Musées de Strasbourg
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Des points forts : présentation

De cette histoire résulte l’aspect actuel du musée, chaque génération apportant la strate de son goût (en fonction des moyens ...), complétant patiemment ou par à-coup un ensemble, apportant aussi des accents nouveaux et inattendus. Que voit-on au Musée des Beaux-Arts ? Il serait vain de mentionner les absences, inhérentes à tout musée ... sauf deux ou trois au monde. Le musée peut certes proposer un parcours cohérent, presque école par école (sauf l’anglaise), siècle par siècle, de Giotto à Courbet. Mais ce sont surtout quelques points forts qui font de ce musée un lieu unique le distinguant d’autres musées de taille comparable.

Une diversité des écoles présentées

A tout seigneur tout honneur, l’école italienne : on devrait écrire les écoles italiennes, tant chaque foyer artistique eut son propre développement qui distingue Florence de Venise ou Rome de Milan. Grâce à Bode d’importants tableaux du XIVe au XVIe illustrent cette épopée, et la donation Kaufmann et Schlageter est comme le feu d’artifice de ce parcours. En pendant s’affirme le bloc nordique avec ses primitifs bien choisis et surtout ses séries du XVIIe englobant tous les genres (paysages, scènes de genre, natures mortes). Fait méritant d’être souligné la peinture espagnole est très bien représentée : s’y détachent des chefs-d’œuvre de Greco, Ribera et Goya. Par contre la peinture française fait un peu figure de parent pauvre. Conséquence de l’histoire comme nous l’avons vu. Ce jugement est bien sûr à atténuer puisque d’ importants tableaux de Vouet, Champaigne, Largillierre, Chardin, Chassériau et Corot sont exposés. Il n’en demeure pas moins que, pour un musée français, la moisson est légère. D’autant plus que Strasbourg, après Stoskopff dont les fascinantes natures mortes sont exposées au Musée de l’œuvre Notre-Dame, n’a pas bénéficié pour l’époque moderne d’une tradition picturale très importante. Loutherbourg ? Très tôt il s’établit à Paris récoltant les suffrages de Diderot avant de partir en Angleterre.

Un ensemble unique de natures mortes

Il convient de croiser cette approche par écoles par une vision thématique. Autre conséquence de son histoire peu de grands tableaux à sujets historiques, mythologiques et surtout religieux. Ces derniers ont tous brûlé en 1870. D’où un certain déséquilibre mais aussi une originalité. De même, il y a très peu de tableaux heurtant la morale ou exaltant trop les saints catholiques. Par contre Haug constitua un ensemble unique en France de natures mortes, de toutes les écoles et de toutes les périodes, autour de l’âge d’or du XVIIe siècle. De nombreuses natures mortes (il faut aussi avoir les œuvres de Stoskopff dans l’œil), montrent la diversité des approches qu’eurent les peintres de la vie silencieuse. Au-delà de la simplicité des sujets, plus que la description des fleurs, des fruits et des objets, plus aussi que leurs éventuelles connotations morales et religieuses, ces natures mortes nous obligent à les comparer l’une avec l’autre, de la monochromie austère des hollandais Claesz et Heda à la luxuriance méridionale, et ainsi à s’attarder sur le rendu de la réalité, sur leur composition, sur le traitement pictural. Cette même attention à la « magie » des artistes apporte le plaisir au visiteur du musée des Beaux-Arts tant les œuvres de premier plan sont nombreuses. Comment ne pas évoquer la ligne incisive du portrait de la Fornarina par Raphaël, l’âpre délicatesse de Memling, la mise en page des Fiancés de Lucas de Leyde, le luminisme dévot de la Mater Dolorosa du Greco, l’atmosphère de drame chez le jeune Corrège, l’expression languide de l’ange de Filippino Lippi, le silence juxtaposé des personnages chez Valentin de Boulogne, la mélancolie du luthiste de Cariani, le métier à l’état pur dans les esquisses de Rubens ou Tiepolo, la force néo-rembranesque de l’Amour vainqueur de Crespi, le velours dans le portrait de Goya, le rendu de la lumière chez Pieter de Hooch ou de l’atmosphère chez Corot ? Comment ne pas mentionner les peintures de Giotto, Van Dyck, Claude Gellée, Delacroix, Véronèse, Botticelli, Piero di Cosimo, Canaletto, Tintoret, Zurbaran, Courbet?

Mais il serait injuste d’oublier les peintures majeures de peintres dits -à tort, car seules importent les œuvres et leurs messages- secondaires. Largillierre n’est pas considéré comme l’égal de Poussin ou de Chardin et pourtant la Belle Strasbourgeoise est une des plus belles œuvres du XVIIIe, par le choix de la mise en page et le rendu coloré, par sa poésie et son mystère. Le nom de Moucheron ne parle qu’au spécialiste et pourtant son paysage italien est un tableau audacieux à force d’être simple, qui ne laisse pas d’évoquer Corot deux siècles plus tard. Parfois P. de Hooch égale Vermeer comme c’est le cas avec le Départ pour la Promenade. On pourrait multiplier les exemples et chaque visiteur sort du musée avec son panthéon personnel. Nous voudrions juste indiquer qu’en plus de ses chefs-d’œuvre encyclopédiques ou en contrepoint, comme de ses singularités qu’il conviendra de mettre en valeur, le musée des Beaux-Arts de Strasbourg a un ultime atout : fruit de son histoire et de ceux qui ont travaillé avec passion à son développement, la collection présentée est d’un niveau à la fois élevé et homogène, au service du plaisir des visiteurs.

* Un guide rassemblant les 100 chefs d’œuvre du musée a été publié en mai 2006: «Cinq siècles de peinture», éditions Musées de Strasbourg, isbn: 2-901833-78-0, prix: 35€