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Gustave Doré (Strasbourg, 1932 - Paris, 1883)

Gustave Doré (Strasbourg, 1932 – Paris, 1883)L’enfance de Pantagruel
Vers 1873
Dessin à l’encre brune, aquarelle, crayon et gouache sur papier
36 x 47,8 cm
Achat en 1992
Parmi les multiples domaines dans lesquels il excellait, l’aquarelle est l’un de ceux qui permit à Doré d’exprimer avec le plus de liberté sa vision romantique et son goût pour le fantastique. L’illustration des chef-d’œuvres de la littérature qu’on lui confia, lui fournissait régulièrement prétexte aux débordements imaginaires : L’Enfer de Dante, Don Quichotte de Cervantès, les Fables de La Fontaine comptent parmi les œuvres qui firent sa célébrité.
En 1868, Doré passa un contrat avec la maison Garnier pour l’illustration d’une édition luxueuse de Rabelais. Les deux volumes comportaient 658 illustrations dans le texte dont 98 extraites d’une édition précédente. En marge de cette édition, il réalisa des aquarelles, dont celle, remarquable, représentant l’enfance de Pantagruel.
Présentée à la première exposition d’aquarelles de l’Union Artistique en 1877, cette œuvre témoigne de la virtuosité de l’artiste. La représentation exploite la dimension humoristique de l’œuvre de Rabelais en jouant tout particulièrement sur la différence d’échelle entre les personnages. Le jeune ogre approche de sa bouche une vache dont il s’apprête à boire le lait sous l’œil bienveillant de ses parents. Bien que le sujet invite à un traitement monumental, Doré privilégie l’intime par un cadrage serré, les formes généreuses et les carnations douces du personnage principal. Les multiples nuances liées à l’utilisation combinée de l’aquarelle, de la gouache et du crayon confèrent à l’ensemble de la composition un caractère chatoyant.

Max Beckmann (Leipzig 1884 - New York 1950)

Max Beckmann (Leipzig 1884 – New York 1950)Kleine Operation (la petite opération)
1915
Eau-forte sur papier
32 x 42,7 cm
Achat à l'artiste, 1915
L’expérience de la Première Guerre mondiale contribue pour beaucoup à la formation du langage plastique de Max Beckmann. Engagé volontaire dans les services sanitaires de l’armée allemande, il sombre dès 1915 dans une dépression dont il reconnaîtra qu’elle fut déterminante dans son approche esthétique. Il se souviendra de la guerre comme d’un « miracle », une expérience d’une rare intensité modifiant radicalement sa perception du monde.
Ses lettre du Front rapportent l’expérience de l’horreur : cadavres jonchant les champs de bataille, hôpital encombré de corps meurtris. Le corps écartelé de l’œuvre Kleine Operation est une allégorie christique de la souffrance et de l’horreur clinique. Outre l’analogie avec le motif de la descente de croix, la composition de l’œuvre n’est pas sans rappeler la Leçon d’anatomie du professeur Tulp de Rembrandt, qui fournit un modèle à de nombreux artistes dont Christian Schad. A bien des égards, le dessin constituait pour l’artiste un exutoire de la violence accumulée. Il lui permettait de tenir à distance les abominations insupportables dont il était le témoin: "Dessiner me protège de la mort et de la destruction" (3 octobre 1914).

Otto Dix (Untermhaus / Allemagne, 1891 - Singen / Allemagne, 1969)

Otto Dix (Untermhaus / Allemagne, 1891 - Singen / Allemagne, 1969)Paysage avec maisons
1916
Gouache sur papier
27 x 29,5 cm
Don de Paul Horn, 1955

Plus particulièrement connu pour son travail satirique et critique de l’époque où il participait aux mouvements Dada et à la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) à Berlin, Otto Dix est influencé au début de sa carrière artistique et notamment entre 1914 et 1919, par les œuvres du groupe Die Brücke. La petite gouache qu’il exécuta en 1916 en est un témoins éloquent.
Malgré ses petites dimensions, ce paysage dégage une forte tension expressive, typique des premières œuvres expressionnistes. Elle pourrait représenter les austères usines d’une petite ville du Nord de la France où l’artiste passa une partie de la guerre dans les tranchées. Réduites à des cubes aveugles, les maisons et bâtisses ocre-rouge contrastent violemment avec la végétation, peinte avec de larges touches vertes. Elles sont surmontées d’immenses nuages menaçants bouchant entièrement le ciel. Dix exprime-t-il l’omniprésence de la guerre ou bien la désolation des usines polluantes et anonymes dans les villes ouvrières ?

Paul Klee (Münchenbuchsee / Suisse, 1879 – Locarno, 1940)

Paul Klee (Münchenbuchsee / Suisse, 1879 – Locarno, 1940)Der Mensch ist der Mund des Herrn (L’Homme est la bouche du Seigneur)
1918
Dessin à la plume et aquarelle sur papier
Don de Paul Horn en 1955

De son activité au sein du Blaue Reiter, Paul Klee retient une vision romantique et vitaliste du monde. Considérant l’art comme expression des forces cachées de la nature et à travers elles du divin, il fait de l’artiste une figure prophétique, chargée de faire accéder le commun des mortels à la connaissance du monde. L’essentiel des œuvres qu’il réalise entre 1912 et 1921, année de son entrée comme professeur au Bauhaus, dénote cette vision dans laquelle chaque fragment, chaque particule, fait partie intégrante d’un tout, et subit les mêmes forces et les mêmes règles.
Réalisée en 1918, l’aquarelle intitulée Der Mensch ist der Mund des Herrn, illustre remarquablement le rôle confié à l’artiste dans la vision Kleeienne du monde : l’homme minuscule est assis sur la bouche du tout puissant, identifié dans sa fonction créatrice à l’artiste par le pinceau qui lui est associé. On devine que l’homme prendra le chemin qui se dessine vers la terre, dont une flèche tournée vers le bas indique la direction. Ainsi rapportera-t-il à ses semblables la connaissance du tout. Aux compositions généralement fragmentées par des réseaux de lignes, Klee oppose ici une structure dominée par la figure centrale du Seigneur comme pour accentuer encore le caractère iconique de cette aquarelle.

Heinrich Campendonk (Krefeld / Allemagne, 1889 – Amsterdam, 1957)

 Heinrich Campendonk (Krefeld / Allemagne, 1889 – Amsterdam, 1957)Wirtshausscene (Scène d’auberge)
1919
Dessin
71,7 x 53,5 cm
Don de Paul Horn en 1958

A l’invitation de August Macke, Heinrich Campendonk adhère au Blaue Reiter et participe à la première exposition du groupe en 1911, aux côtés de Franz Marc et Wassily Kandinsky. Son œuvre combine l’influence de l’art populaire bavarois à celle de la construction chromatique d’un Robert Delaunay ou d’un Macke. Ebranlé par la guerre, qui emporte plusieurs de ses amis peintres, il se réfugie dans la représentation de paysages et de scènes de la vie paysanne que tout oppose à la brutalité du conflit sinon leur expressivité. Son œuvre est dominé par un imaginaire de la nature primitive teinté de mysticisme.
Après la guerre, Campendonk renoue avec la déconstruction cubiste de l’image. La scène d’auberge appartenant aux collections du MAMCS procède de cette fragmentation tout en intégrant les formes simples empruntées à l’imagerie populaire. Cette naïveté d’expression fait évoluer les personnages dans un monde d’apesanteur presque magique, et rapproche l’artiste d’un autre maître de la poésie visuelle, Marc Chagall.

Kurt Schwitters (Hanovre / Allemagne, 1887 - Kendal / Royaume-Uni, 1948)

Kurt Schwitters (Hanovre / Allemagne, 1887 – Kendal / Royaume-Uni, 1948)Mz Herbin
1923-1924
Collage
14,9 x 11,3 cm
Achat ,1992

Partageant avec les dadaïstes le bilan désabusé et cinglant de la Première Guerre mondiale, Kurt Schwitters dressait à travers ses œuvres le portrait d’une époque. Il réalisait des collages qui étaient comme la juxtaposition hasardeuse de fragments d’un monde détruit, car, déclamait-il, «on peut aussi crier avec des ordures». En 1919, il fondait son propre mouvement, baptisé Merz, d’une syllabe empruntée au mot «Kommerz» et qui englobait tous les champs de l’acitvité artistique – arts plastiques, théâtre, architecture, poésie…
Le collage Mz Herbin, est constitué de papiers usés divers : titre de transport, coupure de presse d’une chronique artistique, formulaire douanier portant l’adresse de l’expéditeur Auguste Herbin… Cet assemblage géométrique et rigoureux évoquant une composition classique, constitue une sorte d’hommage amusé au peintre français. Privilégiant plutôt un rapport direct, donc tactile et intime avec les textures et matières incluses dans ses œuvres, Schwitters a été particulièrement sensible aux matériaux pauvres que le temps et l’usure avaient vieillis, marqués, salis et patinés. Cette aptitude à «reconnaître et délimiter» les qualités plastiques des déchets de la vie moderne lui permettait d’élargir le concept même de l’œuvre d’art et le rôle de l’artiste.

Aurelie Nemours (Paris, 1910 - 2005)

Aurelie Nemours (Paris, 1910 - 2005)Demeure 99
1956
Pastel sur papier
77 x 56 cm
Donation, 2003
Héritière des pionniers du constructivisme et de l’abstraction géométrique, Aurelie Nemours est, jusque dans ses œuvres les plus récentes, restée fidèle à un système de représentation par signes abstraits basé sur l’orthogonalité. Après des études d’archéologie et son passage dans les ateliers d’André Lhote et Fernand Léger, elle s’oriente, dès ses premières œuvres, vers un vocabulaire non figuratif. En 1949, elle participe au Salon des réalités nouvelles et expose pour la première fois chez Colette Allendy. Ses compositions, fondées sur l’horizontale et la verticale, révèlent l’influence nouvelle de Mondrian, qu’elle a découvert grâce à Michel Seuphor. A partir de ce moment, sa peinture évolue de manière extrêmement rigoureuse, se rapprochant formellement et intellectuellement de l’Art concret.
Attentive au rythme, à la composition, à l’opposition noir/blanc, au signe, elle décline ces thèmes en plusieurs séries, dont celle des Demeures caractérisée par un géométrisme radical. Le pastel Demeure 99 en est l’illustration. L’équilibre des lignes blanches traversant la surface noire est une transcription formelle du silence. Tout dans la structure de sa composition exprime la rigueur et l’ascèse et invite à la méditation.
Cette œuvre fait partie d’un ensemble d’une trentaine de tableaux et d’autant de dessins donnés en 2003 par l’artiste.

Marlène Dumas (Le Cap / Afrique du Sud, 1953)

Kurt Schwitters (Hanovre / Allemagne, 1887 – Kendal / Royaume-Uni, 1948)Archétype baby versus prototype baby
1989
Technique mixte (crayon, aquarelle) et collage de carton ondulé sur papier vergé
49,9 x 65,2 cm
Achat, 1990
Apparue sur la scène artistique dans les années quatre-vingt, l’œuvre de Marlène Dumas se caractérise par un travail de détournement et de recomposition sensible d’éléments empruntés à la vie quotidienne. Marlène Dumas travaille d’après des reproductions, des photographies glanées dans des magazines, ou bien des cartes postales souvent désuètes. Elle associe ainsi des fragments de vies intimes à des images stéréotypées. La naissance de sa fille en avril 1989 va donner lieu à une importante série d’œuvres dont les sujets sont la femme enceinte, le fœtus, la naissance, le bébé.
Archétype baby versus prototype baby, appartient à un ensemble thématique nommé Archétype-Prototype. Il s’agit d’un travail fondé sur l’association d’images appartenant à des champs visuels radicalement opposés. L’image publicitaire stéréotypée d’un bébé s’oppose à une représentation subjective d’un enfant, tel qu’il est perçu par une mère, sans idéalisation ni mièvrerie. Quelques lignes rédigées au crayon en haut à gauche évoquent l’incompatibilité entre les désirs réels de l’enfant et ceux que lui prêtent la mère. Par ce travail Marlène Dumas semble chercher à déjouer l’intrusion de représentations fantasmées dans le champ de la perception intime.