Musées de Strasbourg
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Le Schwoertag

 Miniature aquarellée de la chronique de Staedel

Ou la prestation du serment civique en 1600
Miniature aquarellée de la chronique de Staedel

Tout régime politique a besoin de symboles, reflets de sa légitimité (sceaux, étendards, bannières, etc.) et de cérémonies protocolaires qui accompagnent les principaux moments de la vie publique. La République de Strasbourg n’échappe pas à la règle. De la stabilisation progressive du système constitutionnel, aux XIVe et XVe siècles, découle l’organisation régulière de plusieurs manifestations comme celle du Schwoertag ou de la prestation du serment civique. Le Schwoertag veut rappeler les liens qui unissent le peuple (c’est-à-dire les bourgeois et les nobles, ceux qui ont des pouvoirs politiques) à son gouvernement. Il est à la fois cérémonie d’investiture et fête nationale telle que nous l’entendons de nos jours.
Le premier jeudi de l’année (ou «Churtag», jour des élections) est consacré à l’élection des dix sénateurs renouvelables (sur vingt). Les vingt sénateurs bourgeois choisissent alors l’Ammeister représentant des corps de métier, élu pour un an. Il possède la réalité du pouvoir exécutif, bien que protocolairement il se place après le Stettmeister régnant, élu par la noblesse. Le mardi suivant est celui du Schwoertag, dont le déroulement a pour cadre la place de la cathédrale. Devant le grand portail se dresse une estrade en bois, avec balustrade au milieu de laquelle est suspendue une tapisserie aux couleurs, rouge et blanc, de la ville, et que surmonte un baldaquin rouge. Dès que retentit le Rathsglock (la cloche du Sénat) les délégations des vingts corporations (depuis 1482) se mettent en marche. Un protocole minutieux réglemente les voies d’accès que doivent emprunter les corporations : rues du Vieux-Marché-aux-Poissons, des Serruriers, la Grand’Rue, les Grandes arcades, la rue du Dôme, la rue des Juifs. La rue des Frères est réservée aux sénateurs de la noblesse, et la rue Mercière aux fonctionnaires de la cité, précédés des valets (gardes) de la ville qui portent solennellement le coffret renfermant le parchemin de la Constitution ou lettre de Serment (Schwoerbrief). Seuls les présidents de la Ville (Stadtschreiber) lit à toute l’assemblée le texte de la Constitution. L’Ammeister élu prête alors serment dans les mains du Stettmeister sortant. Ce dernier reçoit le serment des personnalités sur l’estrade puis il s’avance vers la foule qu’il invite à lever deux doigts en l’air et à prononcer à son tour le serment. Enfin, il conclut en ces termes «Que Dieu vous donne prospérité, bohneur, sa bénédiction et longue vie!» (Glück, Heil, Segen, langes Leben ; Woll’Gott euch und uns allen geben). Pendant la cérémonie les portes de la ville sont fermées ; les gens d’armes entourent la place et assurent le bon ordre.
Le Schwoertag est interdit aux femmes, de même qu’elles sont exclues des banquets corporatifs qui suivent ; la tradition veut qu’elles se réunissent de leur côté et font bombance entre elles !
Le dernier Schwoertag eut lieu en janvier 1789.

L’Ammeister Carl Spielmann

 Portrait peint en 1629

Portrait peint en 1629
Charles Spielmann (1564-1631) a été élu « Ammeister » pour l’année 1625. Il appartenait à la corporation des Drapiers. Il avait épousé en secondes noces Anna Scheidin, veuve Trauschin dont le musée possède également le portrait.
Ce portrait présente un vif intérêt tant pour la personne représentée qui appartient à une vieille famille aisée de Strasbourg (son métier de drapier le prouve) que par les détails de son costume. Carl spielmann représenté mi-corps, à l’âge de 65 ans, porte une large collerette blanche, une veste ajourée noire, et une ceinture garnie d’une boucle à plaque d’argent finement ciselée. D’une raideur un peu solennelle, à l’image de la bourgeoisie dirigeante, le costume de l’Ammeister est plein d’archaïsme quand on le compare aux costumes qui se portaient à Paris à l’époque du portrait, c’est-à-dire en 1629. Il appartient encore au siècle précédent.
Dans le personnel politique, depuis la fin du Moyen Age, l’Ammeister, élu pour un an, est le représentant des corps de métier. Il a la réalité au pouvoir exécutif, le Stettmeister n’étant qu’un figurant, protocolairement au-dessus de l’Ammeister. Une fois élu au poste d’Ammeister, le candidat ne pouvait s’y représenter que six années plus tard, disposition devant prévenir toute tentative de dictature. Dans la réalité quotidienne la personnalité des titulaires compte beaucoup, ainsi, bien que Stettmeister, Jacques Sturm dirige ou inspire la politique de la cité pendant plus de vingt ans.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980

Le Stettmeister Jacques Sturm (1489-1553)

 Gravure sur bois de l’époque

Gravure sur bois de l’époque
Jacques Sturm est incontestablement le plus grand homme d’Etat qu’ait connu la Ville Libre de Strasbourg.
Formé par Wimpheling, il fait ses études supérieures à l’université de Heidelberg, puis à Fribourg. Revenu dans sa ville natale il adhère à la Société Littéraire (Sodalitas Litteraria) fondée par le prédicateur Jean Gerler de Kaysersberg, par le juriste et écrivain Sébastien Brant. Au cours de son séjour strasbourgeois, en 1514, Erasme remarque Sturm dont il vante la droiture, la modestie et l’immense savoir, qualités qui expliquent sans doute la réussite de sa carrière.
Bientôt, malgré l’opposition de Wimpheling, il adhère aux nouvelles doctrines religieuses. En 1524 débute sa carrière politique comme membre des Conseils, plusieurs fois Stettmeister et surtout comme ambassadeur itinérant de la République dans toutes les négociations politiques ou religieuses de cette période troublée. Grâce à lui Strasbourg ne manque jamais de faire entendre sa voix. Il exerce bientôt un « magistère moral » sur la cité.
Avec les humanistes, il comprend l’importance de l’enseignement dont la mission est de former des citoyens et des hommes pieux et savants capables de défendre leur nouvelle foi. Aussi en 1526 il préside activement la commission des trois scolarques, nommée par le Magistrat, pour organiser l’enseignement. Jacques Sturm se préoccupe de fonder des écoles élémentaires, de prendre en charge les écoles latines existantes (sans ressources après la fermeture des couvents) ou d’en créer de nouvelles, de distribuer des bourses. La création, en 1538, de la Haute Ecole couronne tous ses efforts. Sont réunis en un seul établissement l’enseignement secondaire et les cours supérieurs qui visent « à développer en même temps la piété, l’éloquence et la connaissance » (F. Rapp). Sturm choisit l’homme qu’il faut pour la diriger en la personne de son homologue Jean Sturm. Vivement admirée, la Haute Ecole inspire la fondation d’écoles identiques en Allemagne ou à Genève. Des élèves de l’Europe entière viennent suivre les cours de la Haute Ecole. Son succès provoque la transformation des classes supérieures en Académie (1566) puis en Université (1621).
Les dernières années de la vie de Jacques Sturm sont assombries par la victoire de Charles Quint sur la Ligue de Smalkalde, et l’obligation pour Strasbourg d’accepter le régime de l’Intérim qui réintroduit, partiellement et provisoirement, le culte catholique à la cathédrale, à Saint Pierre-le-Jeune et à Saint-Pierre-le-Vieux.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980

Martin Bucer (1491-1551)

Martin Bucer (1491-1551)

Qualifié un peu pompeusement « d’âge d’or », le XVIe siècle est certainement un « moment » tout à fait privilégié pour Strasbourg.e La puissance et le rôle politique de la Ville Libre, alors au zénith, se complètent d’un rayonnement intellectuel et religieux qu’elle ne retrouvera plus jamais. Le réformateur Martin Bucer y a largement contribué.
En 1491, à Sélestat, chez un humble ouvrier baquetier, naît Martin Bucer. Son grand-père l’envoie suivre les cours de la célèbre école latine de cette ville. Il entre chez les Dominicains (1506) qui l’envoient terminer ses études à l’Université d’Heidelberg. C’est là qu’il entend pour la première fois Luther (1518). Déjà fortement influencé par les œuvres d’Erasme, il se détache peu à peu du catholicisme. Relevé de ses vœux, il se marie et s’installe à Strasbourg en 1523.
Si le magistrat n’a pas encore pris position, le mouvement réformateur occupe trois postes ecclésiastiques de premier ordre : Mathieu Zell est curé de la paroisse Saint Laurent de la Cathédrale ; Wolfgang Capiton, un ancien érasmien, est prévôt du Chapître de Saint-Thomas ; Gaspard Hédion prêche à la Cathédrale. En une année les sermons de Bucer remportent un grand succès, aussi, après avoir obtenu le droit de bourgeoisie, les jardiniers (très remuants et quelquefois extrémistes) de Saint-Aurélie le choisissent comme pasteur.
L’abolition de la messe par l’assemblée des Trois Cents Echevins (en 1529) débouche sur l’organisation de la nouvelle église. Ce travail incombe au Magistrat et à Bucer. Sur le plan doctrinal Bucer est le contraire d’un fanatique. Il combat les extrémistes, les sectaires de toute origine, notamment les anabaptistes nombreux chez les jardiniers. Il tente de concilier les différentes églises issues de la Réforme, de trouver un terrain d’entente entre Luther et l’Empereur. La « Tétrapolitaine » ou confession de foi des quatre villes de Strasbourg, Lindau, Constance, et Memmingen, rédigée en 1530, répond à ce désir de paix et de concorde politique ou religieuse. Consulté dans l’organisation des institutions ecclésiastiques, Bucer n’est pas toujours suivi car le Magistrat veut éviter à tout prix l’établissement d’une théocratie. Cependant, la modération et le « libéralisme » de Bucer n’est sûrement pas étranger à l’attitude souple des autorités quant à l’application de l’Ordonnance Ecclésiastique de 1534 et de l’Ordonnance Disciplinaire de l’année suivante.
L’affaire de l’Intérim, son refus d’y souscrire (1548), la crainte de représailles de la part de Charles Quint poussent Bucer à accepter un poste de théologien à l’université de Cambridge où il meurt en 1551.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980

 

Paire d’arquebuses à rouet de chasse

Paire d’arquebuses à rouet de chasse exécutées à Strasbourg en 1666

Paire d’arquebuses à rouet de chasse exécutées à Strasbourg en 1666

Exécutées à Strasbourg en 1666
Détail de la platine et de la crosse

L’arquebuse à rouet, d’invention allemande, devient vers 1530 la rivale de l’arme à feu à mèche qu’utilisent toutes les armées d’Europe depuis la fin du XVe siècle. Le mécanisme fragile et perfectionné du rouet empêche ce type d’arquebuse de vraiment supplanter l’autre type à mèche. Par contre les chasseurs préfèrent l’arquebuse à rouet, jusqu’à son remplacement par le fusil avec sa batterie à silex au début du XVIIIe siècle. La platine à « pierre » ou à « fusil », créée en Italie dès 1522, ne pénètre à Strasbourg qu’après 1660. Organisée par le statut de 1563, la maîtrise des arquebusiers se développe au cours du XVIe et du XVIIe siècles.
Deux maîtres arquebusiers, Samuel Doepffer et Nicolas Glock ont travaillé ensemble, le premier au canon, le second a confectionné la platine et ses mécanismes. Leurs poinçons et le poinçon du Contrôle de la Ville (visible sur la photographie, en dessous du rouet) figure sur la platine. Depuis 1563, par décision du Conseil des XXI, les arquebusiers sont obligés de soumettre leur production à une commission de contrôle qui vérifie les canons et les platines.
Le fût de l’arquebuse et la crosse sont en bois d’acajou richement sculpté, et non incrusté de plaques d’ivoire gravées. On peut reconnaître des scènes de chasse : une meute qui se lance à la poursuite du gibier, des combats d’animaux sauvages etc… Le sculpteur est inconnu, son style le rattache au Rhin moyen ou à l’Allemagne du Sud. Par contre, sans pouvoir l’identifier, le mancheur a laissé ses initiales O et Q.
L’acquisition, par le Musée Historique en 1951, de cette paire d’arquebuse complète et confirme la haute qualité de la production strasbourgeoise. La gravure de la plaque de couche et la date gravée de 1666 permettent (chose rare) une identification historique précise.

J. P. Klein, catalogue des collections du Musée Historique, 1980