Musées de Strasbourg
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Joachim Beuckelaer (Anvers, vers 1530 - 1573 ou 1574)

Joachim Beuckelaer

Le Marché aux poissons
1568
Peinture sur bois; 119 x 165 cm

L’artiste est un jalon fondamental dans la naissance de la nature morte qui, peu après 1568 (date de ce tableau), deviendra définitivement un genre à part entière. Car la nature morte est d’abord née en marge de la peinture religieuse. Ce tableau en témoigne puisque l’on distingue en haut à gauche comme une possible scène de pêche miraculeuse. Mais la scène de l’Evangile est désormais secondaire et c’est bien l’étal de poissonnier dans un marché anversois du milieu du XVIe siècle qui devient le vrai sujet. Beuckelaer offre une description naturaliste de son sujet : il se dégage une impression de vulgarité de l’ensemble, tant dans les traits des personnages que dans l’acidité des coloris.
Si on se contentait d’admirer le naturalisme de l’artiste, on passerait à côté d’une part importante du message tel que le concevait les contemporains de Beuckelaeur. L’œuvre renseigne en effet sur les mentalités et les attentes des commanditaires du peintre. Les contemporains du peintre se rassuraient devant ce spectacle de la fertilité de leur cité. A ce message civique se superpose à une veine plus moralisatrice. A l’époque, le marché était un lieu de moralité douteuse et des femmes de mauvaise vie s’en servaient comme alibi pour dissimuler leur activité de prostituées. De sorte qu’il convient de revenir à la scène évangélique du fond. Le tableau n’est donc plus seulement un prétexte ou un renvoi à la fertilité contemporaine, mais il est aussi une admonestation contre la dissolution des mœurs et un appel à une vie conforme aux Evangiles.

Maarten van Heemskerck (Heemskerck, 1498 - Haarlem, 1574)

Maarten van Heemskerck

Adam et Eve
Vers 1550
Peinture sur bois; 117,5 x 50 cm

Si le thème d’Adam et Eve est bien connu, celui de Gédéon mérite quelque éclaircissement. L’Ancien Testament raconte comment Dieu, ayant confié au héros Gédéon la mission de libérer Israël du joug des Madianites, lui manifesta sa présence grâce au miracle de la toison. Les théologiens du Moyen Age ont fait de la toison l’image de la maternité de la Vierge en qui l’Esprit Saint place l’Enfant Jésus. Les deux volets se répondent parfaitement car la Vierge est la nouvelle Eve qui, par la naissance du Christ, délivra l’humanité du péché originel.
Heemskerck fut en son temps le peintre de Hollande le plus italianisant. Durant son séjour italien, il dessina d’après les antiques et fut l’un des premiers peintres du Nord à être frappé par la poétique des ruines et devint maniériste dans le sillage de Michel-Ange. Dans l’esprit de la Renaissance l’étude de l’anatomie humaine était prépondérante pour un artiste. Les maniéristes ont raffiné sur l’étude du corps, à partir du modèle vivant et des œuvres d’art, afin de montrer leur virtuosité mais aussi à des fins expressives. Ce qui expliquerait la manière très ostentatoire, voire agressive, qu’à Heemskerck de représenter les corps. Contrairement aux artistes italiens si influencés par l’Antiquité, dans la culture du Nord, le corps nu fut longtemps objet de honte.

 

 

 

 

 

 

Maarten van Heemskerck (Heemskerck, 1498 - Haarlem, 1574)

Maarten van Heemskerck

Gédéon
Vers 1550
Peinture sur bois; 117,5 x 50 cm