Musées de Strasbourg
Illustration de la page : XVIIe siècle français
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François Girardon (Troyes 1628 - Paris 1715)

François Girardon (Troyes 1628 – Paris 1715)

L’enlèvement de Proserpine par Pluton
1693
Bronze patiné, 107,5 x 43 cm

Fille de Cérès, déesse de l’agriculture, et de Jupiter, Proserpine suscite l’amour de Pluton. Il l’enlève alors qu’elle cueillait des fleurs avec des nymphes dans la plaine d’Enna en Sicile. L’alternance des séjours de Proserpine sous terre et sur terre correspond au rythme des saisons et au renouveau de la végétation.
François Girardon a su rendre avec beaucoup de sensibilité la tension qui tend chacun des muscles de Pluton. Les doigts de celui-ci s’enfoncent dans la chair de Proserpine, ses pieds sont crispés sur le sol rocailleux et les veines qui parcourent son corps sont saillantes.

Jacques Linard (1600-1645)

Jacques Linard (1600-1645)

Les cinq Sens
1638
Peinture sur toile, 55,3 x 68 cm

Composition allégorique sur le thème des cinq sens: l’odorat est symbolisé par le bouquet de fleurs et le coffret à parfum en cuir; le goût par les fruits; l’ouïe par le recueil de chant ; la vue par le paysage et les jeux de miroir; le toucher par les cartes à jouer et les pièces de monnaies.
A cette thématique principale se joint, plus allusivement, une méditation sur la vanité du plaisir (la figue, symbole du péché originel, s’oppose à la grenade, symbole de la chasteté) et de la richesse (évoquée par l’argent, le luxe et la fonction de leurre des miroirs, ainsi que par la boîte de copeaux au centre, faîte pour recueillir des objets précieux).

Simon Renard de Saint-André (Paris, 1613 - 1677)

Simon Renard de Saint-André (Paris, 1613 – 1677)

Vanité – Nature morte
Vers 1665-1670
Peinture sur toile, 69 x 57,5 cm

La Vanité est un type particulier de la nature morte qui a eu un grand succès en France au cours du XVIIe siècle. Les objets présentés, fortement symboliques, ont pour but de montrer la fragilité de l’existence, la fuite du temps…
L’élément central des vanités est le crâne, présent pour rappeler la mort. Associé aux objets de la vie courante, il confère une grande brutalité à la représentation. L’autre élément récurent est celui faisant référence à la fuite du temps, ici une montre et un sablier, mais aussi le filet de fumée de la bougie.
La couronne de laurier appelle à se souvenir de la vanité des gloires terrestres, de même que les instruments de musique et la partition renvoient à la vanité des arts et du savoir. La jouissance des nourritures terrestres, elle aussi éphémère, est illustrée par des éléments issus de la nature comme les fleurs, les insectes… qui rappellent le caractère fragile et transitoire de l’existence.

Valentin de Boulogne, dit Le Valentin (1591-1632)

Valentin de Boulogne, dit Le Valentin (1591-1632)

Musiciens et Soldats
Vers 1620-1622
Peinture sur toile, 55 x 200 cm

Cette scène de taverne où des musiciens ambulants jouent, contre menue monnaie sans doute, pour deux soldats attablés, évoque-t-elle l’ambiance de la vie quotidienne de cette première bohême artistique que constitua le milieu des peintres caravagesques de Rome au début du XVIIe siècle? Probablement. Rome était alors au faîte de sa gloire et les peintres y venaient nombreux de tous pays d’Europe, les uns pour parfaire leur formation, d’autres pour s’y fixer.
Ainsi, Le Valentin, arrivé très jeune de son Ile-de-France natale, qui devait y mourir à l’âge de 41 ans dans des circonstances romanesques, pour s’être baigné dans les eaux glacées de la fontaine Barberini au cours d’une nuit où «il avait pris force tabac et bu du vin outre mesure», selon les chroniqueurs de l’époque. Comme tant d’autres, enthousiasmé par l’exemple du Caravage dont l’œuvre, en dépit de sa mort prématurée, révolutionnait alors la peinture en Italie et en Europe, il en fut peut-être le plus grand continuateur, par sa volonté de retour au réel, la violence de son clair-obscur et la grandeur tragique qu’il savait conférer à ses scènes.

Philippe de Champaigne (Bruxelles, 1602 - Paris, 1674)

Philippe de Champaigne (Bruxelles, 1602 - Paris, 1674)

Portrait du cardinal de Richelieu
1642
Peinture sur toile, 59 x 46 cm

Il s’agit d’un des plus importants portraits français du XVIIe siècle et ce à trois titres : importance du peintre, importance du modèle, importance intrinsèque de l’œuvre. Refusant d’entrer dans l’atelier de Rubens, Champaigne fit une carrière parisienne brillante.
Champaigne est un magicien : sa minutie flamande pousse le naturalisme au plus haut degré de perfection. Chaque détail, tel que les poils du modèles, est rendu avec soin sans pour autant nuire à l’ensemble. Le profil, aquilin, cadré pour ne montrer que le buste évoque celui de Jules César sur une médaille. Cette audace s ‘explique par la fonction initiale du tableau. En effet, le peintre avait reçu la commande d’un double portrait, qui devait être envoyé à Rome pour qu’un sculpteur réalise à distance un buste en marbre. De son vivant, le tableau fut coupé pour ne conserver que le profil. Richelieu appréciait tant Champaigne qu’il lui fit retoucher tous les portraits de lui déjà peints. Cela montre l’intérêt du ministre pour son image et son contrôle. Richelieu incarne à lui seul la raison d’Etat, l’absence d’émotion, l’orgueil. Champaigne dans ses portraits en pied et en buste de Richelieu a fixé ses traits mais aussi son caractère, pour l’éternité. Rarement peinture a donné une image aussi définitive et glaçante d’un personnage historique.

Simon Vouet (Paris, 1590 - Paris, 1649)

Simon Vouet (Paris, 1590 – Paris, 1649)

Loth et ses filles
1633
Peinture sur toile, 160 x 130 cm

Il est des tableaux sur lesquels le regard change, une fois que le sujet en est compris. La scène que dépeint Vouet apparaîtra au premier regard comme une scène sensuelle montrant un homme d’âge mûr (un Dieu de la mythologie païenne ?), goûtant la compagnie de deux jeunes femmes, l’une apportant, en plus des charmes de la chair, celui de l’ivresse. Mais Vouet a ici mis en image le récit biblique où Loth, enivré par ses filles, va bientôt s’unir à elles. Il s’agit d’un des épisodes de la Genèse où l’on apprend comment, Dieu ayant abattu son courroux sur les habitants de Sodome et Gomorrhe, un ange prévient Loth, le seul juste, de l’imminence du danger ; ayant fui, celui-ci est soumis à la volonté de ses filles qui afin de perpétuer la race, brisent le tabou de l’inceste.
Vouet fait montre d’une grande originalité : là où tant d’artistes avant et après lui firent du sujet le prétexte à une représentation aussi scabreuse que moralisante, Vouet ose une scène sereine et simplement sensuelle. Ce tableau est une œuvre manifeste de Vouet. Il y montre l’étendue de sa maîtrise pour orchestrer les lignes et les couleurs. Après une brillante carrière à Rome où il s’imposa comme un des tout premiers peintres, Vouet fut rappelé en 1627 par Louis XIII pour être son peintre principal.