Musées de Strasbourg
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Nicolas de Largillière (Paris 1656 - id. 1746)

Nicolas de Largillière (Paris 1656 – id. 1746)

La Belle Strasbourgeoise
1703
Peinture sur toile, 139 x 106,5 cm

Portraitiste célèbre de la haute bourgeoisie parisienne et protecteur du jeune Chardin, Largillière, lui même auteur de natures mortes, a été formé en Flandre où il acquiert une grande richesse chromatique et un goût prononcé pour le rendu somptueux des étoffes et des matières. La même attention au réel caractérise le portraitiste et le peintre de nature morte.
Le costume porté par cette jeune femme est celui du patriciat de la Cité entre 1688 et 1730. Sous Louis XIV ce costume connaît son plus somptueux épanouissement. Il est composé d’une jupe rouge recouverte d’un grand tablier noir, de manches larges serrées au coude par des rubans plissés et terminées par des manchettes de dentelles, d’un buste lacé, d’un châle blanc bordé de dentelle et surtout d’un extravagant chapeau garni de dentelle noire. C’est l’étrangeté de ce chapeau qui a incité l’artiste à en faire le nœud du tableau.
L’identité du modèle reste encore mystérieuse, vraie strasbourgeoise, Parisienne portant un costume ou peut être la sœur du peintre.

François Boucher (Paris, 1703 - 1770)

François Boucher (Paris, 1703 - 1770)

Béthuel accueillant le serviteur d’Abraham
Vers 1725
Peinture sur toile; 100 x 83 cm

Boucher est considéré comme un des géants de la peinture française du XVIIIe siècle. Il fut le peintre préféré de Madame de Pompadour et des fastueux financiers de son temps. Il eut tous les honneurs académiques, finissant sa carrière comme Premier Peintre de Louis XV en 1765. D’après le texte de la Génèse, Abraham cherchait une jeune femme digne d’épouser son fils unique Isaac. Il envoya donc son serviteur Eliézer vers Béthuel, père de Rébecca. Le moment représenté est celui où le mariage est accepté par le père de Rébecca et où les servantes admirent les bijoux donnés à la jeune fille. Ces textes bibliques offraient l’intérêt de représenter des scènes orientales rustiques et très pittoresques.
Boucher a sans doute regardé les œuvres des Vénitiens (dont Véronèse et Ricci) et s’est inspiré de leur style enlevé et très coloré. Mais bien française est la manière de traiter le sujet un peu solennellement et de conserver une certaine réserve dans la touche. Dans cette peinture, une des premières œuvres du style rococo français, se ressent ainsi le souvenir de l’art maniériste de l’école de Fontainebleau, celui des peintres au service de François Ier.

Jean-Siméon Chardin (Paris, 1699 - 1779)

Jean-Siméon Chardin (Paris, 1699 - 1779)

Plateau de pêches avec noix, raisin, verre de vin et couteau
1758
Peinture sur toile; 38 x 46 cm

La formation de Chardin se fit auprès de peintres d’histoire. Cependant l’exemple d’Oudry le poussa à se perfectionner dans la nature morte. Largillière l’encouragea et appuya en 1728 sa candidature à l’Académie royale de peinture et de sculpture où, cas rarissime, il fut agréé et reçu le même jour.
Mieux que quiconque, Chardin sut rendre l’aspect velouté des fruits. Il se limita à un répertoire simple de fruits et d’ustensiles, prétextes à ses prouesses dans le rendu du clair-obscur, des reflets, des transparences, des matières comme dans l’harmonie des couleurs. Ce qui explique la juste remarque de Gide en 1937 : «Là du moins j’étais bien certain de n’admirer que la peinture». Cette nouveauté fut admirée de son temps.
Selon son contemporain Diderot, Chardin est un «grand homme» et un «magicien»: «Le faire de Chardin est particulier. Il a de commun avec la manière heurtée que de près on ne sait ce que c’est, et qu’à mesure qu’on s’éloigne l’objet se crée et finit par être celui de la nature ; quelquefois il vous plaît également de près et de loin.»

Philippe-Jacques de Loutherbourg

Philippe-Jacques de Loutherbourg

(Strasbourg, 1740 - Londres, 1812)
Clair de lune
1777
Peinture sur toile; 56,5 x 72 cm

Dès le Salon de 1763, le peintre fut acclamé par ses contemporains et célèbre dans l’Europe entière pour sa virtuosité, sa fougue et sa célérité. Dans son panorama morose de la peinture française de son temps, en 1767, Diderot mettait son espoir en Loutherbourg: «Grand, très grand artiste, presque en tout genre. Il a fait un chemin immense, et l’on ne sait jusqu’où il peut aller!»
Présenté à l’exposition de la Royale Academy en 1778, ce Clair de lune a été peint en Angleterre où l’artiste dut s’établir à partir de 1771. Ici il ne s’agit aucunement d’une représentation stricte de la nature mais d’une scène artificielle composée en atelier à partir d’éléments observés. C’est que Loutherbourg a voulu démontrer sa science dans le rendu d’un nocturne. La lumière est le vrai sujet de ce tableau. Loutherbourg sait restituer les reflets différents de la lune et du feu de camp. L’observation de la lumière était à la fois au cœur des préoccupations de la science optique et des intérêt occultistes qui passionnèrent cet artiste qui se voulut toujours plus qu’un simple paysagiste. De là son ambition d’aborder de nouveaux domaines mais aussi d’apporter à des sujets habituels une dimension nouvelle.
Ce tableau semble résumer autant le caractère de l’individu, homme des Lumières et artiste préromantique, que son œuvre protéiforme, faite de virtuosité et d’expérimentation sincère.

Antoine Watteau(Valenciennes, 1684 - Nogent-sur-Marne, 1721)

Antoine Watteau

L’écureuse de cuivres
Vers 1709-10
Peinture sur toile ; 53 x 44 cm

On ne soulignera jamais assez que la formation de Watteau, né à Valenciennes, fut essentiellement flamande. L’œuvre du musée en est la parfaite illustration. S’inscrivant dans sa période de jeunesse, L’écureuse de cuivres est une peinture atypique dans son œuvre. Le sujet est parfaitement trivial et le tableau semble un pastiche d’après des peintures semblables de Kalf. L’accrochage de cette peinture de Watteau au sein de la section nordique ne choque pas et permet au contraire des comparaisons fructueuses, tant dans les points communs que dans les différences.
Watteau est ici à la recherche de sa technique, étudiée d’après les maîtres flamands et hollandais mais aussi italiens et français de la couleur, et montre déjà sa virtuosité. Ce n’est plus un débutant mais il est encore en quête du genre qui lui permettra d’exprimer au mieux sa personnalité et de se forger une clientèle. Avec ce tableau, nous possédons aussi la plus achevée des natures mortes de Watteau. Le peintre montre sa sensibilité dans le traitement du ciel et le rendu des reflets métalliques des cuivres et des étains comme des étoffes. Passant du registre trivial à celui de la société raffinée, Watteau ne perdit pas son sens de l’observation et de sa poésie.