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Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828)

Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828)

Portrait de Bernardo Yriarte
1797
Peinture sur toile, 108 x 84 cm

Bernardo Yriarte était lié d’amitié avec Goya. Il faisait partie de ces «illustrados» («hommes éclairés») qui entreprirent à la fin du XVIIIe siècle de sortir l’Espagne de sa léthargie intellectuelle et sociale, et de l’ouvrir au «siècle des lumières». Libéraux, ils sympathisèrent avec les idées de la Révolution française. Plusieurs devaient s’engager aux côtés du roi Joseph, le frère de Napoléon, de 1808 à 1813. Yriarte fût de ceux-là et dût s’exiler comme Goya, après la guerre d’Espagne.
Le portrait a été exécuté en 1797, au moment où ces «illustrados» étaient provisoirement arrivés au pouvoir et où Yriarte avait été nommé ministre de l’Agriculture. Que Goya portraiture plusieurs des hommes les plus éminents de ce parti libéral, ainsi que celui de Guillemardet, ambassadeur de la République française (la première personnalité étrangère qu’il ait peinte, en 1798 précisément, était un régicide!) est d’ailleurs l’une des indications les plus fiables quant à ses inclinations idéologiques personnelles.
On doit relever l’extraordinaire qualité picturale du tableau et ce qu’elle annonce de l’impressionnisme par la fragmentation de la touche.

Domênikos Theotokopoulos, dit El Greco (1541-1614)

Domênikos Theotokopoulos, dit El Greco (1541-1614)

La Vierge Marie, dit Mater Dolorosa
Vers 1590-1600
Peinture sur toile, 53 x 37 cm

Bien qu’originaire de Grèce (d’où son surnom), installé à Tolède, El Greco a été considéré comme le peintre le plus caractéristique du mysticisme tourmenté de l’Espagne.
Cette Vierge, l’un de ses chefs-d’œuvre, a été donnée au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg en 1893 par un collectionneur anglais, Sir Charles Robinson, à qui d’autres tableaux (d’écoles diverses) avaient été par ailleurs achetés. On s’est beaucoup interrogé sur la personne qui a prêté ici son visage à la Vierge. D’aucuns ont envisagé qu’il s’agirait de la compagne du peintre, d’origine morisque, dont on retrouve les traits dans la plupart des personnages de saintes du Greco.

 

Jusepe de Ribera (Jativa, 1591 - Naples, 1652)

Jusepe de Ribera (Jativa, 1591 - Naples, 1652)

Saint Pierre et saint Paul
Vers 1616
Peinture sur toile, 126 x 112 cm

L’inscription latine figurant dans la partie inférieure du tableau, dénote les liens avec Rome et l’importance de l’œuvre, ce dont témoigne avec force sa place dans l’œuvre de Ribera. Né près de Valence en Espagne où il se forma, il gagna très tôt l’Italie. Après un séjour romain fructueux par sa découverte du caravagisme, il s’installa définitivement à Naples, fief espagnol. « Lo Spagnoletto » fut le peintre napolitain le plus important de son temps, travaillant pour le clergé et les nobles locaux comme pour l’Espagne.
Dans cette composition déjà classique, on admirera en particulier la présence sculpturale des deux saints et la leçon de Caravage, visible jusque dans le naturalisme des ongles crasseux. Ribera a peint directement, sans dessin préparatoire, en reprenant une toile déjà utilisée. Le rendu des ombres et des matières est magistral.
Les deux saints furent martyrisés le même jour à Rome. Liés par l’acuité du jeu des regards, les deux pères fondateurs de l’Eglise, reconnaissables à leurs attributs, sont représentés dans une attitude belliqueuse : saint Paul, brandissant son épée, devant son livre ouvert, fait face à son aîné saint Pierre, muni de sa clef et vêtu de son manteau ocre brun, symbole de la foi révélée. Ainsi s’opposent la maturité à la vieillesse, la noblesse à la plèbe, la doctrine à l’ordre. Evitant trop de statisme, Ribera a montré sa virtuosité dans la mise en page grâce à la profondeur rendue par le bras de saint Paul. Le morceau de nature morte des livres témoigne de la maîtrise du jeune artiste comme de la place de ces piliers de la religion catholique.