Musées de Strasbourg
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Cabinet de l’hôtel Oesinger, Grand’rue à Strasbourg

Cabinet de l’hôtel Oesinger, Grand’rue à Strasbourg

Vers 1750
Le décor de lambris d’époque Louis XV provenant de l’hôtel Oesinger à Strasbourg, remonté à son emplacement actuel à l’entrée de l’aile des écuries du palais Rohan au début des années 1950, est un bel exemple de l’influence du goût parisien à Strasbourg.
Cet élégant ensemble vient de retrouver sa polychromie d’origine. L’ameublement contemporain du décor a fait l’objet d’une récente campagne de restauration et comprend notamment un cartel d’applique en marqueterie Boulle, une commode strasbourgeoise et un mobilier de sièges qui évoquent l’atmosphère d’un intérieur strasbourgeois du milieu du XVIIIe siècle conçu selon le modèle parisien.

Le mobilier

Secrétaire
2e moitié du XVIIIe siècle
Bois de noyer
H. . 99 cm, l. . 100 cm, L. . 51,5 cm

Armoire
Vers 1745
Chêne
H. 243 cm, L.. 215 cm, P. 85 cm

Les menuisiers venus de l'intérieur du royaume après le rattachement de Strasbourg à la couronne de France se voient contraints, par la maîtrise strasbourgeoise, d'effectuer un chef-d'œuvre avant d'exercer leur profession. Avec leur arrivée le mobilier bourgeois se francise et l'armoire alsacienne abandonne progressivement ses colonnes au profit de formes arrondies, de motifs sculptés à la Berain pour adopter, vers le milieu du siècle, des motifs rocaille empruntés aux boiseries du palais Rohan. Témoin de cette tendance : l’Armoire de 1745, chef d’œuvre de maîtrise strasbourgeoise. (voir photographie)
Armoires, coffres et crédences cèdent alors la place à des meubles de construction plus légère tels que commodes, fauteuils foncés de canne, consoles et secrétaires de style Régence, Louis XV, puis néo-classique. Ce secrétaire en pente fait référence aux modèles parisiens dont il est issu mais conserve, par l'utilisation de bois de pays et par ses formes contenues, la marque d'une production locale.

L’horlogerie

Coq automate

Coq automate
Vers 1350
Bois et fer forgé polychrome
H. 120,5 cm, L.. 40cm, P. 110 cm

La salle d'horlogerie du musée abrite des œuvres allant du milieu du XIVe siècle au XVIIIe siècle. Elles y ont été réunies en 1924 par Alfred et Théodore Ungerer, horlogers strasbourgeois et successeurs de Jean-Baptiste Schwilgué, constructeur de la troisième horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg. Le noyau de cette collection est constitué par des éléments originaux des deux premières horloges astronomiques déposés en 1840 lors de l'installation des nouveaux mécanismes par Schwilgué. De la première horloge, dite horloge des Trois-Rois (1352-1354), subsiste le coq remployé dans l'horloge du XVIe siècle. Il s'agit du plus ancien automate conservé en Occident, chef-d'œuvre de mécanique médiévale reproduit dans toute l'Europe.

La collection de céramiques

Applique d’une paire

Applique d’une paire
Manufacture Paul Hannong
Vers 1755
Faïence polychrome
H. 44,5 cm ; L. 33,5 cm

Cette paire de plaques rocaille, destinées à l’origine à servir d’appliques murales pour l’éclairage – appelées « bras de lumière »- est à tous égards exceptionnelle.
Les deux appliques portent, au revers, la marque PH de la manufacture de Paul Hannong à Strasbourg.
Il s’agit des deux seuls exemplaires, connus jusqu’à présent, de ce modèle. L’originalité et la qualité de leur conception en font des témoignages tout à fait caractéristiques du goût rocaille qui a marqué très fortement Strasbourg à la suite de la campagne de décoration du palais Rohan. Façades, boiseries, objets d’orfèvrerie et céramiques se sont couverts alors d’ornements à la fois naturalistes et fantaisistes issus de la grammaire ornementale proposée par les décors intérieurs du palais épiscopal.

 

Encrier

Encrier
Manufacture Paul Hannong
Entre 1748 et 1754
Faïence polychrome
H. 23 cm ; L. 31 cm ; P. 23 cm

Véritable synthèse du goût de l’époque pour les bergeries et les trompe-l’œil, cet encrier témoigne du savoir-faire des Hannong.
La rutilance des coloris ne le cède en rien à l’exubérance des réservoirs contenant l’encre et la poudre, en forme de fruits exotiques.

 

Assiette en faïence

Assiette en faïence
Manufacture Paul Hannong
Faïence polychrome
Vers 1750

Cette assiette à six lobes plats et bord doré, décorée d’un superbe bouquet de fleurs fines retenues par un ruban bleu, fait partie d’une série de pièces similaires, produites par la manufacture de Paul Hannong à Strasbourg ou à Haguenau vers le milieu du XVIIIe siècle. C’est à cette époque (en 1748/49 exactement) qu’arrivèrent chez le célèbre faïencier les trois frères Loewenfinck et l’épouse de l’aîné, Marie-Séraphia Schick. Ces décorateurs sur céramique, transfuges de la manufacture de porcelaine de Meissen, proposèrent à Paul Hannong de nouveaux types de décors. On attribue à Christian Wilhelm de Loewenfinck la création des modèles des bouquets de fleurs occidentales polychromes élaborés d’après des gravures du XVIIe siècle. A partir des poncifs de Loewenfinck, d’autres peintres exécutèrent des répliques des bouquets originaux permettant ainsi leur reproduction en plusieurs exemplaires.

 

Terrine en forme de dindon

Terrine en forme de dindon
Manufacture Paul Hannong
Vers 1754-1760
Faïence polychrome
H. 47 cm, L.. 38 cm, l. 40cm

Les collections de céramique Hannong constituent l’une des collections de prestige des Musées de la ville de Strasbourg.
Les pièces de forme comptent parmi les pièces les plus spectaculaires avec les terrines dîtes « en baroque » et surtout les terrines en trompe-l’œil à la verve naturaliste inégalée dans toute l’Europe. Animaux de basse-cour ou gibiers, fruits ou légumes inspirent, au milieu du XVIIIe siècle, les formes des terrines dont l’exemplaire reproduisant un dindon, conservé au musée, constitue une illustration caractéristique.

 

Terrine en forme de hure de sanglier

Terrine en forme de hure de sanglier
Manufacture Paul Hannong
Vers 1750
Faïence polychrome
H. 30cm ; L.. 41 cm

La grande terrine en forme de hure de sanglier, dépourvue de marque de fabrique, et donc antérieure à 1754, présente une polychromie d’un naturalisme raffiné, où apparaît, le fameux pourpre de Cassius dont le secret ne fut communiqué à Paul Hannong qu’en 1748.
Cette pièce se situe dans la période d’extraordinaire essor des formes de la manufacture strasbourgeoise. Plusieurs modèles de hures de sanglier furent créés : le château de la Favorite à Rastatt et le Musée de Karlsruhe en conservent d’autres exemplaires.
La collection d’orfèvrerie

 

La collection d’orfèvrerie

Gobelet de corporation

Gobelet de corporation
Jean-Louis Imlin II
1731
Argent doré
H. 16 cm, L.. 11cm

L'orfèvrerie strasbourgeoise connaît une renaissance au XVIIIe siècle grâce à la qualité de son vermeil, mais aussi grâce aux formes Régence, rocaille, Louis XV et Louis XVI des écuelles à bouillon, chocolatières, cafetières et gobelets de magistrat. Les Imlin, Alberti, Oertel et Kirstein, véritables dynasties d'orfèvres affiliés à la tribu de l'échasse, sont sollicités par les dignitaires de la ville libre royale et les grands seigneurs allemands possessionnés en Alsace. Parmi les spécialités des orfèvres strasbourgeois, il convient de citer avant tout le gobelet. La collection d'orfèvrerie du musée des Arts Décoratifs contient un gobelet à couvercle réalisé par Jean-Louis Imlin II (1694-1764), reçu maître en 1720, fournisseur du cardinal Armand Gaston de Rohan, des cours de Hesse-Darmstadt et de Deux-Ponts. Ce gobelet de forme tulipe, orné d'une frise de lambrequins gravée et des armes d'alliance de Jean Dietrich et de Marie-Barbe Kniebs, a été offert par la corporation des drapiers au couple Dietrich à l'occasion de ses noces d'or en 1731.

 

Ecuelle couverte

Ecuelle couverte
Johann Ludwig (III) Imlin (1722-1768, maître en 1746)
1756
Argent doré
H. 13 ; l. 32,5 ; ø 18,2 cm

Cette écuelle à bouillon, à riche décor rocaille naturaliste, est accompagnée d’un couvercle munie d’une prise en forme de bouton de fleur.
Ce modèle, caractéristique de la production strasbourgeoise, constitue une des principales spécialités des orfèvres strasbourgeois.
La typologie Renaissance du bouillon strasbourgeois cède la place à la forme parisienne entre 1730 et 1740. Ce récipient, généralement accompagné d’un présentoir et d’un couvert, servait à consommer le bouillon à l’heure du déjeuner, terme qui désignait au XVIIIe siècle le premier repas de la journée. Il était généralement accompagné d’un écrin en maroquin doublé de chamois qui permettait de le garder à l’abri de l’oxydation et de le protéger lors d’éventuels transports.

 

Coupe couverte avec présentoir

Coupe couverte avec présentoir
Jacques Frédéric Kirstein (1765-1838, établi en 1795)
1815
Argent doré
Coupe : H. 26,4 cm ; ø 12,1 cm
Présentoir : ø 22,8 cm

Coupe à pied en forme de vase Médicis à décor allégorique symbolisant la prospérité.
Ce type d’objet est dérivé des hanaps rhénans du XVIe siècle.
Une inscription commémorative rappelle que ce vase a été offert au maire Jean Frédéric Brackenhoffer en reconnaissance des services rendus à la population strasbourgeoise pendant le blocus de 1814.
Sous le présentoir est gravée la signature : Kirstein orfevre a Strasbourg.
La coupe est conservée avec son coffret en maroquin rouge doublé de velours de soie vert.

 

Nécessaire de la Princesse de Deux-Ponts

Nécessaire de la Princesse de Deux-Ponts
Miroir de toilette
Johann Jacob Kirstein (1733-1816, maître en 1760)
1786
Argent doré, glace au mercure et noyer
H. 96,5 cm ; l. 56,6 cm ; P. 7,2 cm

Dans un cartouche en argent doré, repoussé et ciselé, figurant sur le couronnement du miroir, sont représentées les armes d’alliance de Maximilien Joseph de Deux-Ponts-Birkenfeld (1756-1825) et de Caroline de Bade-Durlach (1776-1841).
Les dimensions importantes du miroir (il mesure près d’un mètre de hauteur) ont conditionné une mise en œuvre particulièrement complexe mais ont également favorisé la réalisation d’une ornementation exceptionnelle. Un cadre de noyer, visible à l’arrière du miroir, sert de support aux différentes pièces en argent doré qui y sont fixées principalement par vissage à écrous. Les éléments constitutifs de cet habillage en métal, partiellement fondu ou repoussé, sont ciselés, gravés, brasés, rivetés ou vissés. A l’arrière, un chevalet, en noyer ajouré en forme de lyre et monté à charnière en argent doré, permet de maintenir le miroir sur la table de toilette.
Le miroir fait partie du nécessaire offert par Maximilien Joseph de Deux-Ponts, colonel-propriétaire du régiment d’Alsace à Strasbourg, à Augusta Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796), fille du comte Georges Guillaume de Hesse-Darmstadt et de Marie Albertine Louise de Linange-Heidesheim, à l’occasion de la naissance de leur fils ainé. En 1785, lorsque le prince Maximilien épouse la princesse de Hesse-Darmstadt, la succession du siège électoral de Bavière est fortement compromise et les Wittelsbach sont à la veille de perdre leur dernière chance de le conserver. En l’absence de descendance mâle des princes palatins, ce siège reviendra à la Maison d’Autriche. Un an après le mariage du prince Maximilien de Deux-Ponts, le 25 août 1786, naît l’héritier tant attendu qui va assurer la survivance de la lignée des Wittelsbach. L’enfant prénommé Louis aura pour parrains le roi Louis XVI et le duc régnant de Deux-Ponts. La magnificence de la toilette, et tout particulièrement du miroir, s’explique dès lors ; l’hommage du prince à son épouse devait être à la hauteur de l’événement. Par testament du 13 janvier 1795, rédigé peu avant sa mort survenue en 1796, la princesse lègue à son mari le nécessaire constitué d’environ vingt-cinq pièces. Les armoiries du miroir de toilette sont remplacées entre octobre 1804 et décembre 1805 par les nouvelles armes du prince, devenu électeur de Bavière et du Palatinat du Rhin depuis 1799, et de la princesse Caroline de Bade-Durlach, sa seconde épouse depuis 1797. Maximilien est couronné premier roi de Bavière en 1806 ; son fils lui succède en 1822 sous le nom de Louis Ier.