbourg, Drölling et Schall qui, après leur formation à Strasbourg, poursuivent leur carrière à Paris, entre autres. A la fin du siècle, Goya livre, en visionnaire de son époque, de magistrales eaux-fortes où il dénonce, l’acide au poing, la misère psychique des individus, en particulier dans les planches extraites des Caprices ou encore Le Garrotté. En fait, hormis Goya, c’est le fonds de dessins d’ornement, et notamment celui consacré à l’orfèvrerie, qui constitue la véritable richesse de la collection pour cette période.

Le XIXe siècle , quant à lui, se distingue par les innombrables vues romantiques de Strasbourg et de la cathédrale en particulier, de l’Alsace ou d’ailleurs, qui constituent aujourd’hui de précieux témoignages de cette double attirance des romantiques pour le pittoresque et le monumental. L’Alsace au début du XIXe siècle, en effet, a joué sous l’impulsion d’Engelmann, un rôle déterminant dans l’introduction de la lithographie en France, et a eu sa part active dans la vogue du paysage pittoresque et romantique. Les principales suites de lithographies de paysages et de monuments alsaciens sont conservées dans le fonds, notamment Les Manufactures du Haut-Rhin (1822) dessinées par Jean Mieg, les Antiquités de l’Alsace (1828) de Golbéry et Schweighaeuser ou encore Le Musée pittoresque et historique de l’Alsace (1863) de Rothmuller.

La lithographie, par ailleurs, a suscité un vaste engouement auprès d’artistes, dont certains ont su s’emparer de la nouvelle technique à des fins satiriques ou événementielles, tel un Grandville ou un Daumier.