Musées de Strasbourg
Illustration de la page : XVIIIe siècle italien
Musées >> Musée des Beaux-Arts >> Oeuvres choisies >> XVIIIe siècle italien

Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise, 1697 - 1768)

Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise, 1697 – 1768)

Vue de l’église de la Salute depuis l’entrée de Grand Canal
Vers 1727
Peinture sur cuivre, 45 x 60 cm

Canaletto, peintre vénitien renommé, s’est surtout adonné au genre pictural de la veduta. Ce type particulier du paysage, centré sur la représentation d’une vue de ville, tend à rendre avec précision la réalité, sans pour autant que l’œuvre soit dénuée d’une certaine poésie rendue par la transparence lumineuse.
Canaletto privilégie la représentation des sites et monuments célèbres de la ville de Venise ou de sa lagune et reprend souvent le même sujet dont il donne de multiples variantes.
Le tableau, grâce au support, rayonne de clarté et de luminosité. L’éclairage venant du sud-ouest indique une heure déjà avancée dans l’après-midi et la peinture lisse et fluide donne un effet d’«après la pluie».
Canaletto, à destination des riches touristes anglais, rend compte également de la vie quotidienne à Venise, à proximité du Grand Canal: les gondoliers, la présence de marchands, des diplomates venus d’Orient…

Giuseppe Maria Crespi (1665-1747)

Giuseppe Maria Crespi (1665-1747)

L'Amour vainqueur ou L'Ingegno
Vers 1695-1700
Peinture sur toile, 114 x 95 cm

C'est seulement depuis quelques années que les critiques considèrent Giuseppe Maria Crespi comme l'un des plus remarquables artistes italiens de la première moitié du XVIIIe siècle. Ce fut un peintre très éclectique: il réalisa de grands retables, des natures mortes et des portraits. Le mélange d'attention naturaliste et d'émotion contenue qui apparaît dans son travail, allié à de grandes qualités de luministe, confère à l'œuvre de Crespi une grande originalité.
Ce tableau représente l'Ingegno, personnification de l'esprit d'invention: l'arc et la flèche évoquent son adresse et sa pénétration; l'aigle, le cimier, signifient sa générosité, la hauteur et la justesse de ses vues.
Il est possible de voir ici également le thème de l'Amour vainqueur: il apparaît sous la forme d'un bel adolescent souriant qui, l'arc et les flèches à la main, se désigne lui-même de l'index comme l'éternel vainqueur sur tout ce qui pourrait nous distraire de l'amour, notamment les sciences et les lettres, symbolisées par le livre qu'il écrase de sa main gauche et l'astrolabe placé derrière lui.
La figure, vue à mi-corps, se détache par son intense luminosité sur un fond neutre L'ensemble de la composition se fond dans la monochromie et le coloris ne joue que sur des subtiles nuances de brun, de jaune, de beige, que viennent ça et là animer quelques légères touches plus froides. Tout semble être conçu pour mettre en valeur la triomphante et éclatante beauté du personnage.

Sebastiano Ricci (Belluno, 1659 - Venise, 1764)

Sebastiano Ricci (Belluno, 1659 – Venise, 1764)

La Glorification de saint Sébastien
Peinture sur toile, 66 x 88 cm

Cette superbe étude pour un plafond représente un épisode de la vie de saint Sébastien assez peu traité par les peintres, qui lui préfèrent la scène de la sagittation du saint ou encore celle où Irène retire les flèches du corps du martyr. Ici, saint Sébastien est emporté au ciel par les anges dans une étonnante assomption baroque.
L’œuvre est l’une des plus réussies du peintre. La fluidité des formes qui semblent glisser sur l’azur du ciel, est mise en valeur par un coloris délicat et fondu, et par une luminosité argentée. Le jeu sensuel des courbes et contre-courbes imprime une dynamique intense à la composition qui s’unifie dans un tourbillon ascendant, au sommet duquel jaillit le saint les bras grands ouverts à l’appel du divin.

Giandomenico Tiepolo (Venise, 1721-1804)

Giandomenico Tiepolo, (Venise, 1721-1804)

La Vierge apparaissant à saint-Laurent et à saint-François-de-Paule
Peinture sur toile cintrée, 220 x 119 cm

Ce grand tableau ornait au XVIIIe siècle l’autel principal de l’église de Campolongo al Torre, petite ville du Frioul au nord-est de Venise. Au XIXe siècle, il fut vendu afin de subvenir aux frais de reconstruction du campanile et, vers 1895, acheté par le musée des Beaux-Arts de Strasbourg chez un marchand de Florence.
Il était alors attribué à Giambattista Tiepolo, le plus célèbre des peintres italiens du XVIIIe siècle. A cette époque, on confondait souvent l’œuvre de ce peintre avec celle de son fils Giandomenico, au style très proche, et l’on attribuait volontiers les plus beaux tableaux au père. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies que les historiens d’art ont pu départager les œuvres de l’un et de l’autre, mettant en lumière l’originalité et la grandeur de l’art de Giandomenico et lui rendant nombre d’œuvres importantes parmi lesquelles le tableau de Strasbourg.

Giambattista Tiepolo (1696-1770)

Giambattista Tiepolo (1696-1770)

Zéphir et Flore
Vers 1750
Peinture sur toile, Ovale, 42 x 37 cm

Inscrit dès 1717 dans la confrérie des peintres vénitiens, Tiepolo utilise à ses débuts une gamme chromatique «enflammée» et de violents contrastes d'ombres et de lumières. Très vite, il s'illustre dans le domaine de la décoration illusionniste de grands espaces. Sa palette s'éclaircit avec des tons lumineux et tendres, et il acquiert une grande liberté dans la composition comme dans l'interprétation iconographique.
Si les grands cycles de fresques, aussi bien religieux que profanes, vont constituer la partie centrale de son œuvre, il laisse aussi un ensemble important de peintures sur toile et de dessins.
Tiepolo suscita dès le début l'enthousiasme de ses contemporains, et sa renommée s'étendit dans toute l'Europe du XVIIe siècle.
Ce petit tableau illustre un thème fréquent chez les peintres: l’alliance de Zéphir, qui porte des ailes de papillon et personnifie le doux vent d’ouest, et de Flore, la déesse des fleurs, qui symbolise le Printemps.
C’est sans doute au cours des trois années qu’il va passer à Wurzbourg (1750-1753), que Tiepolo brossa, en s’inspirant de sa fresque du palais Labia, cette petite esquisse pour un plafond qui sera exécuté par son fils ou d’autres collaborateurs.
Flore est vêtue de blanc et de rose, tandis que Zéphir porte un manteau rouge vif. La lumière glisse délicatement sur les formes en soulignant leur souplesse et l’enchaînement si typique du rococo des courbes et des contre-courbes.