Musées de Strasbourg
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Lames de sabre fabriquées et décorées à Klingenthal

Lames de sabre fabriquées et décorées à Klingenthal

Lames de sabre fabriquées et décorées à Klingenthal

Fondée en 1730 pour concurrencer Solingen, la « Manufacture Royale d’Armes Blanches d’Alsace », installée à Klingenthal, réussit, selon les vœux du Roi et en dépit de moments difficiles, à s’imposer comme fournisseur de nombreux corps de l’armée française. La Révolution commence par perturber la bonne marche de l’établissement. Rapidement les besoins de la guerre incessante assurent de grosses commandes. En 1794, il y a 412 ouvriers. Les industriels Julien et Jacques Coulaux, propriétaires de la fabrique d’armes à feu de Mutzig, achètent, en 1801, la gérance de la manufacture à l’Etat. Les guerres de l’Empire gonflent la production et le nombre des ouvriers qui passent à 590 en 1810. L’organisation de l’entreprise, les contrats avec l’Etat, le pourcentage des bénéfices tolérés, ne diffèrent que sur des points de détail avec le système d’avant 1789. La liste des modèles fabriqués nous est connue par un manuscrit de 1810. Dans une proportion de deux tiers environ, Klingenthal monte ses lames qu’elle confectionne ainsi que les fourreaux.
Or Klingenthal, durant le Consulat et l’Empire, doit autant sa renommée nationale et internationale à la qualité de ses lames qu’à la beauté de ses armes de luxe couvertes d’un décor gravé souvent doré. L’artisan de ce succès est François-Joseph Bisch (1756-1831) spécialisé dans la gravure et dorure de lames. La Manufacture l’embauche entre 1770 et 1780. Bisch fournit, avant 1789, les officiers supérieurs, les officiers et certains civils, les seuls qui ont les moyens et le droit de faire l’acquisition d’une arme de luxe. La Révolution impose l’austérité qui est une vertu républicaine. Le goût du luxe ne réapparaît qu’avec le Directoire, le Consulat et l’empire. La Garde Consulaire, la Garde Impériale, la nouvelle Cour plusieurs corps d’élite comme les gardes d’honneur locales (celle de Strasbourg est mise sur pied en 1805). François Bisch peut alors donner toute la mesure de son talent.
Les quatre lames reproduites portent la marque de l’inspection de la Manufacture. Une première constatation s’impose : l’artiste tire le meilleur parti de l’opposition bleui-dorure. La remarquable habilité et la sûreté d’exécution du dessein donnent aux œuvres de Bisch un délié, une souplesse qu’on ne trouve pas toujours chez d’autres fournisseurs tel Boutet à la manufacture de Versailles Bisch aime les retombées d’étoffe, les faisceaux de drapeaux et les trophées d’armes.
Les trois premières lames (de gauche à droite) dites à la «hussard» ne sont pas de la main du maître, mais appartiennent aux séries réalisées sous sa direction. Ce sont des modèles proposés (et non des commandes personnalisées) aux officiers, aux hommes des corps d’élite entre 1797-98 et 1805. La quatrième lame, d’une facture plus soignée, a été réalisée par Bisch après 1810. Le décor végétal est moins stylisé, aux couronnes et guirlandes de feuilles de laurier il préfère désormais la branche de laurier au naturel et surtout la feuille d’acanthe qui se prête à des tracés sinueux servant de support ou de liant aux autres éléments.
François-Joseph Bisch meurt en 1831, mais il cesse de travailler dès 1822, relayé dans son poste par son fils François-Xavier Bisch.

Portrait de Gutenberg

Portrait de Gutenberg

1840
L’érection des statues de Kléber et de Gutenberg, en juin 1840, a une signification politique précise : celle de la vitalité des courants démocratiques qui, à Strasbourg, ne cessent de s’exprimer depuis 1815. Au-delà de la politique, il y a une dimension économique incontestable d’autant que le monde industriel et artisanal est largement pénétré par les idées de progrès. Ainsi, au cours des fêtes d’inauguration de la statue de Gutenberg, les 24, 25 et 26 juin, le 25, un grand défilé ou « Cortège Industriel » regroupe tous les corps de métiers, pour chacun autour d’un objet-symbole de leur travail et de leur savoir-faire. Le « cortège Industriel », véritable kermesse et exposition ambulante de produits, doit illustrer, au-delà des frontières urbaines, la vitalité de la vie économique strasbourgeoise.

 

 

Parade nazie sur la place Kléber

 A l’occasion du congrès local du N.S.D.A.P. en avril 1941

A l’occasion du congrès local du N.S.D.A.P. en avril 1941
La situation de l’Alsace, après l’effondrement de 1940, est pire que celle du reste de la France, car, bien que non mentionnée dans les clauses de l’Armistice, elle subit immédiatement, non seulement une occupation, mais une annexion au IIIe Reich national-socialiste. Ville fantôme depuis septembre 1939, Strasbourg reçoit le 28 juin la visite d’Adolphe Hitler en personne ; après un long moment à la cathédrale, il déclare qu’il ne peut être question de rendre à la France ce joyau gothique germanique.
Le processus « d’intégration » commence sur le champ par un déchaînement de la propagande, la création plus efficace et la mieux organisée du nazisme. Le Gauleiter Wagner, chef du nouveau Gau «oberrhein» (Bade-Alsace) élimine tout souvenir du passé français : martelage des inscriptions, déboulonnage des statues de Kléber, de Lezay-Marnésia, de Pasteur, etc. La place Kléber prend le nom de Karl Roos, un nazi camouflé en autonomiste, que les Français avaient arrété, jugé et fusillé avant 1939. Les autorités ferment la cathédrale destinée à être transformée en mémorial au soldat et à la grandeur allemande ! Le parti National-Socialiste déploie ses pompes et ses fastes avec l’aide d’une poignée d’Alsaciens ou de demi-Alsaciens « ralliés » à la grande cause ; on les utilise, on les manipule sans trop leur faire confiance. Ainsi Hermann Bickler devient Kreisleiter de Strasbourg, plus tard ce sera le tour de Robert Schall d’abord Kreisleiter de Molsheim. Au Dr. Ernst est confié le poste de Haut Commissaire de Strasbourg (en quelque sorte le maire) avec autorité sur la ville qui fusionne avec huit communes des environs, y compris Kehl, pour former le Grand-Strasbourg.
Plus grave encore est l’introduction des lois, du système économique et de l’enseignement nazi. Dans la nouvelle Reichsüniversität les cours d’histoire régionale ne sont pas prévus : le particularisme alsacien doit disparaître. Toutes ces mesures, en dépit d’une résistance passive (ou active selon les cas) croissant ne découragent pas les nazis dans leur volonté de germaniser la ville et la province. Afin de donner l’exemple, ils multiplient les discours, les défilés militaires ou politiques. Les congrès locaux du parti, comme le «Kreistag» d’avril 1941, donnent lieu à des rassemblements gigantesques durant lesquels de hauts dignitaires du régime viennent porter la bonne parole. Strasbourg reçoit Frick, ministre de l’Intérieur (un des artisans de la victoire de 1933), Alfred Rosemberg, «l’idéologue» du Parti, Victor Lutze, le chef de la S.A., successeur de Röhm après la nuit des «longs couteaux» etc. Si l’incorporation de force des Alsaciens dans la Wehrmacht (1942) couronne cette sinistre mise en scène, elle clarifie en quelque sorte la situation aux yeux des Alsaciens face aux occupants.

Chars français rue des Grandes arcades

 Le 23 novembre 1944

Le 23 novembre 1944
L’Alsace constitue, en 1944-1945, le dernier des champs de bataille de la libération de la France. La libération commence le 19 novembre 1944 avec la percée des troupes du général Bithouard en Haute Alsace, puis s’emparant de Mulhouse. De son côté, le général Leclerc à Baccarat range son frein et étudie minutieusement la possibilité d’un raid sur Strasbourg. La première phase de l’opération commence le 20 et le 21 novembre avec la mise hors de combat du dispositif fortifié allemand de Saverne. Leclerc opère un mouvement en tenaille. Il frappe dur et fort.
Quand Saverne tombe le 22, immédiatement la seconde phase est préparée. Elle débute, à l’aube grise d’un jour de pluie continue, le 23 novembre 1944. Quatre colonnes foncent sur la capitale alsacienne : Rouvillois au nord, Massu et Cantarel au centre, Putz et Debray au sud. A 10h30 Leclerc reçoit le message fameux «Tissu est dans iode» ce qui signifie que «Rouvillois est dans Strasbourg».
Les Allemands sont surpris et ne s’attendent pas à une attaque de ce genre aussi les Français arrivent dans une ville qui vaque à ses occupations habituelles (réduites, il faut le dire): les tramways fonctionnent et l’un deux est arrêté par des chars qui stationnent au débouché de la rue des Grandes-Arcades et de la Place Kléber.
A la fin de la journée les Français de Leclerc tiennent Strasbourg, mais ils n’ont pas réussi à prendre ni le pont du Rhin, ni la ville de Kehl. Le général commandant allemand Vaterodt s’est réfugié dans le Fort Ney. En fait, Strasbourg, où le serment de Koufra est tenu avec le drapeau flottant sur la Cathédrale, reste dangereusement exposé au nord, au sud et à l’est. La situation ne s’améliore qu’au bout d’une semaine. Elle redeviendra dramatique en décembre 1944 avec la décision américaine de se replier sur les Vosges à la suite des revers dans les Ardennes. Les Français, pratiquement seuls, défendront Strasbourg afin que l’effort de Leclerc n’ait pas été accompli en vain.