Musées de Strasbourg
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Actualité en une

 

Les Serments de Strasbourg

[Exposition | Musée Historique]
10|11|2012-10|02|2013
Illustration de Les Serments de Strasbourg

Le 14 février 842, c’est à Strasbourg que se rencontrent deux petits-fils de Charlemagne, Louis le Germanique et Charles le Chauve, pour faire alliance contre leur frère ainé Lothaire, qui prétend exercer le pouvoir sur l’Empire. Cet accord est validé par des serments prononcés par les deux alliés, chacun dans la langue de leurs partenaires. Charles le Chauve s’exprime en « tudesque », Louis le Germanique, en « roman ». L’année suivante, le partage de Verdun démantèle définitivement l’Empire restauré en 800. C’est alors que commence l’histoire des peuples de l’Europe qui s’identifient à une langue et une organisation politique qui leur est propre.

Les Serments se composent d’une promesse d’aide entre les deux frères, Louis et Charles, contre leur frère Lothaire, cette alliance étant renforcée publiquement par les hommes des deux armées qui s’engagent à ne pas respecter leur suzerain si ce dernier ne tient pas la parole donnée.

Les deux frères, sans avoir passé toute leur enfance ensemble, comprenaient bien les deux langues parlées et étaient capables de répéter chacun le texte dans la langue de l’autre, tandis que les armées répétèrent ensuite le texte, chacune dans sa propre langue.

Les textes sont les mêmes, comme dans une traduction simultanée. Il s’agit donc d’un traité rédigé, pour la première fois de l’histoire, en deux langues.

Les Serments de Strasbourg marquent la naissance officielle du français et constitue le 2e ou 3e document écrit en allemand. Au IXe siècle, la langue écrite en Europe était le latin. Nithard, fils illégitime d’une fille de Charlemagne et chroniqueur, relata les circonstances de ces Serments et transmit les textes qu’il recopia, probablement d’après l’original. Les Serments sont connus grâce à cette copie du Xe siècle réalisée à Soissons. Christine, Reine de Suède avait acquis ce manuscrit qu’elle emporta à Rome où elle mourut en 1689. Racheté par le pape, il intégra la bibliothèque vaticane. En 1798 l’armée française prit Rome et emporta des manuscrits à Paris. En 1815 ils furent rendus, à l’exception des Serments de Strasbourg conservés à la Bibliothèque Nationale de France.

 

Une journée d’étude est organisée autour des Serments de Strasbourg le 1er décembre à l’Auditorium des Musées (MAMCS) de 14h à 17h :

Strasbourg à l’époque carolingienne

Par Jean-Jacques Schwien, maître de conférences en archéologie à l’Université de Strasbourg.

En introduction à ce séminaire,  Jean-Jacques Schwien dresse un état des connaissances sur  Strateburgum aux alentours de 842,  grâce aux fouilles archéologiques et propose des hypothèses sur la localisation de la prestation des Serments.

Les Serments de Strasbourg au regard de l’histoire

Par Georges Bischoff, professeur d’histoire, directeur de l’institut d’histoire médiévale.

Acte de naissance de deux langues, traité européen avant la lettre,  moment de mémoire ou non-événement, la rencontre de Charles le Chauve et de Louis le Germanique est un objet d'histoire au sens où l'entendait Marc Bloch. Son actualité s'inscrit dans la longue durée, donnant lieu à des relectures partisanes et des contresens.

L’écriture des Serments et le contexte culturel

Par Laurent Naas, conservateur de la Bibliothèque humaniste de Sélestat.

Les IXe et Xe siècles furent marqués par un essor certain des lettres et de la pensée à travers l’empire carolingien, tant dans l’entourage proche des souverains qu’à travers l’Empire. Cet âge d’or fut également porté par les scriptoria monastiques, ainsi que par certains membres de la haute noblesse. C’est dans ce contexte particulièrement favorable, dont les retombées, notamment dans le domaine de la philologie, sont encore tangibles de nos jours, qu’il importe de resituer la rédaction des Serments de Strasbourg.

  

Une conférence de Claude Hagège viendra clôturer cette journée consacrée aux Serments de Strasbourg. Elle se tiendra au Palais Rohan, salle du Synode à 18h. Claude Hagège, linguiste et professeur au Collège de France, présentera au cours de cette conférence les Serments de Strasbourg comme acte de naissance du français en tant que langue écrite.

 

Commissariat : Monique Fuchs, conservatrice du Musée Historique de la Ville de Strasbourg

 

Légende de l'illustration : Les Serments de Strasbourg, LATIN 9768 FOLIO 13V-14. © Bibliothèque Nationale de France