Musées de Strasbourg
Illustration de la page : XVIIe siècle Flamand
Musées >> Musée des Beaux-Arts >> Oeuvres choisies >> XVIIe siècle Flamand

Jacob Jordaens (Anvers, 1593 - 1678)

Jacob Jordaens (Anvers, 1593 - 1678)

La Pêche miraculeuse
Vers 1618-1620
Peinture sur bois; 75 x 104 cm

Dès 1615, Jordaens est franc maître avant d’entrer de manière régulière dans l’atelier de Rubens. A ce dernier, grand seigneur humaniste et adulé des cours européennes, on peut opposer un Jordaens plus bourgeois, voire populaire. C’est seulement après la mort de son maître que Jordaens diversifia son inspiration ; il s’adonna à une manière toujours moins dessinée, plus « picturale » et laissa deviner son adhésion à la Réforme.
Dans ce tableau Jordaens se reconnaît à un coloris d’ensemble plus rougeoyant et une manière plus insistance que Rubens, ou -pour le dire autrement- par une délicatesse moindre. Ce manque d’élégance des figures est ici parfaitement accordé au sujet tiré du Nouveau Testament. On reconnaît ici saint Pierre, à genoux au centre, et ses compagnons s’affairant après le miracle (le Christ n’est pas figuré). Saint Pierre trouve dans la gueule d’un poisson le montant de l’impôt exigé par les Romains. Jordaens a réussi à donner à l’ensemble une effet d’ondulation qui permet de relier habilement les figures. De celles-ci émane une forte impression de force physique. Les pêcheurs sont décrits sans fard et Jordaens a sans nul doute eu l’occasion de prendre sur le vif les traits et les anatomies de ces travailleurs de la mer.
Cette recherche de l’expression, de son adéquation au decorum et à la scène à représenter, était une des plus hautes ambitions des peintres d’histoire.

Pierre-Paul Rubens (Siegen (Westphalie), 1577-Anvers, 1640)

Pierre-Paul Rubens

La Visitation
1611-1612
Peinture sur bois; 30 x 26 cm

Ce tableau est l’esquisse pour le volet gauche du triptyque commandé en 1611 par la guilde des Arquebusiers afin de décorer leur chapelle de la cathédrale d’Anvers. Bien que jeune, Rubens fut choisi du fait de sa réputation, croissante depuis le retour de son long séjour italien auréolé de succès. Ce triptyque, encore en place, comprend au centre une Descente de croix, encadrée de la Visitation et de la Présentation au temple. Il s’agit d’une des œuvres majeures de Rubens, une de celles qui lui servit à affirmer sa supériorité. Le thème de l’esquisse est celui de la rencontre des deux cousines, la Vierge Marie et sainte Elisabeth, accompagnées de leurs époux. Alors que la Vierge est en visite chez sa cousine enceinte du futur saint Jean-Baptiste, celui-ci tressaille dans le ventre de sa mère, et par là annonce la future naissance du Christ. La Vierge entonne ensuite la Magnificat, cantique d’action de grâce.
Le goût moderne se porte délibérément vers l’esquisse : pour sa fraîcheur, sa liberté mais aussi par l’assurance d’avoir en face des yeux une œuvre sortie entièrement de la main du maître.

Antoon van Dyck (Anvers, 1599 - Blackfriar's (Londres), 1641)

Antoon Van Dyck

Portrait présumé de Luigia Cattaneo Gentile
Vers 1622
Peinture sur toile ; 147 x 112 cm

On ne redira jamais assez combien l’Italie du premier tiers du XVIIe siècle fut un creuset artistique extraordinaire. Après Rome, le séjour à Gênes, foyer aristocratique et port de commerce international, était une des étapes du voyages en Italie. Il était alors généralement admis que seuls les peintres nordiques étaient capables de réaliser des portraits ressemblants.
Un moment attribué, du fait de sa très haute qualité, à Rubens, le portrait exposé est un des tous premiers conservés de la période génoise de Van Dyck. Van Dyck a su admirablement restituer l’élégance empreinte de morgue des familles génoises et l’expression hautaine du modèle. L’essentiel réside certes dans la fidélité des traits mais aussi dans le rendu magnifique des mains et l’allure d’ensemble du portrait.
Flamand par son naturalisme, ce portrait ouvre magistralement la série des effigies mondaines que Van Dyck répandit à travers l’Europe. C’est qu’en véritable artiste européen, Van Dyck, allia au robuste fond flamand, une spezzatura (désinvolture) typiquement italienne ainsi que la leçon des merveilleux coloristes vénitiens du XVIe siècle.